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Macro-économie / Indicateurs macros

La forte croissance en Espagne peut-elle durer ?

Depuis le milieu de 2013, l’Espagne a renoué avec la croissance et ce à des niveaux élevés. Même les estimations de 2016 ont été dépassées. A faire pâlir des pays comme la France.
Madrid - Palais royal
Madrid - Palais royal

Ce matin, l’Institut national de statistiques espagnol a publié l’indice de la production industrielle (IPI). En novembre 2016, il a progressé de +1,7% (+2,2% pour la France), soit la seconde plus forte hausse depuis deux ans après +2,1% en septembre 2015. Pourtant, la rentrée s’annonçait difficile : -1,3% en septembre et +0,1% en octobre. « Si la croissance mensuelle de l’indice de production industrielle est supérieure à celle prévue par le consensus (+0,4%), elle reste néanmoins en ligne avec l’accélération anticipée en fin d’année, commente Léopold Jouven, économiste au Crédit Agricole et spécialiste de l’Europe du Sud. La divergence peut s’expliquer par la grande variabilité de l’IPI observée tout au long de l’année, due en particulier à la production énergétique et de biens d’investissements. »

Ce rebond du mois de novembre, et malgré la faiblesse du mois d’octobre, permet à l’économie espagnole d’afficher une croissance au quatrième trimestre de +0,9% contre +0,8% à l’issue du troisième trimestre. A titre de comparaison, la croissance française était de +0,2% à fin septembre. Sur un an, avec un IPI en progression de +3,2% après correction des variations saisonnières, cela représente pour l’Espagne 2,4 points de plus par rapport à la fin du mois d’octobre ! En France, sur un an, l’IPI recule de -0,4% !

Parmi les secteurs espagnols les mieux orientés, il y a les biens de consommation durables (+4,1%), les biens d’équipements (2,5%) et les biens intermédiaires (+2,3%). « Etant données les indicateurs avancés, la croissance trimestrielle devrait même s’améliorer légèrement en décembre, anticipe le spécialiste de l’Europe du Sud de la banque verte. Cela ne nous amène cependant pas à relever à nouveau notre prévision de croissance stable de 3,2% en 2016 [ndlr : +1,2% pour la France], au vu du léger ralentissement observé pour l’indicateur des ventes au détail, qui suggère une consommation moins dynamique. »

Or la vigueur de l’économie espagnole « repose en partie sur la reprise de la consommation des ménages, explique Patrick Barbe chez BNP Paribas IP. La croissance a pu atteindre le rythme élevé de 3% grâce à la demande intérieure, mais sans le moteur de l’immobilier comme jadis, validant la pertinence des réformes ». Sauf que, comme le constate la banque, « les ménages espagnols se sont montrés moins optimistes ». Un ressenti qui pèse sur le climat des affaires : en décembre, il plie de 2,2 points en Espagne quand il progresse de 2 points en France et de 1,2 point pour la zone euro, à 107,8 points.

Pourquoi les ménages perdent espoir ? « Si les réformes du marché du travail ont permis de bénéficier pleinement de la reprise cyclique et conjoncturelle de l’activité, les créations d’emplois restent majoritairement situées dans les secteurs des services et à durée déterminée, explique Léopold Jouven. En conséquence, les salaires restent peu dynamiques, ce qui pose un problème de pérennisation de la demande intérieure à moyen terme tandis que le Royaume continuera de faire face à une incertitude politique tant sur le plan intérieur (maintien de la consolidation budgétaire par un gouvernement minoritaire et sous pression des revendications catalanes) qu’extérieur (Brexit). » Ce qui peut expliquer cette initiative rappelée par BNP Paribas : « le nouveau gouvernement mené par M.Rajoy a négocié le soutien du parti socialiste en acceptant des hausses du salaire minimum ».

Ce n’est pas le seul défi de l’Espagne : « l’investissement ne devrait pas non plus accélérer l’année prochaine dans un contexte d’incertitude et de la fin de la baisse des taux », estime le Crédit Agricole. Pour s’en sortir, l’Espagne pourrait être tentée par une hausse des dépenses publiques grâce à la bulle d’air qu’apporte la croissance en réduisant le ratio de la dette publique rapporté au PIB. Autre motivation : la baisse des taux auxquels elle peut emprunter. En décembre, BNP Paribas a constaté que le taux à 10 ans allemand était en baisse de 7 points de base (bps) à 0,20 %, quand les taux périphériques espagnols cédaient 17 bps à 1,38 %. Et pour 2017, la situation devrait continuer à se détendre. « Grâce aux actions des banques centrales, les écarts de taux de marché entre pays devraient finir par se réduire en 2017 jusqu’à 50 points de base pour l’Espagne », précise BNP Paribas à Wansquare.

Ce mouvement sur les taux illustre bien le fait que l’Espagne a quelques atouts à jouer alors que « pour la première fois depuis le début de la crise en 2007, tous les pays de la zone euro connaissent simultanément une phase de croissance », dit Patrick Barbe. Parmi ses atouts : la faiblesse de l’euro. « Grâce aux récents gains de compétitivité, l’Espagne devrait continuer à bénéficier de la tenue de la croissance européenne à travers ses exportations », confirme l’économiste du Crédit Agricole. Et il pronostique une croissance du PIB espagnol de 2,3% en 2017 quand elle est envisagée à 1,3% pour la France.

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