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Transmission d'entreprises / Pacte Dutreil / TPE-PME / ETI

Le mur des transmissions approche / Quelque 370 000 entreprises à céder et une France patronale qui peine encore à passer la main

Jamais la France n’aura eu autant d’entreprises à transmettre… et jamais leurs dirigeants n’auront été aussi peu prêts à lâcher prise. D’ici 2030, quelque 370 000 TPE, PME et ETI devront changer de mains, selon une étude de Bpifrance Le Lab. Un mur de transmissions trois fois plus élevé qu’aujourd’hui, alors même que 40 % des patrons concernés repoussent l’échéance, freinés par le manque de repreneurs, la peur du « deuil entrepreneurial » ou des financements introuvables. Résultat : au rythme actuel, à peine un tiers des transmissions nécessaires auront lieu, au risque de voir disparaître des milliers d’entreprises faute de successeurs. Une bombe silencieuse pour l’économie réelle, ses savoir-faire… et des emplois que les dirigeants veulent à tout prix préserver.
Transmission d'entreprises (Photo by Ale Ventura / AltoPress / PhotoAlto via AFP)
Transmission d'entreprises (Photo by Ale Ventura / AltoPress / PhotoAlto via AFP)

Il y a urgence. Alors que 370 000 TPE-PME-ETI seront à transmettre à horizon 2030, selon une étude de Bpifrance Le Lab, en partenariat avec CCI France, CMA France et le C.R.A, – soit un niveau trois fois plus élevé qu’aujourd’hui et 40 % de cette catégorie d’entreprise, force est de constater que les dirigeants des sociétés concernées ne sont pas prêts à passer la main. Des dirigeants qui ne sont pas uniquement au bord d’un départ en retraite, la majorité des transmissions étant initiées par des chefs d’entreprise de moins de 60 ans voire moins de 50 ans en raison d’une charge de travail ou psychologique trop importante. "En maintenant le volume de transmissions actuel, seules 130 000 TPE-PME-ETI seraient effectivement transmises dans les cinq prochaines années. […] Toutes les transmissions envisagées n’auront donc pas lieu, ou tout du moins pas à cet horizon. 80 % des dirigeants indiquent qu’ils souhaitent rester plus longtemps à la tête de leur entreprise s’ils ne parviennent pas à transmettre à l’horizon visé, et 28 % n’ont d’ailleurs pas encore commencé à réfléchir à leur transmission", observe l’étude.

Il faut dire aussi que malgré des dispositifs comme le pacte Dutreil, jugé indispensable pour les organisations patronales, des freins persistent toujours. Ils sont psychologiques – certains experts parlant même d’accompagnement au "deuil" -, organisationnels – lorsque la transmission est prévue dans plus d’un an, 70 % des dirigeants n’en sont qu’à la phase de réflexion, la moitié n’ayant d’ailleurs pas défini de projet spécifique post-transmission -, ou d’ordre social avec une potentielle cessation d’activité faute de repreneurs. "Même si 40 % des cédants potentiels ne déclarent aucun obstacle significatif à la transmission, trouver le bon repreneur peut se révéler être un vrai défi pour le cédant. L’absence de repreneurs et la réception d’offre de reprise à un prix jugé trop faible sont les deux principaux obstacles relevés par les cédants potentiels (citées par respectivement 19 % et 18 % d’entre eux), devant la complexité des démarches administratives (14 %). Le cédant est particulièrement soucieux de garantir la pérennité de son entreprise et de préserver les emplois, premier critère prioritaire en vue de la transmission, et attache de l’importance à l’alignement du repreneur avec ses valeurs et sa vision pour l’entreprise. La relation de confiance entre le cédant et le repreneur est d’ailleurs une clé essentielle d’une transmission réussie", souligne l’étude.

Mais encore faut-il trouver un repreneur. Là encore, les choses ne sont pas simples. 22 % des repreneurs externes rencontreraient des difficultés pour trouver l’entreprise à reprendre. "Cette difficulté d’appariement entre les cédants et les repreneurs peut s’expliquer […] par un manque de transparence sur le marché de la transmission, qui repose, d’après les experts interrogés, encore souvent sur le bouche-à-oreille", révèle l’étude.

Et si repreneur il y a, ce dernier doit pouvoir obtenir les financements dont il a besoin. Or, l’accès au financement figure comme le principal obstacle à la reprise, et notamment du côté des repreneurs salariés (44 % d’entre eux). "Si la grande majorité des reprises tiennent leurs promesses, il est important de reprendre "au juste prix", notamment pour éviter des charges financières trop lourdes post-reprise, pouvant obérer le développement de l’entreprise. Environ un tiers des repreneurs se sont vus contraints de reporter voire diminuer les investissements nécessaires au bon développement de l’entreprise en raison des charges financières liées à l’emprunt ayant servi à financer la reprise. 26 % des repreneurs jugent a posteriori le prix de rachat de l’entreprise reprise trop élevé ", note l’étude.

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