Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
José Antonio Kast : une nouvelle tentative libérale pour le Chili
par Jean-Baptiste Noé
Au Chili, le balancier politique circule sans cesse de gauche à droite. Après la présidence de Gabriel Boric, c’est le conservateur José Antonio Kast qui a été élu en décembre 2025 et qui a pris ses fonctions le 11 mars dernier. Avec la volonté de changer le Chili et l’Amérique du Sud.
Après deux tentatives infructueuses, José Antonio Kast a été élu président du Chili le 14 décembre 2025, avec plus de 58 % des suffrages. Sa victoire repose sur un programme en trois piliers : sécurité, immigration, rigueur budgétaire. Avec comme exemples Bukele et Milei et la volonté de bâtir un nouvel axe en Amérique latine.
Un parcours forgé dans l’opposition
José Antonio Kast a commencé sa carrière au sein du mouvement grémialista. Il soutient le maintien au pouvoir de Pinochet lors du référendum de 1988, puis il devint membre et dirigeant de l’Union démocrate indépendante (UDI), avant de fonder en 2019 le Parti républicain. Il se présente à la présidentielle en 2017 (quatrième avec 7,9 % des voix) puis en 2021, où il arrive en tête du premier tour avant de s’incliner face à Gabriel Boric au second.
La troisième tentative est la bonne. Au second tour du 14 décembre 2025, il obtient 7,2 millions de voix et remporte les seize régions du pays. Il parvint notamment à tirer avantage de la nouvelle loi électorale du pays qui a rendu le vote obligatoire, ce qui a vu plusieurs millions de Chiliens s’inscrire sur les listes électorales.
Les raisons d’un succès : remettre de l’ordre au Chili
Pour comprendre la victoire de Kast, il faut revenir sur ce qu’a vécu le Chili ces dernières années. L’explosion sociale de 2019 fut marquée par des violences importantes et créa un traumatisme majeur dans la population, aussi bien à gauche qu’à droite.
Les émeutes dans les villes, la répression, les attaques contre les églises, la déstabilisation sociale massive firent ressurgir les peurs d’une guerre civile et d’un déchirement du pays. S’en est suivie une série de référendums, d’abord pour demander le changement de la constitution puis pour valider les projets de textes constitutionnels. Le premier projet, très à gauche, fut très largement rejeté. Les autres ne donnèrent rien non plus, si bien que la réforme constitutionnelle s’enlisa. Avant que les Chiliens ne s’intéressent à d’autres thèmes politiques, plus proches de leur quotidien.
La criminalité organisée a notamment secoué le pays. Des affaires spectaculaires de gangs vénézuéliens, d’enlèvements et d’extorsion ont profondément choqué l’opinion. À cela s’est ajoutée une immigration croissante : la population étrangère est passée de 4,4 % en 2017 à 8,8 % en 2024, avec une forte composante vénézuélienne, haïtienne et péruvienne, qui alimente les tensions dans certains quartiers populaires. Le Chili, plutôt à l’écart des grands mouvements du monde et épargné par la criminalité et les flux migratoires, c’est d’un coup retrouvé au centre des soubresauts du monde latino-américain.
José Antonio Kast a promis des choses simples : de l’ordre, de la sécurité, de la rigueur budgétaire et de la stabilité. Un programme de la vie quotidienne, qui a trouvé un grand écho chez les Chiliens.
Reprise du pays
Sur l’immigration, son programme s’inspire de Donald Trump : expulsion des quelque 337 000 étrangers en situation irrégulière et construction d’un mur à la frontière nord, avec des fossés d’une profondeur allant jusqu’à trois mètres. Dès son investiture, Kast a signé six premiers décrets, dont trois consacrés à freiner l’immigration irrégulière, et il a ordonné au chef de l’armée la construction de barrières à la frontière avec la Bolivie. Cinq jours après sa prise de fonctions, il s’est rendu à Arica pour lancer les travaux côté péruvien.
Sur la sécurité, sa référence revendiquée est cette fois Nayib Bukele, le président salvadorien dont il a visité la méga prison. Kast prévoit de construire de nouvelles prisons de haute sécurité, de durcir les conditions de détention, de couper les contacts des gangs avec le monde extérieur, et d’étendre les pouvoirs de l’armée et de la police tout en renforçant la protection juridique des officiers qui ont recours à la force.
Sur l’économie, son exemple est celui du voisin argentin avec Javier Milei. Il souhaite réduire de six milliards de dollars les dépenses publiques en dix-huit mois, par des coupes dans les emplois de l’État et la suppression de ministères. Il mise par ailleurs sur la simplification des réglementations environnementales pour relancer les projets miniers dans un pays qui est le premier producteur mondial de cuivre et le deuxième de lithium.
Mais Kast a le temps contre lui. Son mandat ne dure que quatre ans et la constitution chilienne interdit à un président de se représenter. Peu de temps donc pour mener des réformes profondes, d’autant que l’histoire récente du Chili est un grand balancier politique où les présidents sont successivement de gauche et de droite. Boric et ses alliés attendent de prendre leur revanche en 2029 et de revenir sur les réformes que Kast aura engagées. Il doit donc aller vite et loin s’il souhaite marquer durablement l’histoire du Chili.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
du même auteur
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / La guerre en Iran embrase l’économie mondiale
21/03/2026 - 08:27
de la semaine
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / La guerre en Iran embrase l’économie mondiale
21/03/2026 - 08:27
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / À Washington, Donald Trump veut imposer la paix
21/02/2026 - 08:25
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / JO de Milan : le sport, levier politique
07/02/2026 - 08:29

