Macro-économie / Taux
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Ces 9 millions de Français contraints de renoncer / La privation matérielle et sociale au plus haut
Une réalité qui s’enracine. En 2025, la privation matérielle et sociale a touché 13,1 % de la population vivant en France métropolitaine, rapporte une étude de l’Insee. Ce niveau, identique à celui de 2023, constitue un sommet inédit depuis douze ans. La privation matérielle et sociale concerne les personnes qui ne peuvent pas assumer au moins cinq dépenses essentielles parmi une liste de treize éléments du quotidien. Il peut s’agir de chauffer correctement son logement, remplacer des meubles usés, acheter des vêtements neufs, accéder à Internet ou encore recevoir des proches autour d’un repas.
Cette stabilité à un niveau haut tranche avec la période 2013-2020, durant laquelle l’indicateur oscillait autour de 12 %. La rupture intervient avec la crise sanitaire : début 2021, la privation recule temporairement, sous l’effet combiné des aides publiques et de la baisse contrainte de certaines dépenses. Mais le répit est de courte durée. Dès 2022, la forte inflation, notamment sur l’énergie et l’alimentation, inverse la tendance
Derrière les moyennes nationales, les écarts sociaux sont particulièrement marqués. Une majorité de la population (55 %) ne déclare aucune privation, mais cette catégorie est loin d’être homogène : certains ménages modestes parviennent à maintenir un niveau de vie sans privations, tandis que les plus aisés y sont largement surreprésentés. À l’inverse, parmi les 13,5 % de personnes cumulant au moins cinq difficultés, près des deux tiers appartiennent au quart le plus pauvre en termes de niveau de vie.
Le chômage apparaît comme le principal facteur de vulnérabilité : 35 % des chômeurs sont en situation de privation, contre seulement 9 % des personnes en emploi ou des retraités. Mais le phénomène s’étend au-delà des populations traditionnellement fragiles. Depuis 2020, la privation progresse aussi chez les actifs occupés. « Le taux de privation des personnes en emploi a augmenté de 1,2 point », note l’étude. Les ouvriers et les employés restent les plus exposés (respectivement 15 % et 14 %), très loin devant les cadres (2 %).
Les structures familiales accentuent également les inégalités. Les familles monoparentales sont particulièrement touchées : 30 % d’entre elles vivent en situation de privation. Les familles nombreuses ne sont pas épargnées, avec 20 % des couples ayant au moins trois enfants concernés. Depuis 2020, les écarts se creusent : la situation des couples sans enfant ou avec peu d’enfants s’améliore légèrement, tandis que celle des familles monoparentales et nombreuses se détériore.
À noter également que le statut d’occupation du logement constitue un autre marqueur fort. Les locataires du parc social sont les plus exposés (32 %), devant les locataires du privé (19 %). À l’inverse, les propriétaires sont nettement moins concernés, qu’ils soient accédants (6 %) ou non (4 %). « Le logement reste un facteur déterminant des conditions de vie ».
Certaines privations progressent fortement depuis cinq ans, en lien direct avec l’inflation. L’alimentation est particulièrement touchée : la part des personnes ne pouvant pas consommer régulièrement des protéines atteint 11,2 %, contre 7,3 % en 2020. Le chauffage constitue une autre difficulté majeure : 11,4 % des Français déclarent ne pas pouvoir chauffer suffisamment leur logement, un niveau en forte hausse. Le remplacement de meubles devient lui aussi plus difficile, touchant 18,2 % de la population.
D’autres indicateurs évoluent différemment. L’accès à Internet pour des raisons financières devient marginal (1,3 %), tandis que certaines dépenses de loisirs reculent légèrement. En revanche, l’accès aux vacances reste un marqueur persistant des inégalités : 22 % des Français ne peuvent pas se permettre une semaine hors de leur domicile. « Ce taux reste stable depuis 2020 ».
La question de la mobilité illustre également les disparités sociales et territoriales. Si la privation de voiture concerne une minorité (3 à 4 % pour raisons financières), l’équipement reste très inégal selon les revenus. Parmi les ménages les plus modestes, un quart ne dispose pas de véhicule, contre moins de 10 % chez les plus aisés. Les écarts sont également marqués entre zones rurales et urbaines.
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