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Bpifrance Le Lab / Rexecode / enquête de conjoncture trimestrielle / TPE PME
Impacts de la guerre au Moyen-Orient : les PME plient quelque peu, mais ne rompent pas / Une majorité d'entre elles dispose de quoi s'adapter pour l'instant
Les patrons de TPE et PME françaises seraient-ils désormais mieux armés face aux imprévus ? Ils ont, de fait, été mis à l’épreuve au cours des dernières années : crise sanitaire, confinements, ruptures de chaînes d’approvisionnement, invasion de l’Ukraine par la Russie ayant déclenché une crise énergétique globale, inflation, instabilité politique nationale… Le début d’année 2026 aura quant à lui été marqué, depuis la fin du mois de février, par la guerre au Moyen-Orient, amenant son lot de conséquences - tant sur le marché des matières premières, plus particulièrement sur les prix des hydrocarbures, que sur le trafic commercial mondial. Pour autant, la dernière enquête de conjoncture trimestrielle de Bpifrance Le Lab et Rexecode, qui a permis d’interroger plus de 1 100 chefs d’entreprise sur la seconde moitié du mois d’avril, ne semble pour l’instant pas faire émerger de point de rupture quant à l’évolution des principaux indicateurs conjoncturels.
Certes, la plupart d’entre eux ne sont toujours pas au beau fixe. Le solde d’opinion des dirigeants sur l’évolution récente de leur trésorerie est par exemple reparti à la baisse, en reculant de 3 points (à - 28). Il a ainsi atteint son plus bas niveau depuis 2018, en dehors de la crise sanitaire. Néanmoins, leur jugement sur le niveau actuel de trésorerie est peu perturbé : toujours sous sa moyenne de 2018-2025, à - 23, il est resté presque stable depuis l’été dernier, tandis que les perspectives de trésorerie à trois mois se sont légèrement redressées, pour se rapprocher de leur moyenne historique. Du côté des intentions d’investissement, après le rebond observé en début d’année, elles se sont aussi stabilisées. Au deuxième trimestre, 46 % des dirigeants prévoient de déployer des investissements cette année, ou l’ont déjà fait, soit une petite hausse d’un point sur un an. Le bât blesse davantage en matière de montants, avec un repli observé. Il n’efface en revanche pas l’amélioration actée lors du trimestre précédent et son niveau reste légèrement au-dessus de celui enregistré l’an passé.
Au regard des crises passées
Conséquences directes de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz, les TPE et PME sont en revanche plus nombreuses à signaler des difficultés d’approvisionnement. Ceci incluant une hausse de leur prix, ou de leurs coûts. Ainsi, 57 % des répondants indiquent y faire face, soit une proportion en hausse de 22 points sur le trimestre, à comparer au pic de 78 % atteint à l’été 2022. « La part de ceux à estimer qu’elles limiteront fortement la production ou l’activité a doublé sur un trimestre, pour atteindre 10 %. Mais d’une manière générale, ces difficultés d’approvisionnement restent bien inférieures à celles qui s’observaient lors de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine », nous indique Sabrina El Kasmi, responsable du pôle Conjoncture-Macroéconomie-Risque pays de Bpifrance. « Nous nous attendions aussi à une correction plus forte sur la trésorerie, bien que la situation reste peu favorable », ajoute-t-elle.
« Il y a probablement un effet d’expérience qui joue, au regard des crises passées, et qui ne pousse pas les dirigeants à sur-réagir à court terme. Il n’y a visiblement pas de choc de confiance sur les indicateurs de conjoncture, qui aurait ajouté aux difficultés des prix de l’énergie », remarque de son côté Baptiste Thornary, responsable des études macroéconomiques et d’évaluation de la banque publique d’investissement. Car si les indicateurs conjoncturels ne chutent pas, le conflit entraîne en effet déjà un certain nombre de répercussions économiques sur la trésorerie et les résultats des TPE et PME, selon 62 % de leurs dirigeants.
Parmi eux, 25 % estiment ainsi que cet impact est fort, 24 % qu’il est modéré et 13 % qu’il est faible. Près de 30 % ne perçoivent pas encore de conséquences et 9 % jugent ne pas être exposés. Compte tenu de la taille de l’échantillon relativement restreint pour une décomposition sectorielle, les résultats en la matière restent à prendre avec précaution, indique l’étude. Mais le secteur des transports apparaît tout particulièrement exposé, tandis que ceux du commerce et de la construction sont aussi plus concernés que la moyenne.
Le facteur de la hausse du coût des matières premières énergétiques (pétrole et gaz) reste le premier canal de transmission du conflit identifié par les patrons, dont les entreprises sont affectées, à hauteur de 66 %. Ils sont aussi 32 % à subir une hausse des coûts des intrants de production non énergétiques (pétrochimiques, métalliques, agricoles, etc.). De même, un quart des patrons estime que l’impact principal proviendra des difficultés d’approvisionnement, puisque le trafic maritime a fortement ralenti. Un chiffre qui grimpe à 40 % dans l’industrie.
De quoi les répercuter
Au total, 69 % des TPE et PME interrogées prévoient néanmoins majoritairement de répercuter cette hausse de coûts sur leurs prix de vente, dans différentes mesures. Des ajustements rapides auxquels elles sont désormais davantage habituées. « Les chefs d’entreprise ont probablement plus de capacités à s’organiser pour faire face à ce choc, qu’ils n’avaient pas pu anticiper, après l’ensemble des crises traversées ces dernières années », relève en effet Philippe Mutricy, directeur de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance.
Cette capacité à répercuter les hausses de coûts se traduit en partie dans l’estimation, que les TPE et PME exposées, ont de leur trésorerie pour absorber ce choc. Si 15 % d’entre elles estiment qu’elle est actuellement insuffisante pour le faire, la même proportion juge qu’elle l’est, peu importe la durée et l’ampleur de la guerre. Le reste, soit 71 %, prévoit qu’elle le sera, mais seulement si le conflit ne s’intensifie pas et ne perdure pas au-delà de quelques mois. Une proportion qui reste donc solide, mais sous réserve de facteurs sur lesquels les dirigeants n’ont aucune visibilité. « La capacité d’absorption reste aussi dépendante du secteur dans lequel les entreprises opèrent, certaines sont directement exposées à la hausse de coûts sans pouvoir les répercuter sur les prix de vente », ajoute Philippe Mutricy. En attendant, la proportion des TPE et PME à avoir déjà eu recours à des lignes de financement spécifiques pour absorber le choc reste encore faible, à hauteur de 4 %. Elles sont 26 % à l’envisager pour la suite.
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