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Fonds activiste Elliott : la « pilule » de protection de Pernod Ricard / Une performance relative et la famille comme remparts
Après une première attaque en 2018, le fonds activiste Elliott rôderait de nouveau autour de Pernod Ricard, fragilisé par la chute de 43 % de son titre en Bourse depuis le début de l’année 2024. De quoi inquiéter les actionnaires individuels réunis ce lundi après-midi à l’occasion de l’assemblée générale du groupe. "La veuve de Patrick Ricard, Corinne, cherchant à vendre ses parts, aurait été contactée par Elliott. La famille a réagi tout de suite en modifiant les statuts de la société Paul Ricard, les héritiers disposant désormais d’un droit de préemption sur toutes les actions de tous les membres de la famille. Mais comment faire pour éviter qu’Elliott ne s’en prenne de nouveau à Pernod Ricard", a alerté l’un d’eux, questionnant Alexandre Ricard, président-directeur général du groupe. "La seule façon d’éviter un activiste, c’est la performance relative au sein d’un secteur. Il faut contrôler ce qui est contrôlable, comme la trésorerie – la nôtre s’élevant sur l’exercice fiscal à 1,133 milliard d’euros, ce qui a nécessité beaucoup de travail en interne -, une stricte maîtrise des coûts, des gains de parts de marché – malgré le contexte géopolitique et économique difficile Pernod Ricard a réussi à maintenir ou à faire progresser ses résultats dans 12 de ses 17 marchés clés -, l’innovation et en préparant le Pernod Ricard de demain", lui a répondu Alexandre Ricard, insistant : "la pilule de protection, c’est la performance relative et nous faisons tout ce qu’il faut et tout ce que nous pouvons".
Une facture de droits de douane à 80 millions sur douze mois
Si le géant des vins et des spiritueux a annoncé il y a quelques semaines démarrer une année de transition, le groupe évolue de fait dans une conjoncture complexe. "Les effets de l’inflation affectent encore les comportements d’achats. La confiance des consommateurs est en berne, en particulier en Chine et il y a un impact négatif sur les taux de change qui touche l’ensemble de l’industrie", a expliqué le président-directeur général aux actionnaires. Sans oublier les droits de douane que l’entreprise chiffre au total, en comptant l’accord signé début juillet avec les autorités chinoises pour mettre fin à l’enquête anti-dumping (le groupe a accepté d’augmenter ses prix de transfert facturés entre sa société de production et sa filiale chinoise, la base pour le calcul des droits de douane) et ceux décidés par le président américain, Donald Trump, à 80 millions d’euros sur 12 mois (dont 45 millions d’euros pour la Chine). "Il nous faut faire face à ces vents contraires avec une agilité permanente et c’est bien ce que nous faisons. Dans ce contexte compliqué, nous affichons une performance résiliente et nous protégeons nos marges ", a rappelé Alexandre Ricard.
De nombreux vents porteurs
Pour mémoire, sur l’exercice écoulé, si le chiffre d’affaires ressort en baisse de 3 % (hors Etats-Unis et Chine : + 1 %) à environ 11 milliards d’euros, la marge opérationnelle organique a gagné 64 points de base, tandis que le résultat net part du groupe était en hausse de 10 % sur un an, à 1,6 milliard d’euros, et le free cash-flow a progressé de 18 % à 1,1 milliard d’euros, pour un ratio de dette nette sur Ebitda de 3,3 fois. "Notre exposition géographique étendue a permis d’atténuer le recul des ventes dans trois marchés prioritaires, la Chine, les Etats-Unis et le travel retail Asie. Notre équilibre géographique est un atout essentiel", a fait observer le patron de Pernod Ricard.
Autre avantage : un portefeuille de plus de 200 marques – "le plus complet et le plus diversifié de l’industrie", a-t-il souligné. "Pour l’avenir, notre ambition est très claire : faire de Pernod Ricard la maison des expériences et des marques premium. D’autant que si la conjoncture est exigeante, nous bénéficions de vents porteurs sur la durée comme la croissance démographique et la montée des classes moyennes, notre capacité d’innovation avec par exemple les cocktails prêts à boire ou le lancement de la bouteille petit format de Ricard qui a nécessité 10 années de recherche, et la tendance à consommer moins mais mieux, favorable au segment des spiritueux premium +, le plus dynamique de l’industrie de l’alcool avec une croissance en moyenne de 6 à 7 % par an sur les 10 dernières années", a affirmé Alexandre Ricard.
La famille, le premier activiste du groupe
Et le patron de Pernod Ricard d’évoquer un autre rempart contre l’appétit des fonds activistes : "Ma famille. Elle est une vraie source de fierté parce que je vois la façon dont elle soutient la direction générale de l’entreprise qui est - rappelons-le - l’intégralité de son patrimoine. Ma famille est même le premier des activistes en étant très impliquée et en suivant toutes les décisions que nous prenons, y compris sur cet équilibre à trouver entre la discipline à court terme et le Pernod Ricard de demain", a-t-il assuré.
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