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Rencontres économiques d’Aix-en-Provence / Le temps des réformes ne peut pas attendre
Les maux ont beau être connus ils n’en sont pas moins toujours présents. Qu’il s’agisse de Patrick Artus, conseiller économique d’Ossiam et membre du Cercle des Économistes, de Patricia Barbizet, la présidente de l’Association française des entreprises privées (AFEP), ou des autres panélistes, ils tous ont évoqué des solutions et exemples concrets pour venir à bout des problématiques hexagonales et européennes.
Premier à dégainer, le membre du Cercle des Économistes n’a pas gardé sa langue dans sa poche, faisant de la question de la captation de l’épargne un des défis clés pour l’Europe dans les années à venir. Les besoins de financement de cette dernière étant conséquent et survenant simultanément à ceux d’autres pays, tels que les États-Unis ou encore le Japon. Il a été rejoint sur ce point par Johannes Lindner, le co-directeur du centre Jacques Delors, lequel a argué que le Vieux continent "n’arrivera pas à se moderniser tant qu’il continuera à envoyer des flux de capitaux vers les États-Unis ". La concrétisation de l’union des marchés de capitaux ne réglerait pas tous les problèmes, loin de là, puisque le rendement disponible outre-Atlantique demeurera un argument de poids pour les épargnants. S’attaquer à cette fuite ne doit pas empêcher de chercher en priorité à réduire la fragmentation européenne, qu’il estime être un désavantage similaire pour l’Europe à ce que le sont les tarifs douaniers.
Invitée à se prononcer à son tour sur la façon dont l’État parviendrait à faire face à la multitude de dépenses à venir, Patricia Barbizet, la présidente de l’AFEP, s’est montrée résolument positive, affirmant qu’il était "encore possible de réagir". Pourtant elle ne liste pas moins de quatre défis majeurs pour les années à venir comprenant la transition énergétique, la question numérique, la démographie et enfin la défense. Elle dessine un triptyque pour que l’Hexagone parvienne à en venir à bout qui se décompose en investir, innover et enfin travailler. Faisant de ce dernier point une de ses marottes, elle a assené "qu’en France, on ne travaille pas assez".
Manque
Une démonstration dans laquelle elle a été rejointe par Patrick Artus, ce dernier considérant que le taux d’emploi est trop faible à l’heure actuelle et ce particulièrement en ce qui concerne les peu qualifiés, les jeunes et les personnes plus de 60 ans. Une faiblesse majeure tant un meilleur taux d’emploi permettrait de rééquilibrer le système social tricolore et de mettre fin à des impôts trop lourds uniquement en raison de recettes publiques qui trop basses.
Les solutions aux maux tricolores ne sont pas à chercher bien loin, si l’on écoute Patricia Barbizet, celle-ci appelant à s’inspirer des nombreux membres des Vingt-Sept ayant réussi à amener leur déficit sous les 3 % et à préserver un modèle social pas si éloigné du nôtre. Convoquant les exemples historiques du XXe siècle, elle estime que la France est en mesure d’améliorer la situation de ses finances publiques. Les pays nordiques ont eu la faveur de l’intervention des intervenants, Patrick Artus considérant qu’il ne faut pas chercher à se comparer aux États-Unis dont l’économie est certes plus dynamique, mais ce au prix d’inégalités nettement plus élevé.
Prenant l’exemple de la Finlande, il a rappelé que dans ce pays, le système de retraite permettait désormais de financer des investissements dans de nouvelles entreprises. Évoquant aussi les réformes menées en Suède, il a avancé que celles-ci avaient été collectivement adaptées dans le pays, ce qui n’est pas une mince affaire à répliquer dans l’Hexagone. La structure de l’État y ayant été changée du tout au tout avec l’apparition d’une série d’agences aux missions très spécifiques, dont les salariés sont sous statut privé et évalués très régulièrement. Sans aucun changement de périmètre de l’action publique, c’est près de 10 points de PIB de dépenses publiques qui y auraient été économisés en quelques années.
Le codirecteur du Jacques Delors Centre à la Hertie School de Berlin avait livré un message similaire, appelant à s’inspirer des exemples danois pour arriver à la fois à réformer le système de retraite et à catalyser des flux au service de l’économie. Le conseiller économique d’Ossiam venait d’expliquer que les pays nordiques sont désormais capables de déployer beaucoup en R & D et qu’une telle force n’y est pas pour rien, si de nombreuses belles entreprises existent dans ces pays.
La seconde
Une certaine frustration était perceptible lors de la prise de parole de Johannes Lindner, ce dernier considérant que l’Union européenne n’était pas utilisée de façon optimale, notamment en ce qui concerne les règles fiscales, ces dernières n’ayant à ses yeux pas tant besoin d’être reformées que d’être légèrement plus flexibles. Elles restent en effet essentielles à ses yeux pour éviter de s’exposer à la volatilité du marché. Il a également fait appel à la mémoire de Jacques Delors, rappelant à quel point le courage de cette génération devrait inspirer les dirigeants européens actuels
Même message d’appel à la stabilité chez Patricia Barbizet, laquelle considère qu’il y a "un climat de confiance à rétablir sur la durée". Parmi les recettes qu’elle a distillées pour améliorer la situation tricolore, elle a argué qu’il fallait mettre un terme aux hausses d’impôts et plafonner les dépenses publiques. Ce qui doit s’accompagner, selon elle, d’une poursuite de la réforme des retraites. La dirigeante considérant qu’il ne faut pas se perdre dans un débat sémantique sur la question du mot réformer et simplement parler de moderniser tout ce qui peut l’être.
Le mot de la fin est revenu à Patrick Artus et ce dernier a choisi de le consacrer à la jeunesse, faisant le vœu qu’une attention particulière lui soit consacrée. On a senti l’économiste particulièrement inquiet de la capacité du système éducatif à amener chacun de ses membres jusqu’à l’emploi.
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