Pourquoi Axa a remercié le patron d’Alliance Bernstein
Si le 1er mai est synonyme de fête du travail en France, cette journée a été fatale à l’emploi de neuf membres d’Alliance Bernstein, de l’autre côté de l’Atlantique. Lundi, Denis Duverne, le chairman d’Axa, a ainsi provoqué la surprise en annonçant que l’assureur avait mis fin au mandat du chairman et CEO de sa filiale de gestion d’actifs, Peter Kraus, et à celui de huit membres indépendants de son conseil d’administration. La fonction de président d’AllianceBernstein sera confiée à Robert Zoellick, ancien président de la Banque Mondiale et conseiller économique côté républicain. Celle de directeur général sera attribuée à Seth Bernstein, un responsable de la stratégie chez JP Morgan AM, chez qui il a passé 32 ans, mais encore vierge de toute expérience dans la gestion d’actifs. Par ailleurs, quatre nouveaux membres du board, tous proches d’Axa, ont été nommés concomitamment. Denis Duverne a seulement cité les challenges du secteur et indiqué que l’heure était venue de procéder à des changements de management, sans expliquer pourquoi la maison-mère avait pris ces décisions drastiques maintenant.
Ce brusque licenciement a d’autant plus étonné les spécialistes du secteur et les analystes qu’AllianceBernstein commence à recueillir les fruits de la restructuration mise en place depuis l’arrivée de Peter Kraus en pleine crise financière, en 2008. Pour certains, l’homme n’avais pas réussi à se lier avec Denis Duverne, promu chez Axa il y a un an, et cela lui a notamment coûté sa place dans le nouveau comité exécutif d’Axa, créé après l'arrivée de ce dernier. En choisissant de nouveaux lieutenants, ce dernier semble vouloir avoir plus de contrôle sur sa filiale américaine.
Surtout, AllianceBernstein, qui affiche près de 500 milliards de dollars sous gestion, principalement via du stock et bond-picking pour de grands institutionnels, rencontre les mêmes difficultés que ses pairs face à l’essor de la gestion passive et des ETF, qui perçoivent des commissions plus faibles. Au premier trimestre, elle a ainsi accusé 200 millions de dollars de sorties nettes de capitaux, le troisième trimestre consécutif dans le rouge après avoir perdu un montant record de 15,3 milliards de dollars au troisième trimestre 2016. Face à cette pression concurrentielle accrue, certaines firmes ont consenti à réduire leurs fees, à se lancer dans des gestions plus risquées et complexes afin de justifier leur rémunération, voire à fusionner avec d’autres acteurs pour être plus forts. Cela fut le cas avec le mariage entre le britannique Henderson Group et l’américain Janus Capital l’an passé, ou encore plus récemment la fusion entre Standard Life et Aberdeen AM.
Axa ne semble pas avoir de tels projets pour AllianceBernstein mais compte jouer son rôle d’actionnaire en lui allouant davantage de capitaux, a indiqué Denis Duverne. Mais comme le souligne le Wall Street Journal, nul ne connaît encore les termes de ce possible arrangement, d’autant que l’assureur dirigé par Thomas Buberl dispose déjà d’une filiale de gestion d’actifs, à la tête de 780 milliards de dollars. La réaction du titre AllianceBernstein ce lundi à la Bourse de New York, qui a perdu plus de 3% après cette annonce, montre que les investisseurs sont encore circonspects sur les grands projets d’Axa pour sa filiale américaine.
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