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Telecom Italia : Elliott monte au créneau contre Bolloré

L’activiste s’est dit « très troublé » par la mise en examen de l’homme d’affaires, y voyant l’exemple d’un « track record de conflit, d’intérêts propres » et que cela avait créé un « nuage de défiance et de suspicion » sur Vivendi. De son côté, le français pointe la contradiction de son adversaire, qui soutient le CEO mais pas son plan stratégique.
Paul Singer
Paul Singer

Déjà particulièrement sensible, le dossier Telecom Italia a cette fois tourné au pugilat, depuis la garde à vue puis la mise en examen de Vincent Bolloré cette semaine. Jeudi, après l’annonce faite sur des poursuites judiciaires contre l’homme d’affaires breton sur l’attribution de concessions portuaires au groupe Bolloré en Afrique, Elliott n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué, l’activiste emmené par Paul Singer s’est dit « profondément troublé » par cette mise en cause et estimé que « cela rendrait difficile de faire accepter un vote pour la liste du groupe français chez Telecom Italia, tout en se proclamant les champions de la bonne gouvernance ». Et de juger que ces accusations ne faisaient qu’ajouter à ses inquiétudes sur la gouvernance de Vivendi, Bolloré et Telecom Italia ont créé « un nuage de défiance et de suspicion ».

L’activiste, qui détient 8,9% de Telecom Italia, continue à plaider pour le spin-off et la vente d’une part majorité du réseau, ainsi que la cession des câbles sous-marins, afin de réintroduire un dividende. Ce dernier a réitéré son soutien au CEO Amos Genish, dont le mandat a été confirmé à une majorité écrasante de 98% lors de l’assemblée générale du 24 avril. Or, c’est cette « incohérence » qu’a de son côté pointé Vivendi hier, Elliott ayant apporté son soutien au dirigeant « alors même que ce fonds combat le plan industriel défendu par le CEO et l’ensemble du management de Telecom Italia » et que « les propositions de démantèlement (…) ont été clairement rejetées par le management ».

Vivendi a également tenu à défendra sa liste de dix administrateurs, qui « rassemble un ensemble de candidats extrêmement qualifiés pour poursuivre le travail accompli ces derniers mois chez Telecom Italia et qui a déjà commencé à porter ses fruits. Dans une logique de démocratie actionnariale qui a toujours été défendue par Vivendi, cette liste renforce son éventail d’expertises et d’opinions », a-t-il plaidé. Les ennuis judiciaires de Vincent Bolloré tombent certes au plus mauvais moment pour Vivendi, et pourraient expliquer pourquoi le dirigeant a quitté ses fonctions de président du conseil de surveillance inopinément la semaine dernière, au profit de son fils Yannick. Le dossier du port de Conakry avait pourtant été classé sans suite en 2011, avant que le groupe ne soit condamné à verser une amende au profit du prestataire évincé, Necotrans, qu’il a ensuite racheté en redressement judiciaire l’an passé. Le groupe Bolloré a toujours « formellement » démenti des irrégularités dans les procédures d’appels d’offres de marchés publics.

Ces rebondissements ne mettent que plus de pression sur l’assemblée générale cruciale de vendredi prochain, où les actionnaires voteront le renouvellement des 15 membres du board. Le camp qui obtient la majorité des voix sur sa liste décrochera dix sièges, dont cinq indépendants, et les cinq restants seront de la liste minoritaire, dont trois indépendants. Sachant que cinq administrateurs doivent être du genre le moins représenté, en l’occurrence des femmes. Vivendi a cherché à donner des gages au gouvernement italien dans sa liste et, pour le moment, les sociétés de conseil en vote ISS et Glass Lewis, se sont prononcées en faveur de l’activiste américain. Chaque voix compte, si bien que la dernière semaine devrait encore être nourrie dans cette campagne ultra-médiatisée.


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