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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Jean-Baptiste Noé

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Cuba : l’île qui bloque les États-Unis
par Jean-Baptiste Noé

Cuba va mal et tente de se donner des marges de manœuvre. D’un côté, La Havane recherche désespérément du pétrole ; de l’autre, le gouvernement lâche du lest sur les prisonniers. L’objectif est de durer et d’échapper à un effondrement annoncé.

04/04/2026 - 08:25 Lecture 5 mn.

À Cuba, Noël se fête à Pâques. Jeudi 2 avril, le gouvernement a annoncé avoir gracié 2 010 prisonniers, qui pourront sortir de prison le jour de Pâques. C’est Noël avant l’heure pour ces prisonniers politiques, qui pourront ainsi retrouver leur liberté. Le mois dernier, ce sont 50 prisonniers politiques qui avaient été libérés, à la suite de négociation avec le Vatican. Sur l’île communiste, le Saint-Siège mène une diplomatie active depuis 1962 et la crise des missiles, durant laquelle Jean XXIII était personnellement intervenu pour éviter le conflit. Sous Léon XIV, la diplomatie maintient son cap et traite directement avec un gouvernement de plus en plus aux abois.

 

Panne sèche

 

L’arrestation de Nicolas Maduro et l’arrivée au pouvoir, au Venezuela, d’une nouvelle présidente décidée à coopérer avec les États-Unis, ont changé la vie de Cuba.

Fini le pétrole vénézuélien, ce qui signifie la panne sèche pour une île déjà au bord du gouffre. Les conséquences ont été immédiates : les compagnies aériennes ne peuvent plus se ravitailler en kérosène à Cuba, parce qu’il n’y en a plus. Les avions qui amènent les touristes doivent donc effectuer un ravitaillement dans une autre île des Caraïbes, ce qui veut dire du temps perdu et des contraintes logistiques supplémentaires. Donc des coûts en augmentation.

Dès la fin janvier, plusieurs entreprises de tourisme ont annoncé fermer leur destination Cuba, au moment du pic de la saison. Dans les hôtels, les coupures d’électricité sont récurrentes et les restaurants sont de moins en moins ravitaillés. Le tourisme étant le pilier économique de l’île, cet effondrement du système hôtelier et l’éviction des touristes étrangers aggravent une crise économique déjà latente. Le chômage augmente, la pauvreté aussi, sans solution possible.

La stratégie américaine est claire : pousser l’île dans ses retranchements pour faire exploser le système social afin de provoquer une chute du régime. Les Cubains les mieux formés, et qui disposent d’un réseau à l’étranger, sont déjà partis. Dans une île de plus en plus isolée, ne restent que ceux qui n’ont nulle part où aller. Suffisant pour faire tomber l’appareil politique ? Rien n’est moins sûr.

 

Verrou stratégique

 

Si Donald Trump tient tant à faire tomber le régime cubain, ce n’est pas uniquement pour prendre une revanche idéologique sur les Castro et réussir là où Kennedy a échoué. C’est aussi parce que Cuba, du fait de sa situation géographique, est un verrou stratégique pour les États-Unis, entre le golfe du Mexique et l’océan Atlantique.

La côte ouest de Cuba contrôle l’accès au golfe, entre les Bahamas, la Floride et la péninsule du Yucatán. L’île est dans l’axe de l’embouchure du Mississippi, artère cruciale pour la navigation et le commerce dans le territoire américain. Un régime hostile est donc un frein pour les États-Unis, qui voient ainsi leur porte d’accès vers l’océan, au pire fermé, bien souvent uniquement entrouverte. À l’inverse, un régime favorable leur permettrait de disposer d’une longueur d’action plus importante et d’une projection dans l’hémisphère occidental et dans la mer des Caraïbes.

Cuba est également dans l’axe du canal de Panama, point stratégique majeur pour les États-Unis et l’un des objectifs de Donald Trump, qui ne veut pas en laisser le contrôle à la Chine. Là aussi, un régime allié à Cuba permettrait de sécuriser cet axe et donc de mieux contrôler les communications entre les deux océans. Cuba n’est donc pas qu’une épine dans l’histoire des États-Unis, c’est aussi une épine dans sa géographie. Et si Donald Trump parvenait à la retirer et à convertir l’île en allié, il pourrait revendiquer une très grande victoire stratégique, qui ferait oublier ses foucades et l’impasse dans laquelle il s’est mis en Iran.

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