Rio Tinto : la SEC charge le groupe et deux ex-dirigeants
La SEC ne plaisante pas avec la fraude. Le gendarme américain a accusé hier d'escroquerie Rio Tinto ainsi que deux de ses dirigeants. Les intéressés auraient gonflé la valeur des actifs de charbon de la firme au Mozambique, achetée pour 3,7 milliards de dollars avant d'être revendue peu de temps pour une fraction de cette somme. Thomas Albanese, ancien CEO, et Guy Elliott, ex-directeur financier, sont accusés de ne pas avoir respecté les normes comptables et règles en vigueur dans l'entreprise pour valoriser les actifs. Si la société est dans le viseur des autorités américaines, ces dernières ne comptent pas non plus laisser les dirigeants tranquilles.
L'achat des mines par Rio Tinto date d'avril 2011. Le groupe, qui espérait alors pouvoir extraire 40 millions de tonnes de charbon par an, a très vite déchanté. Ses prévisions se sont révélées irréalisables et le gouvernement du pays a rejeté en décembre -pour des raisons environnementales- une demande de permis de transport que lui avait adressée l'entreprise. Ainsi, à la fin de cette même année, Rio Tinto a pris conscience qu'il ne pourrait transporter et vendre que 5% du volume de charbon par rapport à ce qu'il avait promis aux investisseurs, explique le Financial Times. Pour ne rien arranger : la matière première en question s'est révélée de moins bonne qualité qu'attendu. Or ces déboires faisaient alors suite à ceux qu'a connu le groupe lorsqu'il a subi des pertes importantes dans le cadre de l'achat d'Alcan en 2007.
"Les prévenus ont dissimulé la nature et l'ampleur de ces évolutions défavorables au conseil d'administration, au comité d'audit, aux commissaires aux comptes indépendants de Rio Tinto et au marché", estime la SEC. En effet, en mai 2012, ils auraient comptabilisé les mines à une valeur de plus de 3 milliards de dollars, tout en sachant qu'elles avaient une valorisation négative autour des 680 millions de dollars. Ces déclarations auraient notamment facilité la levée de 5,5 milliards de dollars auprès d'investisseurs américains. Le pot-aux-roses a été découvert en janvier 2013 par un responsable. L'entreprise a alors déprécié les actifs de plus de 3 milliards de dollars et Thomas Albanese a démissionné. In fine, le mines ont été revendues pour 50 millions de dollars un an plus tard.
"Ils (les deux dirigeants, ndlr) ont tenté de sauver leur propre carrière au détriment des investisseurs, en leur cachant la vérité", a déclaré Steven Peikin de la SEC. C'est pourquoi, le gendarme se veut ferme. Il demande à ce que les deux ex-patrons ne puissent plus exercer de responsabilité exécutive ou administrative dans une société cotée. Les intéressés ont fait savoir qu'ils réfutaient ces accusations. "Rio Tinto pense que la plainte de la SEC n’est pas fondée et que, lorsque tous les faits seront étudiés par le tribunal, ou si nécessaire au pénal, les allégations de la SEC seront rejetées", a réagi pour sa part le groupe minier.
L'affaire en question est traitée dans le cadre d'une plainte déposée auprès d'un tribunal de Manhattan. Néanmoins, le dossier avance aussi sur d'autres continents. Hier, le gendarme britannique, la FCA, a annoncé avoir trouvé un accord avec Rio Tinto. Le groupe a accepté de verser 27 millions de livres (30,3 millions d'euros) afin de régler un litige d'ordre comptable sur ces mêmes actifs. Les autorités australiennes (ASIC) se pencheraient également sur le sujet.
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