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Feuilleton de l'été / Grégory Krespine / Société Générale

Feuilleton de l'été
Grégory Krespine / Société Générale

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France demain / Grégory Krespine, directeur du Conseil en Investissement de Société Générale Private Banking

EXCLUSIF. À la tête du Conseil en Investissement de Société Générale Private Banking en Europe, Grégory Krespine promeut un nouveau style de banque privée, plus agile, plus technologique, plus intergénérationnelle et connectée aux enjeux sociétaux. Derrière la transformation d’un métier historiquement fondé sur la confiance avec une clientèle fortunée, se cache une conviction profonde : pour rester pertinent, il faut savoir se réinventer.
Grégory Krespine (©Société Générale)
Grégory Krespine (©Société Générale)

Une nouvelle ère dans l’univers feutré la banque privée. Pour Grégory Krespine, promu il y a 5 mois directeur du Conseil en Investissement de Société Générale Private Banking - il était auparavant chargé de la France -, la banque privée n’est plus ce sanctuaire réservé aux seniors fortunés attachés à leur conseiller de toujours. Il porte la vision d’une banque moderne, à la croisée des générations. "Ma mission est de rendre lisible et fluide l’interface entre les grandes familles européennes, de plus en plus jeunes, de plus en plus connectées, et une galaxie bancaire dense et complexe. La gestion privée apparaît comme un métier à la croisée des expertises de la banque : banque d’investissement, solutions technologiques, et acteurs institutionnels entre autres", explique-t-il à WanSquare.

 

Une réorganisation transversale et synergétique

 

La récente nomination de Grégory Krespine s’inscrit dans un contexte de refonte du dispositif de banque privée du groupe Société Générale, consécutive à la cession des entités en Suisse et au Royaume-Uni. Résultat : des hubs continentaux - France, Luxembourg, Monaco, Belgique et Italie - voient leur rôle renforcé dans la stratégie européenne. Une nouvelle feuille de route est déployée par Mathieu Vedrenne jusqu’alors en charge de la banque privée en France et qui dirige depuis novembre 2024 l’ensemble des activités de banque privée du groupe. C’est dans ce cadre que Gregory Krespine s’est vu confier de nouvelles responsabilités. "Le fruit de cette réorganisation a été d’apporter beaucoup de transversalité, notamment dans les expertises au sein de la Banque Privée Société Générale. Je m’inscris pleinement dans cette transversalité car nous adressons de grands clients du groupe, qu’ils soient à Luxembourg, à Monaco ou en France et qui ont finalement les mêmes problématiques, celles de grands investisseurs internationaux", souligne-t-il. Une architecture agile qui a l’avantage de favoriser les synergies avec d’autres entités (Banque de réseau, CIB, Assurance etc) tout en maintenant une exécution locale.

 

Fini la banque à papa

 

Il n’empêche qu’au sein même de cette réorganisation, les attentes des clients dépendent de la génération à laquelle ils appartiennent. Dans le périmètre des activités de conseil de Grégory Krespine, se mêlent en effet trois grandes typologies de clients : les épargnants fortunés entre 500 000 et 2 millions d’euros - clientèle historique, plus âgée (moyenne de 69 ans) et attachée à une relation de proximité avec son banquier -, la gestion de fortune, entre 2 et 25 millions (moyenne d’âge 62 ans), et le plus sophistiqué, le segment ultra-high networth individuals, "Le29H", soit près des 500 familles européennes au profil plus jeune (46 ans en moyenne) souvent issues de nouvelles fortunes Tech ou financières, et très matures sur les sujets digitaux notamment. Dans ce dernier cercle, il est d’ailleurs souvent nécessaire de travailler en synergie permanente avec des family offices ou des conseillers spécialisés. "À chaque grand client, un modèle relationnel propre, un accompagnement sur mesure – qu’il soit humain, digital ou hybride. C’est dans l’ajustement de notre posture opérationnelle que réside notre valeur ajoutée”, estime Grégory Krespine.

Si le mot "innovation" est souvent galvaudé, il trouve au sein de la banque privée de Société Générale une traduction concrète, voire pédagogique. Dès 2018, le groupe dirigé aujourd’hui par Slawomir Krupa avait lancé Synoé, son robot-advisor en investissement entièrement digitalisé. Et force est de constater que ce service connaît depuis 2023 un succès certain, porté par l’évolution des usages post-Covid et l’appétit croissant des clients pour l’interaction digitale. Si bien que depuis le 1er février dernier, Synoé s’est enrichi : initialement dédié aux OPCVM, il s’ouvre désormais aux produits structurés, et pourrait bientôt intégrer des actifs privés (private equity, dette privée, infrastructures). L’objectif est clair : toucher la fameuse "next-gen", ces héritiers ou entrepreneurs trentenaires ou quadragénaires, dont les habitudes numériques exigent un niveau d’adaptabilité technologique inédit pour une banque privée. "L’objectif n’est pas de remplacer le contact humain, mais d’offrir des solutions adaptées aux attentes de toutes les générations ", insiste-t-il.

 

Une banque privée à impact

 

Une nouvelle génération plus sensible aussi aux besoins de la société, souligne Grégory Krespine. Si la performance reste certes une exigence pour bon nombre de ses clients, l’impact et la responsabilité prennent une place croissante dans les choix d’investissements. "Le Covid comme les récents développements économiques ou géopolitiques nous ont aussi conduits à évoquer les sujets de souveraineté. Souveraineté de défense, de santé, alimentaire, d’énergie : investir, ce n’est plus seulement optimiser, c’est aussi contribuer ", nous fait-il observer, décrivant une clientèle de plus en plus engagée, prête à orienter une partie de son épargne vers des investissements d’intérêt général, voire à renoncer à un rendement maximal en échange de sens.

Au sein de ses équipes, des experts pointus proposent alors leurs savoir-faire en fonction des projets de leurs clients. Mais la banque privée accompagne aussi la philanthropie – création de fondations, gestion d’actifs abrités par la Fondation de France, etc, ou implication dans la Fondation 29 Haussmann, abritée par Société Générale Private Banking et dédiée à l’enfance. Un engagement discret, mais réel. "Être un particulier fortuné en France, c’est aussi avoir une responsabilité citoyenne. Et la banque privée se veut un partenaire stratégique dans cette réorientation de l’épargne vers le financement de l’économie réelle et des priorités nationales", se félicite-t-il.

 

Retour sur les bancs de l’école si nécessaire

 

Aussi, pour répondre à ces différents profils et aux attentes désormais multiples, Grégory Krespine ne laisse pas de place à l’immobilisme. "Il est important que les managers retournent sur les bancs de l’école. Se former en continu, c’est vital ", assure-t-il, convaincu que la capacité à anticiper les mutations passe par une remise à jour constante des savoirs. Lui-même n’a d’ailleurs pas hésité à passer neuf semaines à l’Ecole Polytechnique dans le cadre d’un programme monté en lien avec la filiale de crypto assets du groupe, Société Générale Forge (une pépite unique en Europe) pilotée par Jean-Marc Stenger, pour mieux comprendre les technologies qui bouleversent la finance. "La nouvelle élite financière européenne parle smart contracts, stablecoins et tokenisation ", poursuit-il. Une démarche proactive qui permet non seulement de comprendre les nouveaux paradigmes de l’investissement digital, mais aussi d’échanger en confiance avec les clients les plus pointus sur ces sujets.

À la tête d’environ 150 collaborateurs, Grégory Krespine cultive en outre un style managérial profondément humain. Il favorise ainsi "une organisation horizontale", reste en lien direct avec ses équipes, et veille à faire grandir les jeunes talents. "Ce qui compte, c’est l’efficacité collective et la proximité. Je veux pouvoir parler aussi bien à un stagiaire qu’à un directeur. La transmission, le feedback, le contact direct : c’est l’essence d’une dynamique positive.", assume-t-il. Cette culture du dialogue se traduit aussi dans la relation client. Pour lui, le doute n’est pas une faiblesse mais un levier d’exigence. "Le jour où je n’aurai plus d’appréhension avant un rendez-vous client, c’est là que je commencerai à faire des erreurs", prédit-il.

 

Un rêve de gosse devenu réalité

 

Et pourtant Grégory Krespine connaît bien la maison Société Générale. Il y a passé l’intégralité de sa carrière. "Une banque qui sait retenir ses talents, qui fait confiance. J’ai eu la chance d’avoir des managers qui ont parié sur moi ", nous confie-t-il. Après onze ans dans le groupe, il retient "le sentiment de progression permanente. La conviction que la remise en cause n’est pas une fragilité mais une force. Les clients que l’on accompagne sont souvent passés par une série d’échecs avant leur succès. On ne peut pas se permettre de ne pas douter un peu chaque jour ", reconnaît-il.

Son "déclic" pour la finance est venu très tôt, presque comme une évidence. "J’avais 9 ans quand j’ai demandé à mon père d’acheter une action Air Liquide avec les étrennes reçues à Noël ", se souvient Grégory Krespine avec un sourire amusé. C’est dans cette agence bancaire, en accompagnant son père, qu’il découvre en effet la Bourse, ce monde complexe et fascinant. "J’ai voulu comprendre ce qu’était une action. Ce fut le début d’un long compagnonnage ", confie-t-il. Adolescent, il partageait toujours sa même passion : "J’avais 15 ou 16 ans, je parlais d’actions tous les jours". Pour lui, ce sera donc la finance, et rien d’autre.

Grégory Krespine s’oriente ainsi vers une double formation : école de commerce et master 2 de mathématiques appliquées. Un tandem redoutablement efficace qui lui ouvre les portes de la salle de marché de Société Générale pour un stage. Une banque qu’il n’a pas choisi d’intégrer au hasard. "Société Générale a été la première banque au monde à traiter un produit dérivé, en 1987. Société Générale, c’était donc ‘LA’ banque qu’il fallait intégrer pour ces activités-là. C’était un rêve de gosse qui se réalisait", se remémore-t-il. Et dès son premier jour, il saura qu’il a trouvé sa place : "J’ai vu mon manager en meeting client, j’étais bluffé. Je n’avais même pas encore mon ordinateur. J’ai su tout de suite que c’était le secteur dans lequel je souhaitais inscrire ma carrière".

 

Convaincre (aussi) les collègues

 

En 2011, il prend un poste à Luxembourg, puis en 2014, Olivier Paccalin, aujourd’hui directeur de Société Générale Investment Solutions, lui propose de participer à la création d’une équipe dédiée au conseil en investissement dans la banque privée à Paris. " Il m’a dit, il faut quelqu’un de très technique, mais aussi capable de vulgariser pour un entrepreneur qui vient de céder son entreprise comme pour un trader chevronné ", se souvient-il. Grégory Krespine y voit une occasion d’exprimer pleinement cette vocation : "Ce n’était pas une salle de marché établie, mais un projet en construction, une aventure entrepreneuriale en interne. Il fallait tout construire dans un contexte où certains disaient : ‘on n’a pas besoin de vous pour aller voir les clients'. On a dû convaincre, structurer, prouver notre valeur", poursuit-il. L’enjeu n’était en effet plus de maîtriser des outils ou de décoder des signaux de marché, mais d’inventer une fonction, d’en démontrer la légitimité, d’imposer une idée encore étrangère à la culture maison.

Grégory Krespine garde un souvenir marquant de cette phase : "Avant de convaincre les clients, il faut embarquer ses collègues, sa direction, ses partenaires internes. Il faut construire une vision claire, faire preuve de pédagogie, susciter l’adhésion. Le changement ne va jamais de soi", martèle-t-il. Dans un monde où changer de maison est souvent vu comme un passage obligé pour progresser, lui revendique au contraire son attachement à Société Générale. "On m’a confié des responsabilités qu’aucune autre banque ne m’aurait sans doute données à mon âge. Ce n’est pas anodin ".

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