Macro-économie / Taux / Jean-François Robin / Natixis / 2026
Macro-économie / Taux
Jean-François Robin / Natixis / 2026
L'année 2026 vue par... Jean-François Robin /
Responsable mondial de la Recherche de Natixis CIB
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?
L’économie européenne résiste étonnamment bien et devrait être proche de sa croissance d’équilibre à 1.2%. Après avoir fait mieux que prévu par la plupart des analystes (nous attendons 0.9% cette année), la croissance française devrait progresser de près de 1%. Le risque politique et l’incertitude afférent qui a fait perdre 0.2/0.3% à la croissance française selon nos calculs et sans lequel le PIB serait quasiment à sa vitesse de croisière) reste le principal obstacle à meilleur fortune. Le fait marquant devrait sans aucun doute être le fort rebond de la croissance allemande qui devrait atteindre 1.3% alors que le principal moteur économique européen était à l’arrêt depuis près de 4 ans. Cela profitera aux croissances françaises (gain de O.1) ou italienne (+O.2%)
Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?
La probable nomination de Kevin Hassett ou de toute façon d’un Président plus proche de Trump va amoindrir l’indépendance de la Fed. Cela va entrainer une baisse plus forte des taux directeurs qu’il ne le faudrait alors que l’inflation continue de progresser (à 3% déjà). Cela va entrainer des pressions vendeuses sur la partie longue de la courbe que pourrait contrer la FED mais au prix d’une accélération de la dédollarisation et d’une baisse du dollar
Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?
Protéger l’industrie européenne à court terme passe sans doute par une préférence européenne à l’instar de ce que pratiquent eux même la Chine et les Etats-Unis et l’adoption de minimums de contenus européen. Muscler la taxe carbone aux frontières reste également un vecteur important. Et bien sûr harmoniser les règles européennes qui sont l’équivalent de droits de douane de 45% entre pays européens qui ne dépendent que de nous.
Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?
Les valorisations sont au plus haut depuis la bulle internet avec une concentration historique sur un petit nombre de valeurs. La grosse différence reste que les 7 magnifiques sont profitables et cash-rich même si les récentes importantes levées de dette font question et que beaucoup d’investissements semblent assez circulaires entre utilisateurs et fournisseurs de puces. En revanche l’écosystème autour des cryptos semble peu à même de résister à une baisse durable du Bitcoin.
En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?
Augmenter le temps de travail, la productivité et les efforts de formation.
Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?
Un lent déclassement semble le scénario le plus probable avec une absence de moyens pour investir dans l’innovation, la transition énergétique ou les dépenses sociales liées au vieillissement et l’impératif d’augmenter notre force de dissuasion hors nucléaire.
D’après une étude du Conseil d’analyse économique, un effort de 148 milliards d’euros en six ans serait nécessaire pour que la France stabilise son taux d’endettement public tout en se prémunissant contre les crises. Quelles sont les composantes de la dépense publique devant assumer l’ajustement ?
On ne fera malheureusement pas l’économie d’une profonde réforme du périmètre de l’Etat et du degré de protection sociale qui représente 56% de nos dépenses publiques.
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