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Private Equity

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Jolt Capital monte en puissance avec un premier closing à 600 millions / Un cinquième véhicule au service d’une stratégie deeptech de long cours

Avec 600 millions d’euros levés dès le premier closing, Jolt Capital confirme la force de son modèle deeptech, appuyé sur des performances éprouvées et sur des tendances séculaires qui ancrent ses secteurs d’intervention dans le temps long, à l’écart des effets de mode.
Jean Schmitt, le président fondateur de Jolt Capital
Jean Schmitt, le président fondateur de Jolt Capital

La deeptech européenne avance par paliers, et certains sont plus visibles que d’autres. Le premier closing de Jolt Capital V, porté à 600 millions d’euros, en fait partie. Depuis 2012, Jolt construit son modèle par strates successives, sans rupture. Le précédent fonds, Jolt IV, avait ouvert à 101 millions d’euros en 2020 avant d’atteindre 371 millions trois ans plus tard. Le contraste éclaire la montée en dimension du dispositif, sans infléchir la thèse d’investissement.

Cette dynamique pourrait laisser croire à un exercice acquis sans difficulté. Jean Schmitt, le président fondateur de Jolt Capital, s’en garde. "Je n’ai jamais connu de levée de fonds facile", rappelle-t-il à WanSquare, conscient que les LPs restent avant tout guidés par les performances. "Les investisseurs attendent avant tout du rendement et des distributions", dit-il encore, en soulignant que les précédents millésimes figuraient "clairement dans le premier quartile".

 

Un cinquième millésime plus large mais inchangé dans son ADN

 

Ces 600 millions d’euros ne modifient pas la physionomie des tickets déployés. Jolt Capital V investira des montants compris entre quinze et cinquante millions d’euros, identiques à ceux du fonds précédent. La différence se joue dans la taille du portefeuille : une vingtaine d’entreprises ciblées, contre onze ou douze pour Jolt IV. Un élargissement permis par le volume accru du véhicule, avec "moins de concentration de risque", sans modification de la stratégie.

La solidité de la base d’investisseurs confirme cette continuité. "La quasi-totalité des souscripteurs des millésimes 3 et 4 participent également au millésime 5, avec un taux de re-up supérieur à 90 %", indique Jean Schmitt. À ce noyau fidèle s’ajoutent plusieurs fonds souverains, parmi lesquels la banque publique allemande KfW, le Korea Venture Investment Corporation (KVIC) ou encore l’agence japonaise SMRJ, ainsi que l’European Investment Fund, qui apporte 260 millions d’euros via l’European Tech Champions Initiative (ETCI).

 

Un track-record structurant

 

Depuis 2012, Jolt a bâti une trajectoire marquée par plusieurs sorties emblématiques qui ont structuré son positionnement dans la deeptech européenne. Heptagon en est l’exemple fondateur : une entreprise passée de 100 à plus de 10 000 salariés, devenue le fournisseur des modules de reconnaissance faciale de l’iPhone, avant d’être cédée pour 1,7 milliard de dollars. Plus récemment, le fonds a orchestré la vente de NILT, spécialiste danois des senseors optiques, cédé à Radiant pour 300 millions de dollars, l’une des plus importantes transactions technologiques du pays.

La stratégie s’est également illustrée dans le semi-conducteur avec Unity SC, acteur clé de la métrologie et de l’inspection - la technologie qui contrôle notamment les puces Nvidia - repris par l’allemand Merck. Dans le logiciel scientifique, Sinequa constitue un autre jalon, avec sa plateforme de recherche et de RAG fondée sur les modèles de langage, adoptée par de grands groupes pharmaceutiques avant son rachat par un industriel du secteur. En une décennie, ces opérations ont façonné un track-record qui attire désormais institutionnels européens et fonds souverains vers Jolt.

Ce mouvement s’inscrit dans une transformation plus large de l’écosystème. "Il y a quinze ans, nous donnions parfois l’impression de prêcher dans le désert ; aujourd’hui, géopolitique et finance convergent, plaçant la deeptech au centre de l’attention", observe le dirigeant. Le retour des impératifs industriels, l’importance croissante des technologies duales et les enjeux de souveraineté renforcent l’attractivité de secteurs longtemps jugés trop complexes pour attirer des capitaux de croissance à grande échelle.

 

Discipline et expertise

 

Jean Schmitt n’en met pas moins en avant la nécessité d’une approche contrôlée. "Le marché actuel n’est pas en surchauffe : il exige de la prudence, des valorisations rigoureusement examinées et des trajectoires d’exit maîtrisées." Il met en garde contre les emballements qui accompagnent certaines technologies très médiatisées, en particulier l’intelligence artificielle. "Aujourd’hui, près de 80 % des sociétés positionnées sur l’IA trouvent un financement. Pour moi, c’est clairement le signe d’une bulle."

Dans un environnement où afflux de capitaux et effets de mode coexistent, le dirigeant appelle à la lucidité. Les excès d’enthousiasme peuvent fragiliser des sociétés dont la technologie est critique et la trajectoire plus lente que celle des modèles grand public. "Gardons la tête froide dans ces marchés", souligne-t-il, comme un rappel que la deeptech requiert autant d’expertise que de constance.

Une discipline qui repose sur la nature même des équipes de Jolt, presque exclusivement composées d’ingénieurs. "Pour investir en deeptech, il faut pouvoir évaluer la technologie en profondeur." Une approche qui irrigue la manière de sélectionner les opportunités, d’analyser les risques et d’accompagner les entreprises sur des marchés où la substance technologique prime sur les effets de cycle.

 

Là où les tendances séculaires créent de la valeur

 

Jolt Capital continue de privilégier les marchés dont la trajectoire s’inscrit dans le temps long, ceux qui ont façonné son portefeuille comme ses principales sorties. "Les secteurs les plus porteurs restent ceux qui s’inscrivent dans des tendances séculaires : semi-conducteurs, optoélectronique, énergie, mobilité, nouveaux matériaux et logiciels techniques." À cette liste, Jean Schmitt ajoute désormais un champ en forte accélération : les dispositifs médicaux dopés à l’intelligence artificielle, couvrant radiologie, diagnostic, imagerie ou e-santé, dès lors qu’ils reposent sur une innovation authentique. "Ce sont des domaines dans lesquels nous investissons activement."

Le pipeline reflète cette continuité, avec des opérations à l’étude en Norvège, au Danemark, en Allemagne, en France, en Espagne ou en Italie.

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