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Schneider Electric / PTC / Olivier Blum
Avec PTC, Schneider Electric joue son plus gros coup dans le logiciel / Un pari à 21 milliards d’euros fraîchement accueilli en Bourse
Le rachat de PTC doit permettre à Schneider Electric de rapprocher encore davantage électrification, automatisation, données et logiciels. Mais ce pari à 21,1 milliards d’euros, financé en partie par dette et augmentation de capital, suscite de fortes réserves en Bourse.
Moins de dix mois après avoir fixé sa feuille de route à horizon 2030, Schneider Electric vient d’en accélérer spectaculairement l’exécution. Le groupe a annoncé lundi le rachat de l’américain PTC pour 23,7 milliards de dollars de valeur d’entreprise, l'équivalent de 21,1 milliards d’euros. Soit la plus grosse acquisition de l’histoire de Schneider, et de loin. Et dont l’ampleur suscite visiblement, à ce stade du moins, davantage de réserves que d'enthousiasme : l’action chutait de 10 % lundi à mi-séance, à 272,7 euros.
Pour emporter PTC, le groupe dirigé par Olivier Blum n’a pas hésité à mettre le prix. Les 205 dollars proposés par action en numéraire représentent une prime de 42,3 % sur le dernier cours de clôture de l’éditeur américain et de 46,1 % sur la moyenne des trente séances précédant l’annonce.
Mais encore faut-il mesurer ce que Schneider vient chercher chez PTC. L’Américain n'est ni un fabricant de matériel ni un automaticien, mais un éditeur de logiciels au cœur de la conception industrielle et de la gestion du cycle de vie des produits, avec Creo, son logiciel de conception assistée par ordinateur, et Windchill, sa plateforme de gestion du cycle de vie des produits. Présent auprès de plus de 30 000 clients, de l'automobile à l'aéronautique, il a réalisé 2,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, avec une marge d'Ebita ajusté proche de 40 %, et affronte directement Dassault Systèmes et Siemens. Un déplacement du centre de gravité qu’Olivier Blum assumait lundi devant les analystes, en soulignant l’évolution du regard porté par ses clients : « Ils ne perçoivent pas Schneider Electric uniquement comme une entreprise de matériel vendant des produits. Ils voient de plus en plus Schneider Electric comme un partenaire technologique. »
Dix ans de construction logicielle
Schneider n'en est, il est vrai, pas à son coup d'essai dans le logiciel industriel. Le groupe y a mis un premier pied en 2013 avec Wonderware, récupéré lors du rachat d'Invensys. AVEVA lui a ensuite apporté, à partir de 2018, la conception, les opérations et la gestion d'actifs, avant d'intégrer en 2021 la plateforme de données opérationnelles PI System d'OSIsoft. Dernièrement, Cognite est venu ajouter en juillet la couche de contextualisation des données et d'intelligence artificielle, une acquisition qui reste à finaliser. « Il y a des choses que l’on peut faire de manière organique, et d’autres non. PTC s’est imposé comme un candidat très solide pour compléter ce portefeuille », explique le directeur général. Avec PTC, les logiciels et services pèseront 24 % du chiffre d'affaires pro forma, Cognite inclus, soit cinq points de plus qu'aujourd'hui, quand la feuille de route présentée en décembre 2025 visait 25 % en 2030.
Le prix de l'ambition
Reste que le pari n’est pas sans risque. Le multiple ressort à 21 fois l’Ebita ajusté 2027, ramené à 13 fois en intégrant 250 millions d’euros de synergies de coûts d’ici trois ans et environ 800 millions de synergies de revenus. Surtout, Schneider se renforce sur « un segment qui interroge en ce moment (risque de disruption en lien avec l’IA) », relève Oddo BHF, qui reconnaît toutefois le sens du timing, le titre PTC ayant reculé de 29 % en un an. « Ce n'est pas seulement fondé sur leur valeur boursière à un instant arbitraire, nous regardons davantage la valeur intrinsèque de long terme de l'entreprise », répond Nathan Fast, le directeur financier.
Les actionnaires mis à contribution
Le montage financier donne lui aussi la mesure de l’opération. Sécurisés par un crédit relais de Morgan Stanley et Société Générale, les quelque 22 milliards d'euros seront levés à hauteur de 5 à 6 milliards par un placement accéléré d'actions et de 16 à 17 milliards par de la dette nouvelle. Les rachats d'actions seront suspendus en 2027 et 2028, l'enveloppe prévue d'ici 2030 étant maintenue. Pour le cabinet de recherche indépendant AlphaValue, le levier remonte vers trois fois l'Ebitda, après Cognite et Shelly, et « le marché pourrait s'inquiéter de la capacité à digérer l'acquisition et à se désendetter après la finalisation ». Interrogé par un analyste sur la compatibilité de cette acquisition avec les priorités affichées lors de la journée investisseurs, où l’accent semblait jusque-là porter sur le redressement des marges de l’automatisme industriel, Nathan Fast s’est voulu catégorique : « Rien ne change par rapport à ces engagements du CMD », a-t-il assuré.
La finalisation, soumise notamment aux autorisations réglementaires requises et au vote des actionnaires de PTC, est attendue d'ici au troisième trimestre 2027. Schneider aura ainsi plusieurs occasions, avant cela, de revenir sur l'opération et de répondre aux questions qu'elle soulève, à commencer par la publication de son chiffre d'affaires du troisième trimestre, avancée au 16 octobre. Avant l'annonce, UBS et Deutsche Bank anticipaient un relèvement de l'objectif de croissance organique 2026, aujourd'hui de 10 % à 13 %, vers une fourchette de 11 % à 14 % pour le premier et de 12 % à 15 % pour la seconde.
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