Macro-économie / Taux
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Industrie de défense : des finances redressées mais encore fragiles / La BITD gagne en rentabilité, sans échapper aux tensions de trésorerie et de financement
Une embellie sous contrainte. Dans une étude récente, la Direction générale du Trésor analyse la transformation rapide de la situation financière des entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD). Porté par la hausse des dépenses militaires depuis 2022, le secteur affiche un redressement net de ses fondamentaux économiques.
C’est peu dire que la croissance est au rendez-vous. Entre 2021 et 2024, la valeur ajoutée des entreprises de la BITD a fortement progressé, bien au-delà du reste de l’économie. Cette dynamique se retrouve également dans l’emploi, la productivité et le chiffre d’affaires. Surtout, elle s’accompagne d’un redressement marqué de la rentabilité. Les taux de marge, d’excédent brut d’exploitation et de rentabilité économique sont en nette hausse, au point de dépasser désormais les niveaux observés dans les secteurs civils comparables.
Cette amélioration a directement soutenu l’investissement. Le taux d’investissement des entreprises de la BITD augmente dès 2022, dans un contexte où il stagne ailleurs. Ce mouvement est d’autant plus significatif que le secteur est structurellement très capitalistique, avec une forte intensité technologique et une production importante de brevets. L’étude souligne d’ailleurs que la défense constitue, dans les pays de l’OCDE, le premier poste de recherche et développement financé par l’État.
Pour autant, cette dynamique positive ne suffit pas à effacer les contraintes structurelles qui pèsent sur la santé financière du secteur. La principale tient au besoin en fonds de roulement, particulièrement élevé. En raison de cycles de production longs, de procédures de validation complexes et de stocks importants, les entreprises doivent mobiliser des ressources financières considérables avant même d’encaisser leurs revenus.
À cela s’ajoutent des délais de paiement étendus, tant côté clients que fournisseurs. Si ces délais restent globalement équilibrés, ils contribuent à maintenir une pression constante sur la liquidité des entreprises.
Sur le plan bilanciel, des progrès sont néanmoins visibles. Les capitaux propres augmentent sensiblement sur la période récente, en partie grâce à une meilleure intégration des résultats. L’étude note ainsi une évolution dans la structure du financement : les entreprises dépendent un peu moins des apports directs des actionnaires et davantage de leur capacité à générer et conserver des bénéfices.
L’endettement brut, de son côté, recule plus rapidement que dans les secteurs comparables. Le ratio de levier s’améliore et se rapproche des standards du reste de l’économie, signe d’un risque financier mieux maîtrisé qu’auparavant. Mais cette lecture positive doit être nuancée. En réalité, l’endettement net progresse légèrement, traduisant une consommation accrue de trésorerie pour financer la montée en cadence de la production.
Autre point de vigilance : le coût du financement. Les entreprises de la BITD continuent de faire face à des taux d’intérêt plus élevés que la moyenne, avec une progression plus marquée depuis 2021. Cette situation reflète notamment un recours accru au financement bancaire dans un contexte de remontée générale des taux. Elle peut, à terme, peser sur la capacité d’investissement du secteur.
Or, les besoins à venir sont considérables. La montée en puissance des capacités industrielles, rendue nécessaire par l’augmentation des dépenses de défense en Europe, exigera des investissements massifs. Pour les seules PME et ETI de la chaîne de sous-traitance, les besoins en fonds propres sont estimés entre 4 et 6 milliards d’euros d’ici 2030.
Face à cet enjeu, la mobilisation du système financier apparaît décisive. L’étude met en avant une évolution notable du côté des banques et des investisseurs, avec un soutien désormais plus assumé au secteur de la défense. Certaines politiques d’exclusion ont été révisées, et la prise en compte des enjeux de souveraineté progresse dans les stratégies d’investissement.
Des outils commencent également à émerger pour orienter l’épargne vers le secteur, à l’image de véhicules d’investissement dédiés. Mais des zones de fragilité subsistent, notamment pour les entreprises technologiques duales, encore largement dépendantes de financements étrangers dans leurs phases de croissance.
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