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Engie : un peu de patience, la révolution (énergétique) est en marche !

Le géant énergétique a vu ses comptes passer dans le rouge en 2015, impactés par 8,7 milliards d’euros de dépréciations d’actifs. Mais l’ambitieux plan de transformation à trois ans vise à en faire un leader de demain, dirigé par Isabelle Kocher dès mai.
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Le P-dg Gérard Mestrallet n’a pas cherché à dédramatiser la situation délicate dans laquelle se trouve Engie, parlant des « bouleversements sans précédent » du secteur énergétique. Mais trois mois avant de céder sa casquette de directeur général à Isabelle Kocher, il lui a attribué toute sa confiance pour mener à bien le grand plan de transformation annoncé ce matin pour s’adapter au monde de demain.

Le bilan est certes sévère : le groupe énergétique est passé dans le rouge en 2015, avec une perte nette de 4,6 milliards d’euros, contre un bénéfice de 2,3 milliards l’année précédente, en raison des lourdes dépréciations d’actifs (8,6 milliards d’euros) qu’il a dû passer, notamment dans l’exploration-production. Le chiffre d’affaires est quant à lui en retrait de 6,4% à 69,9 milliards d’euros, une baisse due à la baisse des tarifs d’électricité et gaz avec l’intensification de la concurrence. De quoi inciter le groupe à prendre le taureau par les cornes, et c’est bien tout l’objet de l’ambitieux plan de transformation à trois ans annoncé ce matin.

Ce dernier a trois priorités : les énergies à bas carbone, qui représenteront plus de 90% du portefeuille à fin 2018 (contre 75% en 2015), les services énergétiques qui emploient les deux tiers du groupe mais restent encore trop européens, et enfin les activités à prix régulés qui sont moins risquées. Celles-ci passeront de 55% à 85% de l’activité entre 2015 et 2018. « Nous voulons aller plus loin et très vite », a déclaré Gérard Mestrallet, dans le cadre d’un changement « mondial et irréversible ». « Le projet d’entreprise vise précisément à renforcer la transformation du groupe avec pour ambition d’être leader de la transition énergétique dans le monde ».

Pour ce faire, Engie a détaillé les chiffres : réaliser 22 milliards d’euros d’investissements et 15 milliards de cessions d’actifs d’ici à 2018, dont un tiers ont déjà été identifiées et actées. Le groupe détenu à 33% par l’Etat a ainsi annoncé ce matin la vente de 13GW de capacités de production d’électricité, dont 10 GW de centrales à gaz, charbon et hydrocarbures exposées aux prix de marché aux Etats-Unis et deux centrales à charbon en Inde et Indonésie pour 3 GW, qui vont contribuer à réduire la dette de 5,5 milliards d’euros. En parallèle, Engie ne se refuse pas des acquisitions ciblées dans le cadre de son plan de marche : du côté des services, il a mis la main sur l’américain OpTerra, qui génère 275 millions de dollars de revenus et lui permet de devenir numéro trois des services énergétiques au pays de l’Oncle Sam.

Les économies de coûts opérationnels pour s’adapter à cette nouvelle donne sont certes drastiques : un milliard d’euros à l'horizon 2018, soit une hausse de 50% par rapport au rythme habituel des dernières années. De quoi générer un bénéfice net récurrent de 2,4 à 2,7 milliards d’euros en 2016 (2,3 milliards en 2015), pour un Ebitda de 10,8 à 11,4 milliards d’euros hors cessions (11,3 milliards l’an passé). Mais le dividende n’échappera pas aux coupes : s’il a été maintenu à 1 euro par action en 2015 et 2016, il sera ramené à 70 cents en 2017 et 2018.

Le challenge s’annonce donc immense pour Isabelle Kocher, qui prendra la direction générale en mai prochain alors que Gérard Mestrallet a obtenu de rester président pour deux années supplémentaires, repoussant l’âge limite de 67 à 69 ans. Le marché semble en tout cas résolu à faire confiance à cette agrégée de physique et ingénieure des Mines, qui avait pris la tête de la Lyonnaise des Eaux dès 2008 : le titre a bondi de plus de 4% en séance, à 14 euros. Malgré le contexte de marché et des nouvelles difficiles, le groupe profite des effets bénéfiques attendus de cette stratégie ambitieuse, et surtout de la volonté affichée par le management de préserver le dividende pendant deux ans.


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