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Telecom Italia : Vivendi joue son va-tout

Le groupe de Vincent Bolloré a publié un document dans lequel il dénonce le projet de démantèlement d’Elliott, et explique ses projets pour l’opérateur télécoms italien. Mais en parallèle, le ministre italien Carlo Calenda n’a pas mâché ses mots, qualifiant Vivendi de « très mauvais actionnaire ».
Vincent Bolloré
Vincent Bolloré

Après les coups d’éclat et les recours en référé pour contrer la nomination des administrateurs d’Elliott le 24 avril, l’heure est à la pédagogie pour Vivendi. Le groupe de Vincent Bolloré a publié mardi un document sur son site Internet, dans lequel il explique les mauvaises performances récentes de Telecom Italia, défend l’investissement réalisé dans le groupe et sa stratégie, qu’il oppose à la tentative de démantèlement de l’activiste Elliott.

Tout d’abord, les ennuis de Telecom Italia ne datent pas d’hier selon Vivendi, qui fait valoir que le groupe « a perdu plus de 70% de sa valeur dans les dix années qui ont précédé l’arrivée de Vivendi » et que « 95% de ses actionnaires n’étaient pas italiens » à ceux qui opposent une résistance nationaliste. Le groupe de Vincent Bolloré, qui a investi 4 milliards d’euros dans le groupe, juge que cela montre que ses intérêts sont alignés avec ceux des actionnaires. Contrairement aux modes de gouvernance anglo-saxons (comprendre, représentés par l’activiste américain Elliott) qui favorisent le court-termisme, Vivendi défend une « vision industrielle » pour Telecom Italia, positionné sur le long terme et capable de lui donner accès « à des partenaires stratégiques potentiels ». Tout en veillant à ce que l’entreprise dirigée par Amos Genish «demeure une entreprise italienne avec une gouvernance et une représentation italiennes et à agir dans la transparence et la responsabilité la plus totale », une main tendu à l’égard d’autorités italiennes particulièrement remontées.

L’impact de l’immixtion de Vivendi se ressent depuis son arrivée effective à la présidence du groupe, en juin 2017, puisque le titre a surperformé de 17% l’EuroStoxx 600 Télécoms depuis cette date, argumente Vivendi. Et d’expliquer les raisons de ce renouveau : la stratégie mise en place par le CEO Amos Genish, introduit par Vivendi. Ce dernier et ses équipes « cherchent à stimuler la croissance des revenus par une gestion plus intelligente et plus proche du client, via une réduction des coûts axée sur une lutte contre les inefficacités et par une gestion plus performante des investissements ». Or, si Elliott affirme soutenir le management, il n’explique pas comment ce plan sera appliqué avec un board divisé si Elliott obtient ses six sièges. Et l’activiste a ajouté de nouvelles mesures visant à démanteler le groupe et qui ont été retoquées par les dirigeants, fait valoir Vivendi qui cite le sujet brûlant du spin-off du réseau, « qui s’est avéré un échec dans les pays où il a été tenté ».

Enfin, Vivendi fait son mea culpa dans un paragraphe dédié aux autorités italiennes, estimant qu’il avait « probablement sous-estimé par le passé certaines spécificités de l’Italie » et reconnaissant le « rôle important » joué par le gouvernement et les instances de régulation du pays. Et souligne les divergences inévitables entre les vues court-termistes de l’activiste et les intérêts de l’Italie pour un Telecom Italia « fort et indépendant ». En conclusion, l’actionnaire principal défend le nouvel élan né de sa collaboration avec les équipes, mais aussi la nouvelle liste d’administrateurs qu’il a proposée. Et agite la menace de l’activiste, reprenant les propos d’un broker : « Les actionnaires de Telecom Italia courent le risque de voir une situation connue, le contrôle Vivendi, être remplacée par l'inconnu que représentent de nouveaux groupes d’intérêts et aussi un nouveau changement de directeur général ».

Reste que le gouvernement italien ne semble pas conquis pour le moment par les bienfaits de l’arrivée de Vivendi chez l’opérateur télécoms. Dans un entretien à La Republicca, le ministre italien du Développement Economique, Carlo Calenda, a jugé que Vivendi avait été un « très mauvais actionnaire ». «Je suis favorable aux investissements étrangers, mais cela ne veut pas dire rester inerte quand ils (veulent) détruire la valeur plutôt que la créer, surtout quand, en jeu, il y a un intérêt national », a-t-il plaidé. Et d’expliquer que la CDP, la Caisse des Dépôts italienne, « est intervenue pour soutenir un projet visant à transformer Tim en une 'public company' [société anonyme] et séparer le réseau, non pour prendre le contrôle de l'entreprise ».

En parallèle, le conseil de TIM s’est réuni mardi sur la demande de la Consob italienne, mais il en est ressorti que le président de l’AG du 24 avril ne pourra pas empêcher le vote sur les administrateurs d’Elliott, car il n’appartient pas à ce conseil d’annuler la décision du comité des commissaires aux comptes. La déicision reviendra donc à la justice italienne saisie par Vivendi en référé. Les sociétés de conseil en vote Glass Lewis, ISS et Frontis ont d’ores et déjà indiqué pencher en faveur du fonds américain, et la CDP ainsi que BlackRock, actionnaire de près de 5%, devraient également voter pour ses représentants au conseil.


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