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Double revers pour Sanofi sur un dossier clé en neurologie / Un profil clinique et réglementaire plus étroit

L’échec clinique du tolébrutinib dans la sclérose en plaques primaire progressive et l’allongement de son parcours réglementaire aux États-Unis viennent fragiliser l’un des piliers du pipeline de Sanofi. Sans remettre l’actif en cause, la séquence accélère le déplacement du centre de gravité vers les prochains jalons R&D attendus en 2026.
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi (Photo by MIGUEL MEDINA / AFP)
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi (Photo by MIGUEL MEDINA / AFP)

Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets. En septembre, la publication de premiers résultats cliniques jugés mitigés sur l’amlitelimab, un nouveau traitement contre la dermatite atopique, avait secoué l’action Sanofi en Bourse. Ce lundi, ce sont des résultats sur le tolébrutinib, l’un des dossiers phares de la franchise neurologie du groupe, qui ravivent la nervosité du marché. En début de séance, le titre a cédé plus de 5 %, avant de reprendre une partie du terrain perdu. En milieu d’après-midi, il reculait encore de 2,1 % à 81,5 euros.

Le laboratoire a détaillé lundi deux développements défavorables sur le tolébrutinib, un médicament expérimental développé dans certaines formes progressives de sclérose en plaque un médicament expérimental développé dans certaines formes progressives de sclérose en plaques. La première concerne PERSEUS, l’étude de phase 3 menée dans la sclérose en plaques primaire progressive, l’une des formes les plus sévères de la maladie. L’essai n’a pas atteint son critère principal, à savoir le ralentissement du délai d’apparition de la progression confirmée du handicap à six mois par rapport au placebo. Conséquence, le groupe ne compte plus demander d’autorisation de mise sur le marché dans cette indication. Le communiqué souligne par ailleurs que les atteintes hépatiques liées au médicament constituent un risque identifié du tolébrutinib, même si le profil de sécurité observé reste cohérent avec les études précédentes.

 

Un potentiel clinique plus segmenté

 

"Les commentaires récents de Sanofi nous semblaient déjà plus prudents sur le dossier, et nous constatons désormais de nouveaux revers", relèvent les analystes de Bank of America, qui disent leur surprise face à cet échec dans la forme primaire progressive, "d’autant plus qu’un médicament expérimental concurrent de Roche, issu de la même classe thérapeutique, a récemment montré une efficacité dans cette indication, lors d’un essai mené face au traitement de référence". Au-delà du résultat clinique lui-même, cette déconvenue referme la porte à l’ambition initiale d’un traitement de la sclérose en plaques à large spectre. Le parcours du tolébrutinib dessine désormais un profil beaucoup plus segmenté.

Les données disponibles sur l’ensemble du programme restent en effet contrastées. Dans une autre forme de la maladie, la sclérose en plaques secondaire progressive non récurrente, l’essai de phase 3 HERCULES avait livré un signal plus favorable, avec une réduction d’environ 30 % de la progression du handicap. Un résultat jugé cliniquement pertinent sur un segment où les options thérapeutiques sont rares. De quoi nourrir l’hypothèse d’un positionnement différencié dans les formes progressives, mais en écartant toute perspective de blockbuster pan-indication.

 

Un dossier désormais sous examen renforcé

 

La seconde annonce renforce cette lecture prudente : l’examen par la FDA de la demande d’autorisation dans la sclérose en plaques secondaire progressive non récurrente ne sera pas finalisé à la date d’action cible du 28 décembre 2025. La décision est désormais attendue au-delà de cette échéance, avec des orientations supplémentaires de l’agence seulement d’ici la fin du premier trimestre 2026.

Or, "il ne s’agit pas du premier report de la date PDUFA", rappellent les analystes d’Invest Securities, en soulignant que le calendrier réglementaire a déjà été affecté par des analyses complémentaires jugées substantielles, ainsi que par une suspension partielle des essais en 2022 liée à des cas de toxicité hépatique. Ce nouveau retard peut ainsi "soulever des questionnements notamment en matière de sécurité du produit et donc la notice in fine du médicament", ajoute Oddo BHF. Ce glissement de calendrier apparaît ainsi moins comme un simple ajustement technique que comme le signe de discussions plus approfondies sur le rapport bénéfice-risque du médicament.

 

Un actif clé, mais plus central

 

Pour autant, le tolébrutinib n’est pas rayé de la carte stratégique de Sanofi. "Si ce nouveau décalage constitue un revers à court terme, le tolébrutinib demeure un actif stratégique clé", insiste Invest Securities, rappelant son mécanisme d’action ciblant la neuro-inflammation chronique, au cœur de la progression du handicap. Le consensus de marché anticipe toujours environ 1,4 milliard d’euros de ventes de pointe dans les indications progressives, même si la trajectoire apparaît désormais plus étroite et plus incertaine.

La séquence met surtout en lumière un déplacement contraint du centre de gravité du narratif R&D du groupe. À court terme, aucun résultat du calibre de celui du tolébrutinib n’est clairement identifié dans l’agenda. En revanche, plusieurs rendez-vous structurants se profilent en 2026. Amlitelimab concentre une grande partie des attentes, avec la lecture progressive des autres études de phase 3 du programme OCEANA, qualifiées de mission critical par plusieurs courtiers pour apprécier la relève du Dupixent en immunologie. En parallèle, Dupixent lui-même continue d’alimenter l’agenda réglementaire, notamment avec une décision de la FDA attendue fin février 2026 dans la rhinosinusite fongique allergique, tandis que d’autres programmes respiratoires et neurologiques doivent livrer des données clés au fil de l’année 2026

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