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Macro-économie / Taux

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L’IA ne supprime pas (encore) l’emploi en Europe / Les firmes qui investissent embauchent davantage qu’elles ne licencient

Selon une étude de la Banque centrale européenne, l’usage intensif et l’investissement dans l’intelligence artificielle sont aujourd’hui associés à des créations nettes d’emplois, en particulier dans les petites entreprises. À court terme, l’IA semble davantage transformer les profils recherchés que réduire les effectifs.
Photo par JAQUE SILVA / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Photo par JAQUE SILVA / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

En Europe, une IA guère porteuse de bouleversement du marché du travail, en tout cas à date. C’est l’un des principaux enseignements d’une étude publiée par la BCE, réalisée à partir d’une enquête menée auprès de 3 500 entreprises de la zone euro au second et au quatrième trimestres 2025. Alors que les annonces de suppressions de postes se multiplient outre-Atlantique, l’étude européenne dresse un constat plus nuancé.

Premier paradoxe : l’intelligence artificielle est déjà largement utilisée, mais encore peu financée en interne. Deux tiers des entreprises interrogées déclarent que leurs salariés utilisent des outils d’IA. Ce taux grimpe à près de 90 % dans les sociétés de plus de 250 salariés, contre 60 % dans les structures de moins de dix employés.

En revanche, seules 25 % des entreprises investissent réellement dans cette technologie. "Les entreprises n’ont pas nécessairement besoin d’investir dans l’IA pour l’utiliser", soulignent les auteurs. L’accessibilité d’outils en ligne à faible coût abaisse fortement la barrière à l’entrée, notamment pour les plus petites structures.

La question centrale demeure : l’IA remplace-t-elle déjà les travailleurs ? Pour y répondre, la BCE compare les entreprises utilisatrices et non utilisatrices, en tenant compte de multiples facteurs (taille, âge, chiffre d’affaires, rentabilité, perspectives économiques, secteur et pays).

Résultat : aucune différence significative globale en matière de créations ou destructions d’emplois.

Mais l’analyse se précise lorsque l’on distingue les usages intensifs. Les entreprises qui utilisent fortement l’IA ont environ 4 % de probabilité supplémentaire d’augmenter leurs effectifs. De même, celles qui investissent dans l’IA sont près de 2 % plus susceptibles d’embaucher.

"Les entreprises fortement utilisatrices d’IA ont tendance, en moyenne, à embaucher plutôt qu’à licencier", résume l’étude. L’effet est particulièrement marqué dans les petites entreprises, tandis qu’il apparaît neutre pour les grandes.

La nature de l’usage joue un rôle clé. La croissance de l’emploi est tirée par les entreprises qui mobilisent l’IA pour la recherche et développement et l’innovation - des leviers classiques de croissance.

À l’inverse, les sociétés qui utilisent l’IA pour réduire leurs coûts salariaux enregistrent davantage d’effets négatifs sur l’embauche et positifs sur les licenciements. Toutefois, seuls 15 % des utilisateurs invoquent cet objectif, un poids insuffisant pour inverser la tendance globale.

Même si l’enquête ne précise pas les profils recrutés, les auteurs estiment que nombre de ces postes concernent probablement des salariés hautement qualifiés, capables de développer et d’exploiter ces technologies.

Qu’en est-il des perspectives ? À un an, les entreprises qui prévoient d’investir dans l’IA affichent des anticipations d’embauche plus favorables que celles qui ne le font pas. "Une pause dans les embauches due à l’investissement dans l’IA apparaît peu probable au cours de l’année à venir", indiquent les économistes.

Les conclusions restent toutefois prudentes. D’autres travaux, notamment en Allemagne, anticipent des suppressions de postes à un horizon plus lointain, de l’ordre de cinq ans.

"À ce stade, l’investissement et l’usage intensif de l’IA ne remplacent pas encore les emplois", conclut la BCE. Certaines entreprises recrutent même pour déployer ces technologies ou accroître plus rapidement leur production.

Les auteurs rappellent néanmoins que l’IA n’a pas encore profondément transformé les processus productifs. Or, "le plus long terme demeure incertain". À mesure que la technologie gagnera en maturité et en diffusion, ses effets sur l’emploi pourraient évoluer.

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