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STMicroelectronics / jean-marc chery
STMicroelectronics amorce sa sortie de cycle / Après le temps du déstockage
La baisse de près de 5 % de l’action STMicroelectronics jeudi après-midi pouvait donner l’image d’un marché sanctionnant les résultats 2025 du fabricant franco-italien de semi-conducteurs. La séquence est pourtant plus nuancée. Après la publication et la présentation aux analystes dans la matinée, le titre évoluait initialement en nette hausse. Le retournement est intervenu à l’ouverture de Wall Street. De là à y voir la main de stratégies de trading automatisé réagissant à un bénéfice par action ponctuellement passé en territoire négatif sous l’effet des charges de restructuration, il n’y a qu’un pas - que la lecture détaillée des comptes du trimestre permet en partie de comprendre.
Au quatrième trimestre, ST a enregistré 3,33 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avec une marge brute de 35,2 %, des niveaux légèrement supérieurs à la cible médiane communiquée par le groupe mais qui n’ont pas suffi à dissiper la déception sur le bas de compte. Le résultat d’exploitation ressort à 125 millions de dollars, mais intègre environ 141 millions de dollars de dépréciations, charges de restructuration et coûts de phase-out liés au remodelage industriel et à l’ajustement de la base de coûts. Hors éléments non récurrents, le BPA s’établit à 0,11 dollar, un niveau lui aussi inférieur aux attentes du marché, mais qui intègre, comme le précise le communiqué, « un certain impact négatif ponctuel lié à des charges fiscales, de 0,18 dollar par action », un effet que des analystes jugent largement technique, lié à des éléments fiscaux exceptionnels plutôt qu’à la performance opérationnelle.
La fin progressive du cycle de déstockage
Dans les faits, le groupe a renoué avec une croissance annuelle au quatrième trimestre, une première après plusieurs trimestres de contraction, même si sur les marchés finaux, le tableau demeure contrasté. L’automobile, longtemps moteur, reste en retrait sur un an. Toutefois la tendance séquentielle s’améliore, les stocks semblent en voie de normalisation. « Les sujets de sur-inventaire dans l’automobile ont été réglés », indique à WanSquare Jean-Marc Chéry. Même mouvement dans l’industrie, où la phase d’ajustement semble toucher à son terme : « Le marché industriel est quasi en phase d’avoir digéré ses surinventaires qui avaient été créés pendant la période de pénurie qui a suivi la période du Covid », observe le dirigeant, qui relève que le groupe est « maintenant exposé à la demande finale ».
La phase de correction des stocks « désormais largement derrière l’entreprise » et un book-to-bill industriel repassé au-dessus de 1, signe d’une normalisation avancée des canaux, abonde le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. Dans l’automobile, le même indicateur est « globalement à l’équilibre sur une base normalisée », ce qui suggère une stabilisation plus qu’un redémarrage brutal, ajoute-t-il.
Les infrastructures numériques prennent le relais
La dynamique la plus visible vient d’autres segments. Les communications et l’informatique affichent une forte progression, tirées par les infrastructures numériques. Les revenus du segment RF & Optical Communications ont ainsi bondi de plus de 20 % sur un an. Le groupe met en avant la montée en puissance des besoins liés aux data centers et à l’IA. « La communication par câbles optiques des serveurs qui utilisent une technologie qu’on appelle la silicon photonics peut peser plusieurs centaines de millions de dollars et bien booster nos revenus », explique le dirigeant. ST se positionne sur les composants périphériques de gestion de puissance et d’interconnexion : « Nous n’intervenons pas sur les processeurs ni sur les mémoires ; notre expertise porte sur les composants périphériques qui gèrent la puissance et, de plus en plus, sur ceux qui accélèrent les communications grâce à la silicon photonics. ».
Le spatial constitue un autre relais. « On a clairement bénéficié d’un effet d’accélération au quatrième trimestre sur les activités liées aux communications par satellites en orbite basse, principalement avec Starlink. »
Longtemps, STMicroelectronics a été perçu comme un acteur d’abord exposé aux marchés automobile et industriel, davantage positionné sur les « produits » que sur les grandes infrastructures numériques. Jean-Marc Chéry reconnaît que l’équilibre historique du groupe reflétait cette réalité, avec une part majoritaire de ressources et de revenus orientée vers ces segments traditionnels et une présence plus limitée dans les infrastructures de communication ou informatiques.
Un modèle en cours de rééquilibrage
Ce positionnement se transforme peu à peu. Sous l’effet du cycle automobile et des arbitrages en R&D et en marketing, ST réalloue progressivement ses priorités vers les segments portés par l’essor des usages numériques.
La direction assume ce virage. Jean-Marc Chéry évoque un groupe en recomposition, avec un équilibre appelé à évoluer « vers un ratio de l’ordre de 65-35 ou 60-40 entre produits et infrastructures ». Et de décrire la trajectoire qui se dessine : ST est, selon lui, « un groupe appelé à poursuivre sa croissance avec un mix davantage tourné vers les infrastructures numériques, porté par la dynamique des data centers et des serveurs liés à l’IA ».
Les comptes 2025 traduisent encore le creux du cycle, avec 11,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en recul de 11,1 %, et une marge brute ramenée à 33,9 %. La génération de trésorerie reste toutefois positive, avec 265 millions de dollars de free cash-flow et une position financière nette de 2,79 milliards de dollars en fin d’exercice, tandis que les investissements industriels atteignent 1,79 milliard.
Le scénario d’un redressement graduel
Mais la visibilité s’améliore graduellement. AlphaValue relève des tendances de revenus supérieures à la saisonnalité et « plusieurs moteurs de croissance propres au groupe soutenant une reprise graduelle jusqu’en 2026 ». La direction partage cette lecture et anticipe une amélioration progressive de la rentabilité après le début d’année. Pour Jean-Marc Chéry, « le premier trimestre devrait marquer un point bas de marge, avant une amélioration cohérente avec la hausse attendue des revenus ».
Le groupe anticipe pour le premier trimestre 2026 environ 3,04 milliards de dollars de revenus et une marge brute autour de 33,7 %, intégrant encore des charges de capacités inutilisées. La trajectoire attendue est celle d’une amélioration progressive au fil de l’année, à mesure que l’effet des restructurations s’estompe et que la demande se normalise, avec une seconde partie d’exercice appelée à être mieux orientée que la première. ST prévoit par ailleurs entre 2 et 2,2 milliards de dollars de capex en 2026 pour soutenir ses priorités industrielles et technologiques. À plus longue échéance, la direction maintient son cap de croissance : « Sous réserve d’un environnement de marché sans rupture majeure sur les segments que nous adressons, nous estimons pouvoir confirmer notre ambition d’atteindre 18 milliards de dollars de chiffre d’affaires plutôt en 2028 qu’en 2027 », indique Jean-Marc Chéry.
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