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Michelin consolide sa stratégie de diversification / Les matériaux composites montent en puissance
Numéro un mondial du pneumatique, Michelin est logiquement associé à son métier historique. L’annonce, dès les premiers jours de 2026, par le groupe basé à Clermont-Ferrand, de l’acquisition de Cooley Group et de Tex Tech Industries invite pourtant à déplacer le regard. Moins par la dimension financière de l’opération, dont les montants ne sont pas divulgués, que par ce qu’elle dit de l’évolution du groupe clermontois et de la place qu’y prennent désormais les solutions polymères.
Les deux sociétés ciblées occupent des positions de niche mais reconnues sur les marchés des tissus enduits et des textiles techniques. Cooley, basé dans le Rhode Island, est un acteur intégré des tissus enduits polymères à haute performance, présent dans des applications allant du médical à l’étanchéité industrielle ou aux solutions environnementales. Tex Tech Industries, fondé dans le Maine, s’est imposé comme un fournisseur de référence de textiles et revêtements techniques pour des usages exigeants, notamment dans l’aéronautique, le spatial ou les composites. Dans les deux cas, Michelin met la main sur des savoir-faire industriels pointus, des portefeuilles clients spécialisés et des géographies essentiellement nord-américaines, complémentaires de ses positions actuelles.
L’activité Polymer Composite Solutions franchit un cap
Un élément sans doute peu connu : Michelin est déjà leader européen dans le domaine des tissus enduits, avec des marques telles qu’Orca. Les acquisitions de Cooley et de Tex Tech doivent ainsi être lues comme une accélération sur de nouveaux marchés finaux et un approfondissement de la présence du groupe sur certaines géographies, en particulier en Amérique du Nord. À l’heure où les échanges internationaux sont plus exposés aux aléas tarifaires, renforcer une base industrielle et commerciale locale aux États-Unis apparaît plutôt pertinent.
Le communiqué fournit un indicateur clé pour apprécier la taille de ces acquisitions. Michelin indique qu’elles augmenteraient d’environ 20 % le chiffre d’affaires de son activité Polymer Composite Solutions, soit près de 280 millions de dollars. En creux, cela permet d’estimer que cette activité pesait jusque-là autour de 1,4 milliard de dollars de revenus annuels. Rapporté aux ventes du groupe, qui s’établissaient à 19,3 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2025, l’ensemble reste modeste, de l’ordre de 5 %. Mais grâce aux acquisitions annoncées, une étape tout aussi significative que symbolique s’apprête à être franchie : Michelin prévoit de créer, à partir de 2026, un segment de reporting dédié à Polymer Composite Solutions, soit le signe d’un changement de statut pour ces métiers au sein du groupe.
Cette évolution ne procède toutefois pas d’une inflexion soudaine. La diversification de Michelin dans les polymères et les composites s’est construite sur plusieurs décennies, comme un prolongement naturel du métier du pneu. Bandes transporteuses, courroies industrielles, joints, tissus enduits ou solutions de renforcement ont longtemps coexisté en marge des activités pneumatiques, avant d’être progressivement structurées comme un ensemble cohérent au milieu des années 2010. La stratégie Michelin in Motion 2030, présentée en 2021, avait formalisé cette ambition en identifiant les composites flexibles comme l’un des relais de croissance au-delà du pneumatique, avec l’objectif de porter à terme entre 20 % et 30 % la part des ventes hors pneus.
Un relais de croissance face à un cycle moins porteur
D’ailleurs, l’accélération actuelle intervient alors que le cœur de métier du groupe traverse une phase moins porteuse. À l’automne 2025, Michelin a revu sa trajectoire après une dégradation marquée de la visibilité sur les marchés du pneumatique, en particulier en Amérique du Nord, sur les segments de la première monte et du poids lourd. Les marchés automobiles atones, l’attentisme des flottes et la pression des importations de pneus à bas coût ont conduit le groupe à ajuster ses ambitions opérationnelles. Les chiffres publiés fin octobre ont fait état d’un recul de 4,4 % des ventes sur neuf mois, malgré la résilience de certaines activités de spécialités, dont Polymer Composite Solutions.
Dans ce cadre, les acquisitions de Cooley et de Tex Tech viennent donc renforcer des métiers moins cycliques, exposés à des marchés finaux diversifiés et moins sensibles aux guerres de prix.
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