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Exail Technologies / sbf 120

La défense gagne encore du terrain au SBF 120 / Exail Technologies consacre sa mue en accédant au cercle des valeurs de référence

Avec Exail Technologies, le SBF 120 accueille une ETI devenue incontournable dans la robotique navale et la navigation critique. Une trajectoire accélérée qui reflète l’évolution des doctrines militaires, de plus en plus tournées vers les systèmes autonomes, et consacre le repositionnement stratégique de l’ex-Groupe Gorgé.
Les drones DriX H-8 (surface) et O-16 (sous-marin), vitrine du savoir-faire autonome d’Exail - Exail, Gilles Martin Raget
Les drones DriX H-8 (surface) et O-16 (sous-marin), vitrine du savoir-faire autonome d’Exail - Exail, Gilles Martin Raget

L’entrée d’Exail Technologies ce lundi au sein du SBF 120 illustre l’ascension fulgurante d’un acteur encore classé dans la catégorie des ETI, mais déjà incontournable dans l’univers de la défense. Aux côtés de la biotech Abivax, également promue, le spécialiste des drones autonomes et des systèmes de navigation succède à Esso et OVHcloud, évincés de l’indice. Avec lui, le poids du secteur militaire se renforce encore au sein de la cote parisienne, après l’arrivée en mars d’Exosens.

Depuis deux ans, l’Europe vit un véritable choc de réalignement stratégique. La guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine et l’érosion du "parapluie américain" ont accéléré un réarmement massif. En France, la Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros de budget, soit 118 milliards de plus que la période précédente. Thales, Safran, Dassault Aviation, mais aussi Rheinmetall en Allemagne, en récoltent déjà les fruits, avec des capitalisations qui se sont envolées. L’entrée d’Exail atteste de cette dynamique : aux côtés des grands groupes historiques de défense, des sociétés de taille intermédiaire s’imposent désormais dans le cercle des valeurs suivies par tous les gérants.

 

Quand le Groupe Gorgé devient Exail Technologies

 

Loin d’être une start-up sortie de nulle part, Exail Technologies est l’héritière d’une longue histoire industrielle. Derrière ce nom adopté fin 2022, on retrouve le Groupe Gorgé, société familiale fondée en 1990, longtemps diversifiée dans la protection nucléaire, la sécurité incendie ou l’ingénierie. C’est en 1992 que Gorgé avait mis la main sur ECA Group, spécialiste de la robotique et des drones sous-marins. Trois décennies plus tard, le rachat d’iXblue en 2022 – expert en navigation inertielle et photonique – a ouvert une nouvelle phase. La fusion d’ECA et iXblue a donné naissance à Exail, concentrant l’ensemble des savoir-faire technologiques. Dans le même temps, les activités périphériques ont été cédées. Le recentrage a été total : une société désormais vouée aux technologies de rupture dans la robotique maritime, l’autonomie et la navigation critique.

Ce virage stratégique a bouleversé la perception boursière de la société. Alors que le Groupe Gorgé plafonnait autour de 335 millions d’euros de capitalisation en 2021, Exail pèse aujourd’hui plus de 1,7 milliard. Une multiplication par cinq, nourrie par une croissance organique vigoureuse et un repositionnement qui place l’entreprise au carrefour des attentes des investisseurs : exposition à la défense, marges en expansion, innovation différenciante. La marge d’Ebitda courant ressort désormais autour de 22 %, et le carnet de commandes aligne des volumes inédits pour une ETI.

 

Des contrats record qui changent d’échelle

 

Au premier semestre 2025, les revenus ont bondi de 35 %, à 220 millions d’euros, avec un Ebitda en hausse de 45 %. Les prises de commandes ont atteint 612 millions, en progression de 279 % sur un an, portées par un contrat emblématique estimé à 400 millions d’euros pour des systèmes de drones autonomes de lutte contre les mines sous-marines, attribué par une marine occidentale. "Un big win", ont souligné les analystes de TP ICAP Midcap. D’autres marines européennes et asiatiques ont suivi, séduites par la capacité unique d’Exail à fournir des systèmes complets, de surface et sous-marins, déjà testés en opérations. Le groupe revendique aujourd’hui une position de leader mondial sur ce créneau encore naissant mais appelé à devenir central dans les déploiements navals.

L’entreprise française a d’ailleurs encore signé en juillet un contrat majeur avec un pays européen pour livrer cinq drones de surface autonome DriX H-8, soit la plus grande acquisition jamais réalisée pour cette plateforme, destinée à des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) dans un cadre militaire.

 

La montée en puissance de la guerre dronisée

 

Les perspectives confirment l’ampleur du basculement d’échelle. Les programmes de renouvellement capacitaire en matière de guerre des mines représentent, à l’échelle mondiale, un potentiel de 3 milliards d’euros sur lequel Exail se positionne. Le développement de flottes de drones pour la surveillance, l’inspection et la reconnaissance s’accélère, répondant aux contraintes budgétaires des marines et à l’évolution des doctrines opérationnelles. La société n’hésite pas à démontrer son avance lors d’exercices multinationaux, tel REPMUS, organisé ce mois de septembre au Portugal par l’Otan, où elle déploie son nouveau DriX transocéanique capable de trente jours d’autonomie en mer.

Que le discret Groupe Gorgé se soit mué en Exail Technologies, désormais au SBF 120, en dit long sur le chemin parcouru. Celui d’un groupe familial recentré qui s’impose aujourd’hui dans la chaîne de valeur de la défense européenne, à un moment où la demande mondiale s’intensifie.

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