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Orange / Assemblée générale
Orange plaide de nouveau pour une révision du cadre réglementaire des télécoms / Après les constats établis, le passage à l'action ?
Le succès du rapprochement entre Orange Espagne et MasMovil a résolument conforté l’opérateur historique dans ses convictions : l’avenir des télécoms européens aura besoin d’être consolidé et les règles de concurrence les encadrant réétudiées. Jacques Aschenbroich, le président du conseil d’administration du groupe, l’a de nouveau rappelé en ouvrant son assemblée générale des actionnaires. "S’agissant de la situation du marché en Europe, et en France en particulier, beaucoup de questions se posent actuellement, donc celle de savoir quelles pourraient être les conditions posées par les autorités nationales et européennes, pour permettre de redessiner le secteur des télécoms", a-t-il débuté.
Citant les rapports de Mario Draghi et d’Enrico Letta, Jacques Aschenbroich a poursuivi : "Ils montrent une prise de conscience des enjeux de compétitivité des acteurs européens face à leurs grands concurrents chinois et américains et incitent à une profonde évolution de la réglementation et du droit de la concurrence, au bénéfice de la compétitivité et de l’investissement". Si les fondations des évolutions à porter sont posées, reste désormais le sujet du rythme auquel ces changements pourraient s’opérer, a-t-il pointé. "Ce d’autant plus qu’à l’heure où se pose la question du nombre d’opérateurs en France, une nouvelle concurrence, celle des réseaux de satellites, apparaît via des services de télécommunications que ces acteurs seraient susceptibles de fournir directement", a regretté le président d’Orange.
Même service, même règle
Pas de raison, donc, en termes de concurrence, de leur permettre de se positionner en tant que tels sur leur marché, sans qu’ils ne soient soumis aux mêmes règles que les acteurs "classiques" : paiement de redevances liées à la rareté des fréquences, obligations de couverture ou qualité des services. "Une telle disparité créerait une distorsion de concurrence au désavantage d’opérateurs qui investissent des milliards d’euros et respectent des obligations réglementaires strictes. Le principe de : 'à un même service, une même réglementation', doit être appliqué et son application contrôlée au niveau européen et national. Là encore, votre conseil sera très vigilant", a-t-il insisté.
Des investissements colossaux pesant sur des acteurs pour l’heure limités par leur taille, a de son côté rappelé Christel Heydemann. "Je ne peux qu’appuyer les propos de notre président qui a rappelé les enjeux de compétitivité de notre secteur. C’est un discours que nous martelons, mais la prise de conscience est timide. Notre marché est fragmenté et hyperconcurrentiel, avec une dizaine d’opérateurs qui opèrent en Europe. Ils ne sont que trois en Chine, en Inde ou aux États-Unis".
Une absence de champion européen qui complexifie l’agenda d’objectifs numériques fixés par la Commission européenne pour 2030, plaçant par exemple le continent en retard sur le chemin de la 5G par rapport à ses pairs internationaux, tandis que les hyperscalers américains, spécialistes du cloud, de la data et de l’intelligence artificielle, servent le monde entier. "Il faut prendre conscience de l’importance de la taille critique dans une industrie aussi capitalistique que la nôtre. C’est un discours que nous tenons avec nos pairs et qui commence à porter ses fruits", a souligné Christel Heydemann, reprenant l’exemple de l’autorisation par l’autorité de la concurrence anglaise (la CMA) de réduire le nombre d’opérateurs de quatre à trois dans le pays, grâce au rapprochement entre Vodafone et Three.
Déficit clair
"Le déficit d’investissement est évalué à 200 milliards d’euros pour assurer nos ambitions économiques et sécuritaires", a rappelé la dirigeante. Alors qu’une révision des directives relatives aux opérations de consolidation a été lancée à Bruxelles et qu’un "Digital Networks Act" est en préparation, a indiqué Christel Heydemann, elle a pointé : "Il est essentiel de rappeler la criticité de nos infrastructures physiques et de nos services numériques, sans lesquels le monde d’aujourd’hui ne pourrait fonctionner. Il faut rendre attractifs les investissements sur notre continent et renforcer notre écosystème numérique pour aller vers plus de souveraineté européenne".
Un plaidoyer en faveur de la consolidation du secteur qui n’a pas manqué de susciter quelques questions de la part des actionnaires du groupe. L’un d’entre eux a notamment interrogé l’équipe dirigeante quant à la fenêtre de tir "historique" en la matière qui pourrait actuellement s’ouvrir. En creux, forcément, une éventuelle cession de SFR par Altice qui anime l’actualité. "Nous avons beaucoup d’initiatives de croissance en France", a débuté Christel Heydemann. "Nous ne pouvons pas dire que nous ne sommes pas favorables à la consolidation en France, nous le prônons. Nous sommes numéro un sur le marché, nous pourrions difficilement être à la manœuvre si la question est celle de SFR. Nous serions dominants dans tous les secteurs si nous combinions les deux [tels quels]. Cela ne veut pas dire que nous ne suivons pas le dossier ou que d’autres combinaisons [dans le cas où Altice pourrait être cédé par pièce] seraient impossibles", a-t-elle ajouté. "Pour être clair sur ce sujet-là, il y a une phase de réflexion qu’anime la direction générale. Soyez sûrs que le conseil regardera le dossier de près", a assuré Jacques Aschenbroich.
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