WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Laurent Bigorgne

éditorial
Laurent Bigorgne

éditorial
Les gâcheurs de crise
par Laurent Bigorgne

Le 1er juin se tiendra la neuvième édition de Choose France à Versailles, sans doute l’événement censé matérialiser de la façon la plus aboutie la politique de l’offre voulue par Emmanuel Macron en 2017. Cette année, l’effet de contraste est particulièrement fort avec la situation macroéconomique du pays. Sur fond de guerre qui ne se termine pas au Moyen-Orient, les nuages s’accumulent à l’horizon et dessinent une possible crise. Les très nombreux candidats à l’élection présidentielle feraient bien d’en prendre toute la mesure et surtout de l’intégrer à leurs réflexions programmatiques.

24/05/2026 - 06:25 Lecture 8 mn.

L’avertissement du FMI

 

Sur le papier, la situation n’apparaît pas encore trop détériorée. Dans le baromètre EY paru jeudi, la France est en 2025, pour la septième année consécutive, le pays européen ayant accueilli le plus grand nombre de projets d’investissement étrangers, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. Verre à moitié plein.

La lecture détaillée de cette étude montre cependant que si le nombre de projets a baissé de 7 % l’année dernière en Europe, cette chute atteint près de 17 % dans notre pays. Les décisions d’implantation ou d’extension sont même au plus bas depuis 2017. En outre, les projets industriels - qu’il s’agisse des usines ou de la R & D - reculent, tandis que les activités logistiques progressent fortement. Cette réalité rejoint les conclusions d’une étude importante de l’INSEE, publiée en 2024, qui montrait qu’entre 2018 et 2020 les entreprises avaient plutôt tendance à relocaliser des activités peu qualifiées et à délocaliser des activités qualifiées*. Verre à moitié vide.

Une autre photographie internationale est venue rappeler cette semaine la gravité, mais aussi l’urgence, de la situation économique française. La mission annuelle du Fonds monétaire international a publié jeudi sa déclaration de conclusion en soulignant d’emblée que « de nouveaux vents contraires liés à la guerre au Moyen-Orient commencent à peser sur l’activité ». Manifestement, certains échanges avec la mission ont évoqué la possibilité d’une remontée importante du déficit budgétaire, ce que le FMI n’a pas manqué de relever : « la consolidation budgétaire reste plus lente que prévu et demeure exposée à d’importants risques de mise en œuvre ». On ne saurait mieux dire.

 

Indicateurs en berne

 

Toute la classe politique française, de gauche comme de droite, aura beau jeu d’expliquer que ce ne sont pas les économistes du FMI qui gouvernent le pays. Cette dénégation n’efface ni le diagnostic posé ni la révision à la baisse des perspectives de croissance : 0,7 % attendus en 2026, là où le gouvernement anticipait encore récemment une progression de 1 % de notre économie avant de revoir sa prévision à 0,9 % en avril. La Commission européenne n’a pas dit autre chose mercredi en abaissant sa prévision de croissance pour la France de 0,9 % à 0,8 %, et de 1,2 % à 0,9 % pour l’ensemble de la zone euro. Dans le même temps, l’inflation a atteint 2,2 % sur un an en avril et les hypothèses sur lesquelles reposait le budget 2026 apparaissent déjà largement dépassées.

Certains se consoleront en rappelant que le mouvement est européen, voire mondial. Qu’il n’y a pas de spécificité française dans cette crise. Cet argument est trompeur. Même si la hausse des prix de l’énergie touche l’ensemble des économies développées, les fragilités françaises restent particulièrement exposées et sensibles à une dégradation durable de la conjoncture mondiale. C’est vrai de la situation du secteur privé : selon l’indice PMI Flash S & P publié jeudi, « le constat est alarmant » pour l’économie française, puisque « la forte chute des nouvelles affaires observée en mai dans le secteur privé indique déjà, de manière préoccupante, que le choc pétrolier a très clairement accru le risque de récession dans la deuxième économie de la zone euro ».

C’est vrai également du marché de l’emploi. Le chômage est reparti à la hausse et a dépassé le mois dernier les 8 % pour la première fois depuis 2021. Il s’agit du cinquième trimestre consécutif de dégradation. Quant aux défaillances d’entreprises, après le record historique atteint en 2025, elles continuent de progresser au premier trimestre et menacent désormais 75 000 emplois, selon le cabinet Altares.

C’est vrai enfin de nos finances publiques, dans un contexte où, selon le FMI, la loi de finances pour 2026 « n’atteint pas les objectifs initiaux, faute de soutien politique suffisant pour adopter des réformes supplémentaires ». Les marchés ne s’y trompent pas : le rendement de l’OAT française à dix ans est passé de 3,2 % fin février à près de 4 % il y a quelques jours, un niveau inédit depuis 2009.

 

Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient

 

L’époque de la grande crise financière du début du siècle paraît déjà lointaine. On attribue souvent à Winston Churchill le conseil adressé aux gouvernants de ne jamais laisser passer l’opportunité d’une bonne crise pour engager les réformes nécessaires. Mais c’est surtout Rahm Emanuel qui, en novembre 2008, alors qu’il s’apprêtait à devenir le Chief of staff de Barack Obama à la Maison Blanche, formula cette idée avec brutalité : « You never want a serious crisis to go to waste. »

En France pourtant, bien peu de responsables politiques semblent prêts à tirer les conséquences de ce qui se dessine. À gauche, la dépense publique et la fiscalité demeurent les deux seuls leviers réellement mobilisés dans le champ économique. À l’extrême droite également, malgré quelques tentatives de normalisation du discours économique. À ceux qui pensent avoir pu infléchir la ligne du Rassemblement national, Marine Le Pen est venue rappeler que la réforme des retraites défendue par le parti depuis 2022 - avec un âge légal de départ fixé à 60 ans - demeure pleinement d’actualité. Son coût a pourtant été évalué à près d’un point de PIB par l’Institut Montaigne.

Sébastien Lecornu a récemment regretté devant des chefs d’entreprise d’être trop seul à défendre l’économie de l’offre. La semaine écoulée ne lui donne pas tort, tant la compétition entre Édouard Philippe et Gabriel Attal paraît dérisoire face à ce qui se joue. Entre publication d’organigrammes de campagne, coups de communication et phrases assassines de leurs entourages, tout se passe comme si aucun d’eux ne voulait réellement affronter le nouveau paysage économique qui se dessine. Qu’aucun de ces deux anciens Premiers ministres ne semble avoir pris la mesure des conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient est déjà, en soi, une information importante pour l’élection qui vient.

 

laurent@fnxlb.org

 

* Insee Analyses, n° 100, décembre 2024.

 

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / Aurons-nous un budget à Noël ?

17/05/2026 - 06:25

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / La démocratie coûte : tant mieux !

10/05/2026 - 06:25

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / L’Iran s’arroge Ormuz

23/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Donald Trump en Chine

16/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / La voiture : une idée neuve

09/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Mali : retour à la case départ

02/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / La démondialisation n’a pas eu lieu

25/04/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / La cocaïne, tsunami blanc sur la France

18/04/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / L’Argentine relance ses mines

11/04/2026 - 08:25