Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
Iran : un engrenage sans fin
par Jean-Baptiste Noé
Une semaine après le déclenchement de la guerre en Iran, les États-Unis et Israël apparaissent sans solution. Alors que le conflit s’étend sur plusieurs pays, le spectre d’un conflit long se dessine.
Israël et les États-Unis démontrent une nouvelle fois qu’il est plus facile de commencer une guerre que de la finir. Certes, dès le début de l’opération, Donald Trump a prévenu que celle-ci pourrait durer au moins quatre semaines. Au bout d’une semaine de tirs le calendrier est donc respecté, mais aucune solution politique ne semble se dessiner.
Le problème des objectifs
Le problème de ces bombardements, c’est que les objectifs visés ne sont pas clairs et ne sont probablement pas les mêmes entre Israël et les États-Unis.
Empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ? Cela ne pourra être évalué qu’au bout de plusieurs années, même en détruisant abondamment ses outils industriels.
Changer le régime ? Aucun bombardement n’a jamais permis de changer un régime. Pour ce faire, il faut des troupes au sol et des opérations militaires directes, au moins dans la capitale. On voit mal les États-Unis partir dans une nouvelle guerre d’Afghanistan ou un nouvel Irak, d’autant que Donald Trump, lors de son discours à Riyad, avait fermement dénoncé ses prédécesseurs qui avaient voulu changer les régimes par la guerre.
À quoi s’ajoute la nature très particulière du régime iranien. C’est toute une structure sociale qui vit de ce régime et qui tient les rênes du pays, depuis Téhéran et partout dans le pays. Il ne suffit pas de faire tomber des têtes pour le mettre à bas. Chaque mort de responsables militaires et politiques sera remplacée, même si cela désorganise la structure décisionnelle.
Le problème du temps
Combien de temps Israël et les États-Unis peuvent-ils tenir ? Le niveau des stocks de missiles et les capacités de production sont l’un des éléments clefs de cette guerre.
Lockheed Martin dit avoir fabriqué, en 2025, 620 systèmes Patriot. Il lui faut trois ans pour en produire 1 970 par an. Pour les missiles THAAD, 96 systèmes ont été produits en 2025. Le constructeur estime qu’il lui faudra sept ans pour monter à 400 par an. Enfin, il reste en stock environ 2 500 missiles de croisière Tomahawk. De l’armement très coûteux, compliqué à produire et qui ne peut pas, pas encore, être produit à la chaîne. Or, face à cela, l’Iran oppose des drones et des missiles plus légers, certes beaucoup moins efficaces et sophistiqués, mais dont l’objectif est de saturer les défenses afin d’épuiser les stocks israélo-américains.
Le problème des cibles
Les cibles touchées par l’armée iranienne sont soigneusement choisies : à Chypre, il s’agit de hangars abritant des avions espions américains, opérant à très haute altitude. En Azerbaïdjan, les cibles touchées sont de mystérieux hangars dans l’exclave du Nakhitchevan, zone grise qui voit passer de nombreux trafics. Ces hangars n’ont pas été ciblés par hasard. À quoi s’ajoutent d’importants data centers, détruits dans la zone de la Confédération du Golfe, notamment à Bahreïn et à Dubaï. La destruction de ces centres de données a paralysé un grand nombre de services financiers et bancaires.
La stratégie de l’Iran est donc de faire durer le conflit, jusqu’à épuisement d’Israël et des États-Unis, et d’exporter les combats vers les pays voisins afin d’épuiser les alliés américains. Une stratégie du chaos qui cherche à agrandir la force de l’Iran par son effet de nuisance.
En attendant, le Liban se retrouve une nouvelle fois pris dans la guerre, et avec lui l’Inde et la Chine, victimes collatérales du blocage d’Ormuz. L’Iran joue la mondialisation du conflit afin d’affaiblir ses adversaires.
Plus la guerre sera longue, plus l’Iran pourra sortir vainqueur. Endurer pour durer est la voie choisie dès les débuts des opérations. Face à cela, Israël et les États-Unis risquent d’épuiser leurs alliés et, surtout, de ne plus pouvoir maintenir la coalition morale autour d’eux faute d’objectifs clairs et de vision politique. Après le choc initial, c’est la fin des combats qu’il va falloir trouver.
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