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Solocal : tout est à refaire

L'assemblée générale, haute en couleur hier soir et à laquelle WanSquare a assité, a chamboulé les plans de la direction, en rejetant en masse le plan de refinancement de la dette et en nommant de nouveaux administrateurs. Créanciers, actionnaires et dirigeants vont donc devoir se remettre autour de la table des négociations.
Beaudoin de Pimonan Solocal
Beaudoin de Pimonan Solocal

Les joutes verbales étaient au menu hier soir lors de l’assemblée générale mixte de SoLocal. D’un coté de la salle, les actionnaires impatients de pouvoir enfin s’exprimer et des salariés actionnaires, inquiets pour l’avenir de leur emploi et de leur société. Sur l’estrade, les traits tirés par plusieurs mois de négociations avec les créanciers, l’équipe dirigeante, les auditeurs et experts indépendants et la mandataire sociale chargée du dossier. Enfin, de l'autre coté, les scrutateurs actionnaires Alexandre Loussert de l’association RegoupementPPLocal et Benjamin Jayet, représenté par David Amar, dont la famille est actionnaire. Commence alors la longue litanie de la présentation des comptes sociaux 2015, de la stratégie et des objectifs à horizon 2018 et de la restructuration financière proposée au vote. « Il y a beaucoup de désaccord sur ce point, mais nous sommes tous d’accord qu’il faut agir pour la croissance de l’entreprise », a déclaré Robert de Metz, président de SoLocal.

Et c’est vrai, tout les actionnaires qui se sont exprimés hier, salariés comme particuliers, ont salué le travail réalisé par la direction, Jean-Pierre Remy en tête, pour réussir le virage numérique de l’entreprise et les perspectives de croissance plutôt bonnes pour le groupe. A condition de résoudre le gros point noir, le poids de la dette. Tous étaient là pour en découdre sur le sujet, notamment Jean-Pierre Remy, qui pour mieux convaincre les actionnaires, a présenté le scénario catastrophe lié au rejet du plan : dégradation des agrégats, baisse du chiffre d’affaires, chute de la marge d’ebitda et dette en hausse. Et de souligner : « j’ai investi la moitié de mes revenus, et comme vous j’ai perdu beaucoup d’argent. La situation est compliquée et nous demandons un véritable effort aux actionnaires, à  tous ceux qui le peuvent, même si je comprends que la situation est difficile pour certains d’entre vous ». Et l’effort pour certains actionnaires est vraiment difficile, car le plan qui prévoit une augmentation de capital à 1 euro par action nouvelle est bien loin des prix moyens de bon nombre d’entre eux. C’est le cas de cet actionnaire qui explique être entré en 2006 avec un prix moyen de 116,70 euros par action ou même de Jean-Pierre Remy qui lui même a un prix moyen de 67 euros par action. Mais ce dernier, a défendu bec et ongle son projet, soutenu dans la salle par les salariés du groupe. A l’exemple de celui-ci, appelant les actionnaires à prendre une décision tout de suite. « Nous commençons à enregistrer des annulations de commandes et depuis 15 jours nous recevons tous des offres d’emploi. Nous n’avons plus le temps et il faut trouver dès ce soir, pas demain, une solution pour que nous puissions continuer à travailler sereinement », a-t-il souligné.

Car dans la salle, jusque là sereine, les voix ont, dès lors, commencé à s’élever avec quelques noms d'oiseaux. RegroupementPPLocal prend le micro par la voix de Beaudoin de Pimodan, qui souligne une fois de plus le manque d’entendement du plan, d’information et de contact entre la direction et les actionnaires : « Nous avons des idées. Mettons-nous autour de la table dès demain matin, afin d’arriver à une solution qui tient compte de la valeur réelle de l’entreprise et de l’intérêt des actionnaires et de l'entreprise ». Rappelant aux salariés, que « faire entrer des fonds spéculatifs (en ligne de mire les créanciers Paulson et Amber) ne leur assurera pas plus de travail à l’avenir ». 

Vient ensuite l’heure de vérité pour la direction de SoLocal : le vote des résolutions. Sans surprise, les comptes 2015 sont approuvés, mais l’ensemble des résolutions concernant la rémunération du président Robert de Metz, du directeur général Jean-Pierre Remy et du directeur général délégué Christophe Pingard sont rejetées, à plus de 70% pour les deux derniers. Jean-Pierre Remy a touché pour l’exercice 2015, 520 000 euros de fixe auquel s’ajoute un variable qui, en fonction des critères qualitatifs et quantitatifs en vigueur, aurait dû atteindre 120% du fixe, mais a été ramené à 90%. Au total, il a donc reçu 468 000 euros de part variable. Rappelons que sur ce point, le conseil d’administration a tout pouvoir de ne pas tenir compte du vote de l’assemblée générale.

L’ensemble des résolutions concernant le plan de refinancement proposé ont également toutes été rejetées par l’assemblée générale Le plan devra donc être renégocié. Et pour mieux y arriver, les actionnaires frondeurs, qui essaient de faire cause commune en rassemblant RegroupementPPLocal, le concert Benjamin Jayet/Philippe Besnard, ainsi que Jacques-Henri David, Arnaud Marion et Didier Calmels proposent, comme annoncé le matin même, d’amender leurs résolutions de révocation de plusieurs membres du conseil d’administration.

Jean-Pierre Remy est salué par l’ensemble des actionnaires et donc maintenu à son poste, mais les nouvelles résolutions ne sont pas claires. Après une suspension de séance de près d'une heure, le temps que les frondeurs s’accordent sur un nouveau libellé et que celui-ci soit soumis au Conseil d’administration, le couperet tombe : la révocation immédiate de Robert de Metz est demandée tout comme la nomination de 7 nouveaux administrateurs. Après avoir demandé aux actionnaires s’ils étaient sûrs de leur choix, Robert de Metz soumet au vote sa révocation. Rejetée, il remercie ému la salle et salue cette « entreprise formidable ». Vient ensuite le vote pour la nomination des 7 nouveaux administrateurs. Seuls trois d’entre eux sont nommés : Arnaud Marion,  Jacques-Henri David et Alexandre Loussert. Il est plus de 23 heures, l'assemblée prend fin...

Désormais, c’est à ce nouveau conseil d’administration que revient la lourde tâche de trouver un nouvel arrangement avec les créanciers. Compte tenu des incertitudes entourant ce dossier, la cotation des actions SoLocal a été suspendue ce matin, jusqu'à nouvel avis. 

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