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Sur les marchés / offres publiques / EY / Bourse

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Les offres publiques ont fait leur retour à la Bourse de Paris en 2024 / L'avantage aux retraits de cote se poursuit... et tranche avec le recul des IPOs

Les offres publiques à la Bourse de Paris se sont nettement reprises en 2024. Mais seulement sur le plan des volumes. Comme les années précédentes, celles qui ont été suivies d’un retrait de cote sont largement majoritaires, ce qui contraste avec le nombre d’entreprises ayant intégré les marchés parisiens. Il faut dire que l’instabilité politique française n’a pas aidé, conduisant aussi le CAC 40 à présenter de moindres performances face à ses pairs européens.
(Photo by MIGUEL MEDINA / AFP)
(Photo by MIGUEL MEDINA / AFP)

Voici un terrain sur lequel la Bourse de Paris a repris des couleurs en 2024. L’année dernière, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a validé 36 offres publiques sur les actions de sociétés cotées en France, ce qui représente une hausse de plus de 50 % sur un an, relève la seizième édition de l’Observatoire des offres publiques du cabinet EY. Un niveau supérieur à la moyenne sur dix ans, traduisant donc une forte reprise de ces transactions sur les marchés cotés. "Il est complexe d’en identifier la cause précise, cela résulte de multiples facteurs. Nous observons notamment un effet de rattrapage : dès le mois de janvier 2024, une dizaine d’opérations étaient au programme. La stabilisation des taux d’intérêt et de l’inflation a aussi sûrement joué en faveur de ce rebond", explique à WanSquare Julie Madjour, associée en stratégie et transactions chez EY.

Si le nombre d’opérations s’affiche à la hausse, les montants qu’elles ont représenté sont en revanche à la peine. Ils s’affichent à 1,5 milliard d’euros, contre 9,5 milliards d’euros en 2023. "Il n’y a pas eu d’opérations emblématiques", atteste Julie Madjour. Les deux plus grandes d’entre elles auront été l’offre publique d’achat simplifiée (OPAS) sur SII, initiée par un groupement d’actionnaires composé de la famille du fondateur, de la direction et de fonds gérés par Blackstone pour 295 millions d’euros et l’OPAS d’Upbeat (le trio d’investisseurs regroupant les fonds EQT, TCV et le président-directeur général de l’entreprise) sur Believe, pour 294 millions d’euros. Dans l’ensemble, près de 64 % des offres publiques ont d'ailleurs été initiées par les actionnaires de référence des sociétés en 2024.

 

La moyenne cache des écarts

 

Les primes d’acquisitions ont, elles aussi, marqué le pas. Elles n’ont été que de 22,8 % par rapport au dernier cours de Bourse, contre 43 % en 2023. "Les primes restent attractives au regard de la moyenne historique sur dix ans. Ces chiffres reflètent des disparités importantes. Nous avons relevé six décotes. Elles ont principalement concerné des entreprises en difficultés financières, comme Adeunis, ou d’autres dont les cours n’étaient pas liquides. À cela s’opposent certaines opérations dont les ‘premium’ ont été très élevées, supérieures à 200 %, comme chez Micropole", commente Julie Madjour. Plus généralement, les offres de l’année ont surtout ciblé des sociétés de petites tailles, avec une capitalisation médiane ressortant à 85 millions d’euros, bien loin des 228 millions d’euros observés en 2023.

La grande tendance de 2024 en matière d’offres publiques aura surtout été celle des retraits de cote, dans la lignée de ce qui avait pu s’observer ces dernières années. En effet, 20 sociétés ont fait leurs adieux à Euronext en 2024 à la suite d’offres publiques, dont deux avaient été initiées en 2023 (ESO et Technicolor). De ce fait, 60 % des offres publiques ont fait l’objet d’un retrait de cote par la suite. Un niveau de dynamisme qui se maintient depuis un certain temps et qui tranche donc très nettement avec le marché des introductions en Bourse (IPOs). S’il y a bien eu les spin-off de Sodexo et Vivendi ayant permis à Pluxee et Louis Hachette Group de signer leur entrée en Bourse, EY n’en comptabilise que quatre en tant que telles sur les marchés réglementés d’Euronext : Exosens et Planisware sur Euronext Paris, LightOn et Odyssée Technologies sur Euronext Growth.

 

En prenant du recul

 

"L’année a été mouvementée, avec une instabilité politique majeure provoquée par la dissolution de l’Assemblée nationale, suivie d’une motion de censure. Cette situation inédite a créé énormément d’incertitude. Le dérapage du déficit public est venu s’y ajouter. L’ensemble de ces facteurs, combiné aux tensions géopolitiques, ont conduit à une sous-performance du CAC 40 sur l’année, en contraste avec les autres places européennes", rappelle Julie Madjour. Il faut dire qu’outre l’indice phare, la Bourse parisienne semble effectivement avoir été mise à mal par 2024. Certes, les quatre entreprises à s’être introduites en Bourse l’an passé présentent à date des performances au beau fixe, puisque les cours de la plupart d’entre elles voguent bien au-delà de leurs niveaux d’IPO.

En revanche, la situation de celles à être entrées en Bourse en 2023 est différente, avec des variations sur l’année 2024 en majorité (très) nettement dans le rouge. Une sous-performance post-IPO pourrait expliquer, en partie, cette atonie des IPOs parisiennes, observe Julie Madjour, affaiblissant la confiance des investisseurs et des émetteurs confrontés à des valorisations parfois complexes à appréhender. Ces facteurs incitent les entreprises à reconsidérer leurs projets, même lorsqu’ils sont bien avancés, comme en témoigne l’abandon des ceux des IPOs par Renault et Sanofi d’Ampere et Opella. Au total, en comptant les opérations réalisées sur Euronext Paris et Euronext Growth, les retraits de cote volontaires ou réglementaires imposés, ainsi que les liquidations, le flux net des retraits de cote et des IPOs plonge à – 36. Soit son plus bas niveau depuis 2015.

 

Que prévoir pour la suite

 

Cette défiance des entreprises et des investisseurs semble être spécifiquement française, liée au climat d’instabilité qui régnait dans l’Hexagone en 2024 : l’Espagne et l’Italie ont par exemple accueilli plus de vingt nouvelles recrues en Bourse l’an passé. "On peut espérer qu’il y aura de nouvelles et grandes IPOs en 2025. Le fondateur de Mistral AI Arthur Mensch a commencé à semer quelques indices, les noms de certaines autres licornes sont aussi cités", soulève Julie Madjour. En termes d’OPA, cinq dossiers sont actuellement à l’étude par l’AMF, remarque l’associée d’EY, dont trois seront conduits par Vincent Bolloré. "Cela contraste avec la dizaine d’opérations en cours en janvier 2024, rendant les projections difficiles à établir pour 2025", remarque Julie Madjour. Un nouveau projet pourrait néanmoins rapidement s’ajouter à cela, puisque l’actionnaire de référence de Verallia, la famille Moreira Salles, a confirmé hier réfléchir à une potentielle OPA sur les actions du fabricant de bouteilles et d’emballages en verre qu’elle ne détient pas encore.

Le prix retenu serait de 30 euros par action, soit sans prime significative : le cours de Verallia tournait autour de ce prix vendredi à la clôture, après avoir nettement grimpé sur la dernière séance de la semaine à la suite de la fuite de l’information par voie de presse. Lundi soir, son titre valait 28,7 euros. Rien n’est pour l’instant certain, l’actionnaire de référence de l'ancienne filiale de Saint-Gobain ayant plus simplement précisé que des travaux confirmatoires allaient être mis en œuvre au mois de février. Entre l’identité de l’actionnaire à l’origine de l’offre et le prix proposé, elle se situerait bien dans la tendance de 2024. À noter, cependant, qu’un retrait de cote à son issue ne serait pas envisagé.

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