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Michelin subit le contrecoup du ralentissement nord-américain / Le pricing power mis à l'épreuve
Il est des contextes où même le meilleur pricing power atteint ses limites. Pour Michelin, l’année 2025 en fait partie. Le groupe clermontois a surpris le marché en abaissant lundi soir ses prévisions annuelles, reconnaissant que la hausse des prix ne suffit plus à compenser la chute des volumes, notamment en Amérique du Nord. L’action a décroché de plus de 6 % mardi matin à la Bourse de Paris, reflétant la déception d’investisseurs déjà prudents avant la publication du troisième trimestre prévue le 22 octobre.
Le scénario d’un avertissement n’était plus un tabou, mais peu anticipaient une révision d’une telle ampleur. Le résultat opérationnel des secteurs est désormais attendu entre 2,6 et 3 milliards d’euros à taux de change constants, contre plus de 3,4 milliards visés jusque-là. La coupe est donc brutale - près de 600 millions d’euros au point médian - et s’accompagne d’un abaissement du flux de trésorerie libre avant acquisitions à 1,5-1,8 milliard, contre un objectif initial supérieur à 1,7 milliard. Comme le souligne Deutsche Bank, la baisse reflète surtout "la faiblesse des volumes en Amérique du Nord et la moindre utilisation des capacités industrielles", deux facteurs aggravés par les droits de douane et la chute de la demande sur les segments poids lourd et agricole.
Dans cette région, le repli des volumes atteint environ 10 % au troisième trimestre, effaçant les progrès observés ailleurs dans le monde. Le ralentissement de l’économie américaine, la prudence des transporteurs et la baisse des achats sur le marché du remplacement pèsent sur les marges. À cela s’ajoute un effet de change défavorable, le dollar s’étant affaibli à 1,17 pour un euro, contre 1,15 dans les hypothèses précédentes, réduisant la contribution des filiales américaines au résultat consolidé.
La rentabilité au plus bas depuis la pandémie
Les analystes s’accordent sur l’ampleur du décrochage. UBS anticipe une baisse d’environ 15 % du consensus EBIT pour 2025, assortie d’un effet d’entraînement équivalent sur 2026. La banque estime que la base de comparaison étant désormais plus basse, le dividende pourrait être ajusté, même si la génération de trésorerie reste solide et que le bilan demeure sain. Oddo BHF relève pour sa part un levier opérationnel "bien plus négatif que prévu ", conséquence directe de la rigidité des coûts fixes dans un contexte de volumes déclinants depuis 2022. La rentabilité opérationnelle du second semestre s’établirait ainsi à son niveau le plus bas depuis 2020, avec des divisions poids lourd proches de l’équilibre voire déficitaires.
AlphaValue, qui avait déjà abaissé ses prévisions avant le communiqué, table désormais sur un résultat opérationnel autour de 3,2 milliards d’euros, soit un niveau à peine supérieur au milieu de la nouvelle fourchette. L’analyste Adrien Brasey souligne " les effets cumulés du change et des droits de douane ", tout en notant que la contribution positive du mix produit s’amenuise au fil des trimestres.
Après cette alerte, la communication du 22 octobre sera attendue de pied ferme. Le marché espère des explications précises sur la dynamique des volumes, sur l’impact réel du change et sur les leviers d’adaptation à court terme. La visibilité reste faible à ce stade. Le titre chutait mardi de 8,4 %, à 26,26 euros.
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