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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Jean-Baptiste Noé

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À Washington, Donald Trump veut imposer la paix
par Jean-Baptiste Noé

La première réunion du Conseil de la Paix pour Gaza s’est tenue à Washington, avec un Donald Trump en maître des cérémonies. Pari réussi pour le président américain, qui a installé un Conseil auquel il tient beaucoup. Mais avant une paix finale, beaucoup de chemin reste à parcourir.

21/02/2026 - 08:25 Lecture 6 mn.

Quarante chefs d’État et de gouvernement réunis à Washington, à l’Institut Donald Trump pour la Paix, pour la première réunion du « Conseil de la Paix » pour Gaza, dans le but d’organiser la reconstruction du territoire et d’en faire une « riviera », selon les promesses de Donald Trump à Davos.

 

Des présents qui dessinent le monde

 

La liste des personnes présentes dit beaucoup de l’ordonnancement du monde actuel, beaucoup moins binaire et divisé qu’il est habituellement présenté. Étaient ainsi présents de nombreux représentants de pays arabes et musulmans : Maroc, Égypte, Arabie saoudite, Indonésie (le premier pays musulman au monde avec ses 240 millions d’habitants), Pakistan, Azerbaïdjan, Ouzbékistan. À quoi s’ajoutent des pays des marges, entre influences russes et chinoises : Kazakhstan, Mongolie, Cambodge, Vietnam et Biélorussie. La présence du président biélorusse est quasiment passée inaperçue alors qu’elle démontre une intégration de son pays au système international, alors même qu’il est tenu par l’alliance russe dans la guerre en Ukraine.

Étaient présents également des pays plus classiques, car fidèles alliés des États-Unis, comme l’Argentine, le Mexique, la République tchèque, l’Italie.

En réunissant ces pays à Washington, dans le cadre du plan de paix pour Gaza, Donald Trump a réussi à élargir la base des alliés américains et à contrecarrer les projets de sud global qui verraient s’opposer les anciens pays du « tiers-monde » à un « Occident collectif ». On voit mal en effet en quoi sont concernés par la paix à Gaza des pays comme la Mongolie, le Cambodge ou le Vietnam. Si ce n’est que ce Conseil de la Paix est pour eux un moyen d’être inclus dans les instances internationales et d’obtenir une influence mondiale.

 

Des absents qui limitent la portée

 

Les absences disent aussi beaucoup.

Sans surprise, la Russie, l’Inde et la Chine, qui ont pourtant été invitées. Mais aussi la plupart des pays de l’UE, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui ont ouvertement rejeté l’invitation. Tout comme la Nouvelle-Zélande et le Canada. Des pays certes membres du bloc occidental, mais qui, par ce refus, veulent témoigner de leur liberté d’action face aux États-Unis et de leur indépendance face à Donald Trump.

Et c’est sans doute là que ce Conseil de la Paix marque les limites de la politique trumpienne, qui n’est pas sans résultat, mais qui a perdu un élément central de la diplomatie : le soft power.

 

Trump et les chemins de paix

 

Donald Trump revendique de façon outrancière et racoleuse des succès qui sont pourtant réels. L’accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan est un pas très important, tout comme celui entre la Thaïlande et le Cambodge ou encore le Congo et le Rwanda. Tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant, mais des guerres que l’on pensait immuables et sans solution ont été débloquées pour avancer vers des chemins de paix. Ce qui n’est pas rien.

Même à Gaza, force est de reconnaître que c’est largement grâce à l’activisme diplomatique américain qu’un cessez-le-feu a pu être trouvé, que les otages israéliens ont été libérés et que le Hamas est entré dans une phase de désarmement, certes incomplète et imparfaite. On ne passe pas de la guerre à la paix en un claquement de doigts et du jour au lendemain : il faut du temps, beaucoup de patience et il faut surtout parvenir à éteindre les haines et les fractures irréconciliables. Sur de très nombreux dossiers, Donald Trump et sa diplomatie sont parvenus à débloquer des situations et à faire progresse la paix. Ce n’est pas encore la paix totale, mais ce sont des chemins de paix et un éloignement progressif de la guerre.

Preuve en est le Venezuela, où la nouvelle présidente a fait adopter des textes d’amnistie, ce qui permet la libération de nombreux prisonniers politiques. Ce n’est pas encore la démocratie et la liberté totale, mais c’est malgré tout un étau moins serré qu’en début d’année avec Maduro.

Mais il manque à Donald Trump cette aura que possédait Barack Obama et qui est indispensable en politique comme en diplomatie. On peut l’appeler soft power, attirance, vision positive, c’est en tout cas l’idée d’un désir, de la diffusion d’une image positive de soi-même. La forme de Donald Trump et ses manières grossières, comme le fait de distribuer des casquettes rouges Maga aux membres du Conseil, ou de rebaptiser l’Institut américain pour la Paix à son nom, nuit au fond et aux succès obtenus, même s’il reste encore beaucoup à faire.

Mais en diplomatie comme en politique, les succès obtenus comptent moins que la façon de les présenter. On ne peut pas fonder une politique seulement sur les promesses d’argent et les menaces militaires, il faut aussi la diffusion du désir et l’attirance créée chez les autres. C’est aujourd’hui ce qu’il manque à Donald Trump.

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