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Le coup de poker de Vivendi
Vincent Bolloré est un homme d’affaires rompu aux négociations coriaces, et il vient de démontrer qu’il savait lui aussi devancer son adversaire, même le plus hostile des activistes. Ce jeudi, Vivendi a ainsi fait une annonce pour le moins surprenante : plutôt que de faire le maximum pour contrer l’attaque d’Elliott Management qui demande le remplacement de six administrateurs au conseil, il a annoncé la démission de trois de ses administrateurs. A cela s’ajoute celui de Giuseppe Recchi, vice-président du conseil qui quitte le groupe, mais aussi quatre administrateurs indépendants, mais considérés comme des proches du groupe français. Résultat : comme plus de la moitié du conseil – huit sur quinze administrateurs – démissionne, la loi italienne impose que l’intégralité du board se retire, et que soit procédé à un nouveau vote.
Le coup est porté directement à Elliott Management, qui avait vivement critiqué la gestion de Telecom Italia par son actionnaire principal pour servir ses propres intérêts et non celui de ses actionnaires, et réclamait le remplacement de six administrateurs considérés comme non indépendants. Mais au lieu de risquer l’entrée d’un ou plusieurs représentants d’Elliott à cette occasion, des forces disruptives qui risquaient de mettre à mal la stratégie mise en place par le nouveau CEO Amos Genish, Vivendi a préféré remettre les clés du groupe à ses actionnaires. « Nous voulons laisser parler la démocratie actionnariale », dit-on dans l’entourage du groupe, qui pourrait décider de proposer différents administrateurs, même si la décision n’est pas prise à ce sujet.
Vivendi répond donc à Elliott sur son terrain de jeu : puisqu’il souhaite que les actionnaires soient mieux écoutés et récompensés, autant leur donner toute latitude pour le faire, en votant pour un nouveau conseil lors de l’assemblée générale du groupe le 4 mai prochain. La décision est risquée et montre que Vivendi prend très au sérieux la menace de l’activiste mené par Paul Singer, mais aussi et surtout le goût de Vincent Bolloré pour les morceaux de bravoure. Car en choisissant cette option risquée, l’homme d’affaires veut mettre fin à toute remise en cause de son projet stratégique, dans un groupe où les sources de conflits sont déjà nombreuses. Et mettre fin à « la tentative de démantèlement » qu’il dénonce de la part d’un activiste « connu pour ses initiatives court-termistes ».
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