Dominique Cerutti révèle tout le potentiel d'Altran
Dominique Cerutti aime cette phrase qui dit qu’un « leader doit être capable d’illustrer le futur, de le rendre attractif et d’y connecter émotionnellement ses collaborateurs ». Le patron d’Altran depuis l’été 2015 ne veut pas que cette phrase soit galvaudée. Pour lui, qui s’investit et qui croit en ce qu’il fait, ses collaborateurs doivent et méritent d’être embarqués dans son projet. L'homme fort délivre déjà de bons chiffres. Ce matin, Altran a publié un résultat net en hausse de 21,7% à 122,6 millions d'euros, soit 0,71 euro par action, et un résultat opérationnel courant en augmentation de 18,2% à 219,7 millions. Le chiffre d'affaires s'élève à 2,12 milliards d'euros, en croissance de 9%. Le conseil d'administration proposera à l'assemblée générale le versement d'un dividende de 24 centimes d'euro par action (+26%).
Dominique Cerutti est donc en passe de réussir son pari. « Quand on m’a approché, j’ai regardé ce qui se passait dans le domaine des services de R&D et d’engineering et j’ai constaté qu’il s'y passait des choses extraordinaires. C’est rare de trouver une industrie aussi peu structurée mais aussi prometteuse », raconte cet ingénieur de formation. Fin 2015, et après avoir sondé ses clients, ce dernier a présenté un plan à horizon 2020, qui vise plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une rentabilité de premier plan grâce à davantage de valeur ajoutée, à une industrialisation GlobalShore, à l’expansion géographique ou encore à l’excellence opérationnelle.
L’homme fort du groupe de conseil en innovation et ingénierie avancée est parti d'un constat. Dominique Cerutti, qui a passé plus de 20 ans chez IBM, se souvient qu’à cette époque la multinationale américaine dépensait près de 5 milliards de dollars par an en R&D. Or, IBM faisait partie des groupes les plus investis en la matière. Aujourd’hui, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) cumulent à 38 milliards de dollars. Les 500 plus grands groupes mondiaux représentent 60% des quelque 2.000 milliards dollars dépensés en R&D. Les ordres de grandeurs ont donc été revus fortement à la hausse ces dernières années. Toutefois, « les entreprises, aussi puissantes soient-elles, ne peuvent pas venir à bout des six tyrannies auxquelles elles sont soumises. Elles se livrent donc de véritables batailles de titans pour maintenir leurs positions en matière de leadership », constate Dominique Cerutti. Ces tyrannies ? La digitalisation, la technologie disruptive, la globalisation, la réduction des délais de mise sur le marché, l’obsession de la séparation (différenciation de ses concurrents) et la régulation.
« Nos clients nous disent que nous avons fait un travail remarquable dans les services d’ingénierie, mais que nous devons maintenant d'une part leur fournir des solutions industrielles pour accélérer leur projet (ou 'délais de mise sur le marché') et d’autre part développer des capacités nearshore et offshore pour leur donner accès aux plus grands viviers d’expertise internationaux », précise Dominique Cerutti. Concrètement quelles formes cela prend-il ? A son arrivée, le patron d’Altran dénombrait 700 ingénieurs nearshore et offshore. Aujourd’hui, le groupe en compte 4 500. La firme estime que toutes les compétences ne sont pas réunies dans un seul et même territoire et que ses clients doivent pouvoir profiter des pools de compétences en software engineering/ingénierie logicielle en Ukraine ou en développement et design en Inde, par exemple.
Par ailleurs, Altran a procédé à plusieurs acquisitions. En décembre dernier, la société a communiqué sur le rachat en Inde de la société de solutions d'ingénierie Pricol Technologies dans le but d'accélérer son développement sur le marché américain, en particulier pour l'industrie automobile. Là encore, il s'agit de développer son premier pilier, en offrant un meilleur accès aux compétences. Un peu plus tôt, la société avait pris une participation dans la start-up américaine Divergent, qui intègre l'impression 3D à la construction automobile. « Cette technologie permet de réduire l’empreinte carbone des voitures lors du processus de fabrication. Elle peut révolutionner l’industrie automobile, qui fait partie des plus polluantes », commente Dominique Cerutti, non sans enthousiasme. Sur cette acquisition-ci, il s'agit d'augmenter la valeur pour les clients. Pour ce faire, la société va aussi multiplier ses centres d’excellence. Actuellement au nombre de sept, ces derniers vont passer à 15.
Dominique Cerutti a également fait évoluer le comité exécutif d’Altran, qui était jusque-là très européen. « Il fallait y faire entrer des patrons de pays de diverses nationalités. J’ai besoin que mon équipe forme et comprenne les décisions prises par un Comex opérationnel pour servir nos clients et non pas subisse celle d’un Comex de holding déconnecté », ajoute le dirigeant. L’ont notamment intégré le CEO France et le patron Etats-Unis. Dominique Cerutti regrette de ne pas avoir encore féminisé la haute instance. Car s’il dirige une activité où les hommes sont plus nombreux que les femmes, cela n’est néanmoins pour lui pas une excuse. Altran tient également à choyer ses collaborateurs. « Nous avons par exemple une filiale à Cambridge qui réunit des scientifiques de haut niveau. Nous les traitons avec une attention toute particulière et sommes vigilants à préserver la passion liée à la qualité et à la beauté de leurs projets », précise Dominique Cerutti.
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