Professions financières / tp icap
Professions financières
tp icap
L'année 2025 vue par... Nicolas Breteau /
Directeur général de TP ICAP
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?
En 2025, l’Europe devrait connaître une croissance modérée. Les projections sont encore plus prudentes pour la France, où la situation politique actuelle génère une incertitude à court terme. Nonobstant les perturbations actuelles, nous anticipons que le nouveau gouvernement aura pour ambition de renforcer la position de Paris en tant que centre financier majeur en Europe.
Les risques géopolitiques devraient accroître la volatilité des marchés, notamment dans les secteurs de l’énergie et des matières premières. Pour TP ICAP, une incertitude accrue stimule souvent la demande pour nos services car la volatilité oblige nos clients à ajuster leurs positions plus fréquemment et plus rapidement.
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir l’Europe de la tenaille USA-Chine ?
Afin de relever les défis économiques de l’Europe et de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, il est impératif d’élargir l’accès des entreprises au capital, en priorisant notamment les investissements dans la recherche, le développement et les technologies émergentes. Sur le plan réglementaire, il sera crucial de renforcer les pouvoirs de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) afin qu’elle fonctionne comme une autorité centralisée, similaire à la SEC aux États-Unis, tout en consolidant les prérogatives des autorités nationales compétentes pour créer un cadre réglementaire plus efficace.
L’Europe devrait également valoriser son vivier de régulateurs expérimentés, en les mobilisant pour renforcer l’attractivité et la compétitivité de la région, aussi bien auprès des entreprises que des investisseurs. Les récentes mesures pro-entreprises adoptées aux États-Unis et au Royaume-Uni peuvent offrir des enseignements précieux à cet égard.
Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?
Le risque principal réside dans le fait que l’instabilité politique en France pourrait entraîner des changements imprévisibles en matière de fiscalité et de sécurité sociale, compliquant la planification des entreprises et risquant d’éroder la confiance des marchés.
Une hausse des charges patronales ou des mesures fiscales incohérentes pourraient ainsi inciter les entreprises à se relocaliser vers des marchés européens plus stables, tels que l’Espagne, l’Irlande ou l’Italie, qui offrent des incitations fiscales attractives. Si l’instabilité devait persister, les grandes entreprises financières mondiales pourraient bien reconsidérer leurs ambitions de développement ou d’établissement de leurs opérations à Paris.
Depuis dix ans, on parle de simplification sans jamais la faire, au niveau français comme européen (discussion sur l’abandon partiel des obligations de déclaration de la directive CSRD). Néanmoins, tous les groupes font face à une complexification accrue. Quelles seraient vos propositions dans votre secteur d’activité en matière de simplification (administrative, fiscale, territoriale, …) ?
Les institutions financières sont soumises à de nombreux régimes réglementaires qui se superposent. Cette complexité, à laquelle s’ajoutent des coûts de conformité élevés pour les entreprises, réduit de manière significative l’attractivité de l’Union Européenne. Il est urgent de mettre en place un cadre réglementaire simplifié, dont les exigences seraient enfin adaptées à la réalité des activités et au niveau de risque des entreprises.
Plutôt que de maintenir une multitude de règles, finalement rarement appliquées, nous recommandons l’instauration d’un nouveau cadre clair et efficacement supervisé. Les réformes en cours, telles que la révision de MiFID/MiFIR, constituent une avancée positive, et nous encourageons les décideurs politiques à continuer à travailler en étroite collaboration avec l'ensemble des acteurs du secteur financier.
Il ne tient qu’à l’Europe de faire naître une véritable Union des marchés de capitaux, en supprimant enfin les obstacles réglementaires existant entre les pays pour approfondir les marchés de capitaux au sein de l’UE, stimuler les investissements et offrir davantage de visibilité au marché.
L’essor des financements verts et des obligations durables représente une tendance forte sur les marchés financiers. Comment cette dynamique pourrait-elle redéfinir les métiers d’intermédiation et de courtage en 2025, et comment votre groupe s'adapte-t-il à cette évolution ?
Nous considérons la transition énergétique comme une opportunité majeure de croissance dans un contexte de profondes mutations des marchés de l’énergie, influencées par les développements géopolitiques et les conséquences du changement climatique. En parallèle, à court et moyen termes, nous anticipons peu voire pas de diminution de la demande en pétrole et en gaz, en raison d’une croissance économique mondiale, notamment dans les marchés émergents, qui reste robuste.
Ces dynamiques stimulent une croissance exceptionnelle dans les secteurs émergents. Par exemple, la demande en métaux pour batteries, un élément clé de la transition énergétique, pourrait plus que doubler d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Environ un tiers de nos clients actuels négocient déjà des produits liés à la transition énergétique, et nous anticipons une augmentation de cet indicateur avec l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché.
Les gagnants de ce marché seront ceux qui innovent le plus efficacement et répondent le plus rapidement aux demandes en constante évolution des clients. C’est pourquoi nous travaillons en étroite collaboration avec des entreprises telles qu’Amazon Web Services pour co-développer des solutions de trading basées sur l’intelligence artificielle et le cloud, adaptées à cet espace.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

