Fatine Layt : banquière d’affaires nouvelle génération
Fatine Layt a visiblement trouvé un défi à la hauteur de ses espérances. Celle qui n’avait pas de plan de carrière, mais dont le parcours s’est construit au gré des rencontres, a justement connu son nouveau patron via un déjeuner organisé par un ami commun. Depuis un an, Aryeh Bourkoff lui a confié la mise sur pied de l’antenne parisienne de l'établissement américain LionTree dont il est le CEO et le fondateur. Une formidable aventure, chronophage certes, mais qui sort une fois de plus Fatine Layt de sa zone de confort. « C’est une respiration colossale. Quand on a envie de changer, on ne peut pas complètement se réinventer. J’ai le sentiment de continuer à pouvoir utiliser mon expérience mais en changeant d’univers », commente la banquière d’affaires, qui fut associée à Jean-Marie Messier au sein de Messier Partners ou encore associée-gérante chez Oddo Corporate Finance.
Fatine Layt rappelle qu’en un an, elle a déjà participé à 25% de la vie de LionTree, qui est pour l'instant spécialisée dans les TMT (Technologies, Médias et Télécommunications). La banque, lancée en 2012, comptabilise 350 milliards de dollars de transactions, et marche sur plusieurs jambes, que ce soit avec son activité de conseil, de prêt ou par des investissements en equity. Sur la partie conseil, elle a accompagné Charter pour le rachat de Time Warner Cable, une opération à 78,7 milliards de dollars. LionTree a également oeuvré pour Havas dans le cadre de l’OPA de Vivendi, pour Verizon qui a racheté Yahoo! (4,5 milliards de dollars) ou encore pour Liberty Global qui a vendu UPC Austria à T-Mobile (1,9 milliard d’euros). L'établissement a aussi une partie levée de fonds. Il a conseillé Comcast sur BuzzFeed et a été co-manager de l’IPO de Snap. LionTree a par ailleurs monté récemment une activité de merchant banking, qui investit dans des entreprises en forte croissance sur les fonds propres de la banque, comme cela a déjà été le cas dans Oscar ou Square. « On propose aux dirigeants un financement qui n’est pas dilutif. On peut mettre entre 25 et 100 millions d’euros par entreprise, et pourquoi pas beaucoup plus le cas échéant », commente Fatine Layt.
Grâce à ces différentes casquettes, « on peut aussi bien travailler avec des tycoon qu’avec des start-up. On a une capacité à toucher aussi bien des entreprises, que des family office ou des fonds de private equity. Je me retrouve avec un univers décuplé », précise la banquière. Et d’ajouter que la dimension internationale est également un atout, que ce soit pour sa propre stimulation ou pour ses clients. Ces multiples couches d’expertise sont d’ailleurs valorisées par ces derniers. « Aujourd’hui, beaucoup de choses viennent des Etats-Unis. La convergence, la monétisation du digital etc. Les clients français sont sensibles au fait que l’on connaisse ces sujets. A l’inverse, nos clients américains, qui veulent acheter en France, sont contents qu’on leur explique comment ça marche. On valorise l’expérience des deux côtés », raconte Fatine Layt, qui fait le voyage Paris-New York toutes les cinq semaines.
Son rapport aux clients est en outre revisité sur la forme. La banque a beaucoup investi dans l’IT. Elle a par exemple mis en place une application où elle envoie chaque semaine des réflexions sur un sujet. LionTree organise aussi des week-ends deux fois par an. « Je n’aurais jamais cru qu’amener un tycoon skier pourrait contribuer à développer mon business ! », se réjouit Fatine Layt.
Et ce lien, très dans l'air du temps, n'est pas réservé aux seuls clients. LionTree a aussi introduit un fonctionnement nouvelle génération en interne. « On a une façon de fonctionner différente. La disruption est à tous les niveaux. Par exemple, il n’y a pas de titres chez les jeunes équipes de banquiers. En réunion, tout le monde peut s’exprimer puisque ce n’est pas l’expérience qui crée la légitimité mais la capacité à appréhender le futur », rapporte Fatine Layt, qui estime que ce mode de fonctionnement pourrait difficilement se répliquer chez un acteur traditionnel. « Ce n’est pas un chauffeur de taxi G7, qui exerce depuis longtemps, qui aurait pu créer Uber », résume-t-elle. La professionnelle confie apprécier aussi la relation de confiance naturellement présente, notamment avec son patron. « On est face à une mentalité où l’on n’est pas propriétaire des choses. On se fait confiance. On gagnerait à avoir plus souvent cette ouverture », poursuit Fatine Layt qui concède qu’en contrepartie il faut être digne de cet engagement.
Aujourd’hui spécialisée dans les TMT, LionTree va se lancer dans le food et le consumer good. « On attend beaucoup de mouvements de consolidation sur le food delivery », argue Fatine Layt, qui cite l’acquisition de la start-up FoodChéri par le groupe mondial de restauration collective Sodexo. « Le vivier est formidable. Le seul problème pour les banquiers d’affaires, c’est qu’il y a encore peu d’entreprises de taille significative. Il faut investir du temps, tout en continuant à faire de grosses M&A. » En attendant, Fatine Layt continue de faire connaître sa marque aux grands groupes, de rencontrer des sociétés pleines de potentiel, le tout en ayant les coudées franches.
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