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Faut-il craindre la remontée des taux d'intérêt ?
La période de taux négatifs est-elle terminée ? Après plus de deux ans de rendements souverains au plus bas, et en territoire négatif sur les échéances les plus courtes de la courbe des taux, les titre d'Etat sont en baisse sensible depuis le début de l'année (et leur taux en hausse donc). L'accélération de la croissance mondiale, confirmée ce matin par la publication du PIB de la zone euro, qui a atteint 2,5% sur l'ensemble de l'année dernière, soit un plus haut depuis la crise de 2008, et le retrait progressif de la politique de soutien des banques centrales, ont enclenché ce mouvement de hausse des rendements. "La raison principale de cette appréciation des rendements est la publication de données économiques de très bonne facture, qui a surpris dans le bon sens et généré de l'optimisme chez les investisseurs", explique ainsi Andrew Cates, directeur de la recherche pays développés chez Nomura. Selon lui, cette accélération de la croissance mondiale devrait permettre aux banques centrales de se retirer graduellement et sans "disrupter" les marchés.
Hier, le taux à cinq ans allemand a ainsi franchi à la hausse la barre des 0%, de même que le cinq ans français, qui étaient dans le rouge depuis août 2015. Il y a deux ans encore, la politique ultra-accommodante menée par la BCE avait fait tomber les rendements de la zone euro à des plus bas historiques, avec près de 13.000 milliards de dollars de titres assortis de taux négatifs. Si, selon les données de Tradeweb, environ 42% des obligations de la zone euro en circulation affichent encore des rendements inférieurs à zéro, contre 42% en juillet 2016, la situation devrait progressivement se normaliser, au fur et à mesure du resserrement monétaire de la Banque centrale.
Un resserrement qui pourrait cependant se dérouler plus rapidement que prévu, selon les anticipations de Nomura, qui estime que la fin du tapering (les achats de titres souverains de 30 milliards d'euros par mois) aura bien lieu en septembre 2018, mais que la première hausse des taux pourrait advenir dès décembre 2018, contre début 2019 pour la plupart des analystes. "Les investisseurs ne doivent pas s'inquiéter du mouvement de hausse des rendements actuels, car il est fondé sur des fondamentaux solides", explique encore Andrew Cates, de Nomura. Sachant que les marchés ont déjà en grande partie repricé le resserrement monétaire de la BCE. Selon lui, le dix ans allemand devrait atteindre 0,9% d'ici à la fin de l'année, contre 0,63% actuellement. Soit une progression de 30 points de base sur douze mois, ce qui reste raisonnable.
Ce mouvement de hausse concerne également le marché américain, où le rendement des Treasuries a progressé de 30 points de base depuis le début de l'année, et se traitait aujourd'hui autour de 2,709%, soit un plus haut depuis avril 2014. Un mouvement déclenché pour les mêmes raisons qu'en zone euro- même si les chiffres de la croissance américaine pour le quatrième trimestre ont quelque peu déçu- alors que le successeur de Janet Yellen devrait poursuivre le resserrement monétaire et le relèvement des taux directeurs.
Mais l'accélération de la hausse des taux US inquiète plus qu'en Europe : selon certains observateurs de marché, si le taux de référence américain dépasse les 3%, il pourrait provoquer un repli marqué des indices boursiers. Indices qui sont d'ailleurs en nette baisse ce matin face à la hausse des taux américains, puisque le Dow Jones recule de plus de 300 points ce matin à la Bourse de New York. Selon Andrew Cates pourtant, plutôt que de se focaliser sur ce "nombre magique", il vaut mieux analyser les facteurs qui pourraient pousser le rendement américain à dix ans vers les 3%. Si celui-ci grimpe parce que les anticipations d'inflation progressent, alors cela pourrait en effet avoir un impact négatif sur les actifs risqués et notamment les marchés des actions. Mais si le rendement des Treasuries atteint 3% parce que la croissance américaine continue de s'améliorer, alors les marchés actions ne devraient pas être pénalisés. Selon lui, la seconde option est plus probable, et le 10 ans américain devrait effectivement finir l'année autour de 3%.
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