Macro-économie / Taux / Christine Lagarde / Andrew Bailey / Dollar
Macro-économie / Taux
Christine Lagarde / Andrew Bailey / Dollar
Le règne du dollar contesté, mais pas renversé / À Sintra, les banquiers centraux temporisent face aux scénarios de dédollarisation
Alors que les tensions géopolitiques et les mutations économiques mondiales ravivent le débat sur l’avenir du dollar, les banquiers centraux réunis à Sintra affichent un calme réfléchi. La conférence annuelle de la Banque centrale européenne, devenue un rendez-vous clé de la réflexion monétaire mondiale, a cette année donné lieu à un échange nourri sur la place du dollar dans l’économie internationale.
Alors que le débat sur une éventuelle remise en cause de l’hégémonie du billet vert prend de l’ampleur dans certains cercles économiques et géopolitiques, les principaux banquiers centraux présents ont affiché un scepticisme mesuré, voire une circonspection nette, sur l’hypothèse d’un changement de régime monétaire global à court terme.
Pour Chang Yong Rhee, gouverneur de la Banque de Corée, l’appréciation récente du won ne reflète pas un désengagement vis-à-vis du dollar, mais une correction technique liée à des événements politiques internes. "Nous avons connu une déclaration de loi martiale inattendue en décembre, ce qui a fortement affaibli notre devise. L’appréciation récente est surtout une normalisation", a-t-il expliqué. Quant à la dynamique du dollar, il note que "les investisseurs parlent d’alternatives, mais conservent leurs avoirs en dollars tout en augmentant les ratios de couverture". En clair, la prudence domine, pas la rupture.
Même tonalité chez Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui insiste sur les fondamentaux profonds qui sous-tendent le statut de monnaie de réserve. "Aujourd’hui, ce rôle ne dépend plus seulement des taux de change, mais aussi de la capacité à fournir des actifs sûrs, utilisables comme collatéraux", a-t-il rappelé. Selon lui, "un changement majeur dans ce domaine est encore loin d’arriver".
Face aux interrogations sur la montée de l’or comme valeur refuge ou l’émergence de l’euro ou du yuan, Kazuo Ueda, patron de la Banque du Japon, renvoie à la capacité des régions concernées à améliorer l’attractivité de leurs devises. L’intégration des marchés de capitaux, notamment en Europe et en Chine, sera déterminante, selon lui, pour modifier à terme l’équilibre actuel dominé par le dollar.
Un point de vue partagé par Christine Lagarde, présidente de la BCE, qui estime que 2025 pourrait être une année charnière, mais sans basculement immédiat. "Pour qu’un changement de régime ait lieu, il faudra beaucoup de temps et d’efforts", affirme-t-elle. Elle a évoqué un "moment de fracture", une perte de confiance diffuse chez les investisseurs, mais reconnaît qu’aucun système ne s’est encore imposé comme une alternative crédible. "Il est clair que quelque chose s’est cassé. La question est de savoir si cela peut être réparé ou non", a-t-elle indiqué.
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