Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
La voiture : une idée neuve
par Jean-Baptiste Noé
Le salon de l’automobile de Pékin fut une démonstration de force technologique de la part des constructeurs chinois. Ce secteur industriel, que certains jugeaient dépassé, connaît des transformations qui vont bouleverser l’économie et la géographie des pays.
La voiture fait encore rêver tant elle demeure le symbole de la liberté de mouvement, des déplacements possibles, des innovations techniques. Partout dans le monde, l’automobile demeure un marqueur tant social qu’économique. En observant les modèles présents dans les rues des grandes villes, on peut mesurer le niveau de vie et le degré d’influence à tel ou tel pays. C’est ce qu’a compris la Chine, qui a fait de la voiture l’un des piliers de sa puissance. Le salon de l’automobile de Pékin, qui s’est terminé le 3 mai dernier, n’a pas dérogé à la règle. D’une superficie cinq fois plus grande que le salon de Paris, il a accueilli un million de visiteurs qui ont pu découvrir de nombreux modèles, dont plusieurs sont prévus pour l’Europe.
Des robots et du confort
Les constructeurs chinois ont fondé leur stratégie sur deux piliers : l’innovation technique et la faiblesse des coûts.
Leurs voitures doivent disposer du confort, de l’innovation, tout en étant produites à des coûts plus faibles qu’en Europe. Ce qui leur permet de rester compétitifs même en cas de tarifs douaniers élevés. À quoi s’ajoute une habile stratégie de communication, qui a consisté notamment à racheter des noms de marques qui avaient fait faillite pour les relancer, afin de disposer du substrat culturel et de leur renommée historique. C’est le cas notamment de MG, autrefois belle anglaise, désormais marque chinoise qui bénéficie de l’aura de son histoire.
La Chine dispose de près de 150 marques de voitures, qui sont en concurrence entre elles, avec un marché intérieur en cours de consolidation. Des marques qui sont essentiellement tournées vers la voiture électrique, s’engouffrant notamment dans la législation pro-VE défendue par l’Union européenne. Ce fut un merveilleux effet d’aubaine pour elles, puisque leur maîtrise technique des moteurs thermiques était inférieure à celle des marques européennes, notamment allemandes. En faisant le choix de l’électrique, les marques chinoises ont pu concurrencer la technologie des groupes européens.
Mais leur avancée repose aussi sur la batterie, dont plusieurs innovations ont permis de créer des modèles très rapidement rechargeables, voire avec des batteries interchangeables. Ce qui serait une façon de lever un désavantage des véhicules électriques par rapport aux véhicules thermiques.
La voiture sans humain
Mais le bouleversement le plus visible est celui de la voiture autonome. Une voiture qui avance sans pilote, un volant qui tourne seul, et un véhicule qui freine, accélère et s’insère dans le trafic. Ce qui est science-fiction pour certains est une réalité en Chine, notamment à Shenzhen avec des véhicules de Huawei.
La Chine s’est engagée dans une course technologique où, là aussi, elle affronte son rival américain. Tesla commence à déployer des véhicules autonomes dans les rues d’Amsterdam. À Zagreb, en Croatie, c’est une flotte de taxis équipée de technologie chinoise qui est mise en circulation depuis la fin avril. Longtemps rétive, l’Europe voit donc arriver cette technologie en 2026, mais sans disposer de constructeurs capables de la déployer.
Réorganisation territoriale
La voiture autonome n’est pas qu’un simple gadget qui va faciliter la vie des automobilistes. C’est une technologie qui va transformer la géopolitique locale. Le déploiement massif de la voiture, à partir des années 1950-1960, a contribué à modeler les espaces urbains et ruraux. Les zones d’habitation et de travail, les zones pavillonnaires, les centres commerciaux, les autoroutes, autant d’aménagements qui ont influencé les modes de vie et les cultures sociales et qui sont la conséquence directe de l’arrivée de la voiture.
La voiture autonome est dans cette même veine. Elle permettra à des personnes âgées ou invalides de pouvoir se déplacer. En rendant obsolètes les chauffeurs, elle rendra plus facile l’accès aux taxis. Les transports collectifs, comme les bus, seront eux aussi concernés. Ce bras de fer Chine / États-Unis autour de la voiture autonome va donc avoir des conséquences directes sur la vie quotidienne des populations et sur l’aménagement et l’organisation des espaces.
Ce qui se déploie à Amsterdam et à Zagreb en est une illustration. Dans la capitale hollandaise, c’est la technologie américaine qui est déployée (Tesla) quand, dans celle de la Croatie, c’est la technologie chinoise (Pony.ai) qui est utilisée. Avec l’enjeu crucial de la sécurité et de la protection des données personnelles.
Les États sont présents, par des subventions nombreuses et des réglementations qui sont autant des moyens légitimes de protection que, parfois, des usages détournés de protectionnisme. La voiture a été l’objet phare du XXe siècle, elle est peut-être en train de redessiner les enjeux économiques et stratégiques du vingt et unième siècle.
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