Les deux nouveaux rois de l’obligataire mondial
Ironiquement, Bill Gross a publié sa dernière lettre d’investissement de l’année le jour où le leader de la gestion obligataire mondiale active a changé de nom : il ne s’appelle plus Pimco – ancienne maison du gérant star, avec qui il est toujours en procès – mais TCW Group. Cette société de gestion basée à Los Angeles, en Californie, est dirigée par un duo : Laird Landmann et Tad Rivelle, qui sont eux aussi des anciens de Pimco. Ces derniers l’ont quitté il y a plus de 20 ans en raison de désaccords avec le management de Bill Gross. Il ont rejoint un plus petit concurrent, Hotchkis & Wiley, avant de fonder leur propre firme, MetWest, en 1996, qui a ensuite été rachetée par TCW en 2009. Leur plus gros fonds, appelé Metropolitan West Total Bond Return, a reçu plus de 10 milliards de dollars de capitaux frais et gère désormais 79,6 milliards de dollars, si bien qu’il a pris la place de numéro un mondial de la gestion obligataire active devant Pimco, qui affichait 78,5 milliards de dollars sous gestion à fin novembre, selon Morningstar. Dans la gestion passive, c’est un ETF géré par Vanguard (Vanguard Total Bond Index fund) qui détient la palme de la gestion, avec pas moins de 279 milliards de dollars.
Le fonds MetWest a bénéficié du départ fracassant de Bill Gross de chez Pimco en septembre 2014, ce qui a provoqué une fuite des capitaux de la part des clients et lui a permis d’engranger 24 milliards de dollars en à peine plus de deux ans. Le véhicule se prévaut également de performances record : il affiche un rendement annuel moyen de 5,72% par an sur les dix dernières années, en troisième position sur un marché de 293 acteurs, selon Morningstar. Il s’est un peu essoufflé depuis : Morningstar indique qu’il a sous-performé l’indice ces trois dernières années et s’est classé à la 76ème position en 2016. Selon les gérants de la firme, cela est dû à des décisions prématurées sur la sortie des obligations corporate, qui sont selon eux survalorisées et pourraient bientôt subir un retournement de marché. « Les sociétés sont surendettées, et la hausse des taux pourrait être un révélateur », analyse Tad Rivelle.
Les deux hommes ont surtout gardé un souvenir amer de leur période chez Pimco et sous les ordres de Bill Gross, dont ils ont critiqué les méthodes de management. Ils se sont faits un devoir de dépasser un jour leur ancien maître. « Il y a toujours eu une ambition de battre Pimco, proche de l’obsession », témoigne ainsi Chris Scibelli, ancien patron marketing US chez TCW. Pourtant, M. Rivelle s’est lui aussi construit une réputation d’homme dur, n’hésitant pas à sortir le cofondateur et CEO de MetWest pour en prendre le contrôle.
Aujourd’hui, les deux hommes aux personnalités différentes – Tad Rivelle est un mathématicien scolaire tandis que Laird Landmann est un ancien joueur de football plus sociable – se complètent bien, et surtout partagent la conviction que le marché se prépare à l’apocalypse. « L’expansion financée par le crédit touche à sa fin. Nous avons déjà vécu cela dans le passé », a ainsi déclaré Tad Rivelle à Bloomberg en septembre dernier. Bill Gross, lui, a intitulé sa dernière lettre mensuelle de gestion, « Red is the new green ». Au moins un avis que partagent les stars de la gestion obligataire mondiale, alors que le Dow Jones atteint un plus haut historique et que la rotation des actifs est plus que jamais au cœur de l’actualité.
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