Entreprises / Actions / CoreWeave / Nvidia / Jensen Huang
Entreprises / Actions
CoreWeave / Nvidia / Jensen Huang
Après la secousse CoreWeave, le financement de l’IA en question / Le soutien de Nvidia n’a pas éteint l’inquiétude
Le répit aura été bref pour CoreWeave. Peu connu du grand public, ce groupe américain, ancien mineur de cryptomonnaies, loue à Microsoft, OpenAI ou Meta la puissance de milliers de processeurs Nvidia. Il s’est retrouvé cette semaine au cœur des inquiétudes des marchés sur le financement de l’intelligence artificielle. Ce vendredi, son action reculait encore d’environ 4 % avant l’ouverture de Wall Street, au lendemain d’un rebond de 5,9 % provoqué par les déclarations de Jensen Huang. « CoreWeave se renforce chaque jour. Je suis optimiste. En réalité, son coût du capital est en train de diminuer », avait assuré jeudi le patron de Nvidia, dont le groupe détient environ 10 % du capital. Ces mots ont interrompu, provisoirement, trois séances de forte tension. Mardi, le rendement de l’obligation CoreWeave à échéance 2032, émise en juin avec un coupon de 9,625 %, touchait 15 %. Mercredi, l’action chutait de plus de 15 %. Jeudi, le CDS à cinq ans culminait à 1 194 points de base en séance, un record, avant de refluer à 1 086 points en clôture, rappelle vendredi Deutsche Bank.
La fragilité d'un modèle gourmand en capitaux
L’alerte n’est pas venue de l’activité. La société revendique quelque 104 milliards de dollars de revenus contractuels. Mais ces revenus s’étaleront sur des années quand les dépenses sont immédiates : au deuxième trimestre, elle a investi 9,4 milliards de dollars pour un flux de trésorerie opérationnel de 679 millions. La réussite du modèle repose donc sur plusieurs conditions, comme l’explique John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion : « Tout fonctionne lorsque les équipements sont rapidement installés, que les clients utilisent les capacités réservées et que les coûts de financement restent raisonnables ». Or, c’est justement sur ce dernier point que les créanciers s’inquiètent.
Jensen Huang a précisément tenté de rassurer les investisseurs en affirmant que le coût du capital de CoreWeave diminuait. Une affirmation qui contraste avec l'envolée du rendement de ses obligations, laissant présager des conditions beaucoup plus difficiles pour ses prochains emprunts. « Le marché signale aujourd'hui un coût du capital plus élevé et des coûts de refinancement accrus à l'avenir », relève ainsi Deutsche Bank. Une perspective d'autant plus préoccupante que CoreWeave prévoit jusqu'à 39 milliards de dollars d'investissements cette année. Pour rentabiliser ces dépenses, l'entreprise compte sur les revenus qu'elle tirera de ses centres de données pendant plusieurs années. Mais la visibilité sur ces recettes n'est pas absolue, malgré l'ampleur de son carnet de commandes. Certains contrats clients peuvent être plus courts que les engagements financiers pris pour construire les centres de données. « Si les prix de location de puissance informatique diminuaient ou si les équipements devenaient moins compétitifs, les revenus pourraient être révisés plus rapidement que les coûts », avertit John Plassard.
Le marché commence à faire le tri
Les tensions ont également gagné Oracle, tombé de près de 9 % jeudi en séance avant de se reprendre. Elles s'inscrivent dans une correction beaucoup plus large des valeurs liées à l'IA. À Wall Street, l'indice des semi-conducteurs de Philadelphie (SOX) a perdu 12,4 % depuis le 6 octobre, enchaînant sept séances consécutives de baisse. En Corée du Sud, le Kospi a plongé de 7,6 % jeudi, avant de rebondir vendredi. Cette défiance tient aussi aux inquiétudes sur les taux d'intérêt et à la concurrence chinoise dans les puces mémoires. Le reste de la cote a pourtant tenu : 378 valeurs du S&P 500 ont progressé et l’indice reste à moins de 1 % de son record. « Les coûts de financement liés à l’IA ne sont pas excessifs par rapport au reste du marché du crédit, mais des exceptions commencent à émerger », observe Deutsche Bank, qui range Oracle aux côtés de CoreWeave. Microsoft, Alphabet ou Amazon financent leurs investissements grâce à des activités très rentables, tandis que CoreWeave dépend des marchés financiers. Oracle se situe entre les deux. « Le besoin de puissance informatique peut être identique, mais le risque financier supporté par les actionnaires et les créanciers ne l’est absolument pas », souligne John Plassard.
La demande, elle, ne faiblit pas. Mercredi, le fabricant néerlandais de machines pour la production de semi-conducteurs ASML a publié un troisième trimestre record en prévenant que ses extensions de capacités ne suffiraient pas à servir ses clients. De son côté, Schneider Electric, qui fournit notamment les équipements électriques et de refroidissement des centres de données, a relevé ce vendredi son objectif annuel après une croissance organique de 16,9 % au troisième trimestre.
Pour les entreprises qui financent à crédit leurs investissements dans l’IA, la question est plutôt celle de leur rentabilité. « Combien coûte réellement cette croissance et quel rendement permettra-t-elle de dégager après paiement des intérêts, de l’électricité, des équipements et de leur renouvellement ? », relève Cité Gestion. Les plus endettés pourraient devoir ralentir certains projets, nouer des partenariats ou ouvrir leur capital.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

