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Banques / tp icap / Lorraine Sereyjol-Garros

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tp icap / Lorraine Sereyjol-Garros

exclusif L'année 2026 vue par... Lorraine Sereyjol-Garros / Directrice générale de TP ICAP Europe et responsable de l'Europe continentale

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Lorraine Sereyjol-Garros, CEO & Head of Continental Europe de TP ICAP
Lorraine Sereyjol-Garros, CEO & Head of Continental Europe de TP ICAP

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ?

 

Dans un contexte macroéconomique et géopolitique complexe qui freine les projections de croissance de l’Europe et de la France, nous continuons à affirmer une ambition stratégique claire : positionner TP ICAP Europe comme un acteur central de la transformation des marchés financiers au service de l’économie et de la souveraineté européenne. Cette ambition repose sur trois leviers essentiels. 

Le premier réside en notre conviction à établir l’innovation responsable comme norme au sein du secteur. Cela passe notamment par le déploiement d’une intelligence artificielle explicable, le développement de solutions avancées en données et analytique, ou encore l’accélération de l’électronification des marchés pour en renforcer l’efficience. Le second levier est celui d’une exécution rigoureuse, garantissant une conformité totale aux exigences européennes, notamment à travers les réglementations DORA et MiFID II, garantissant à nos clients un cadre sécurisé et transparent. Enfin, le troisième levier repose sur un ancrage continental solide, matérialisé par des investissements ciblés dans nos plateformes, nos talents et nos infrastructures de données en Europe, afin de soutenir la souveraineté numérique et la proximité avec nos clients. 

Un unique cap guide notre action d’aujourd’hui et de demain : participer à la construction de marchés européens plus profonds, plus résilients et plus transparents, animés par l’innovation et une confiance renouvelée.

 

De quelle manière les droits de douane américains et l’accroissement du secteur manufacturier chinois sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?

 

Les droits de douane américains et l’expansion du secteur manufacturier chinois introduisent une volatilité accrue sur les marchés des commodités, des devises et des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui pourrait modérer nos prévisions de croissance en affectant la liquidité et les dynamiques de prix sur certains segments stratégiques.

Ces tensions pèsent sur les flux physiques et financiers, avec des répercussions potentielles sur la profondeur des marchés européens. Nous anticipons ces effets en intégrant l’analyse des chocs macroéconomiques et des cycles PMI à nos modèles prédictifs, au croisement de l’expertise sectorielle et des technologies avancées – dont nos solutions de données et d’intelligence artificielle explicable – pour optimiser la formation des prix et offrir à nos clients une visibilité renforcée dans un environnement où l’incertitude est devenue la norme. Dans ce contexte, la résilience de nos plateformes s’impose comme un actif stratégique fondamental, préservant la stabilité et l’efficience des marchés continentaux au service de la compétitivité européenne.

 

Les rapports Draghi, Noyer, Letta, bien que montrés en exemple, ne se sont traduits à ce jour que par peu de réformes concrètes en Europe, malgré la longueur du temps législatif. Quelles sont pour vous les chantiers prioritaires à mener pour que l’Europe ne soit plus un marché mais redevienne une industrie ?

 

Pour que l’Europe retrouve sa place de grande puissance industrielle, il est impératif d’adopter une posture résolument coordonnée, dépassant la simple logique de marché pour construire une véritable coalition entre pouvoirs publics, acteurs économiques et institutions européennes. Les rapports Draghi, Noyer et Letta ont brillamment mis en lumière les défis structurels, mais les avancées concrètes peinent à suivre en raison de la complexité et de la lenteur des processus législatifs. 

Le moment est venu de franchir une étape décisive en concentrant nos efforts sur des leviers essentiels. Il nous faut impérativement finaliser et dynamiser l’Union des marchés de capitaux, en adaptant notre politique de concurrence pour favoriser l’émergence de champions européens capables de conjuguer innovation, résilience et capacité d’investissement, notamment par une révision ambitieuse des lignes directrices sur les concentrations.

Par ailleurs, la création d’espaces de données souverains représente un chantier clé pour industrialiser le partage de données, condition sine qua non pour bâtir des écosystèmes numériques puissants et compétitifs à l’échelle du continent. Enfin, l’Europe doit uniformiser les standards et les codes de pratique en intelligence artificielle afin d’encadrer son développement responsable, lui permettant d’être un vecteur de transformation industrielle tout en garantissant transparence et confiance.

À mon sens, la souveraineté technologique, la coopération renforcée et une gouvernance agile sont les fondements sur lesquels l’Europe peut réaffirmer son leadership industriel mondial. Cette vision, portée par une ambition collective forte, est aujourd’hui plus que jamais nécessaire pour relever les défis et saisir les opportunités de la nouvelle ère industrielle.

 

Alors que le sujet de la souveraineté numérique européenne occupe le devant de la scène, comment articulez-vous cet enjeu à votre stratégie de groupe britannique, historiquement implanté en France et à l’empreinte mondiale ?

 

Dans un contexte où le marché est dominé par des fournisseurs d’infrastructures globaux, la souveraineté des données devient un impératif réglementaire et stratégique. Les exigences européennes se renforcent (RGPD, EUCS, labels souverains), et les acteurs mondiaux s’adaptent progressivement à ces contraintes. Notre stratégie s’oriente sur une séparation entre nos activités régulées, localisées en Europe avec un hébergement des données sensibles sur des infrastructures certifiées souveraines (labels et niveaux EUCS), et notre empreinte mondiale qui garantit liquidité et services globaux.

Ce positionnement hybride nous permet de concilier conformité locale et compétitivité internationale. Nous suivons attentivement les initiatives comme Gaia‑X, qui visent à établir des standards pratiques (catalogues interopérables, cadres de confiance) alliant efficacité et sécurité des données.

Enfin, il est essentiel de faire entendre notre voix auprès des instances européennes et des régulateurs, afin que les règles soient pragmatiques et soutiennent un marché ouvert tout en protégeant la souveraineté. À mon sens, cette approche collaborative et structurée est la clé pour des marchés européens solides dans un environnement global fragmenté.

 

L’intelligence artificielle produit-elle déjà des effets sur vos activités, vos marchés et votre entreprise ? Dans quelle mesure anticipez-vous ses effets futurs sur votre compétitivité (réduction de coûts, gains de productivité…) ?

 

L’intelligence artificielle exerce déjà un impact concret sur nos activités, nos marchés et notre modèle économique chez TP ICAP Europe, en optimisant notre efficacité opérationnelle et en renforçant notre conformité aux cadres européens comme l’AI Act et MiFID II, avec une transparence et une explicabilité irréprochables. À l’horizon 2026-2027, nous prévoyons qu’elle accentuera notre compétitivité en améliorant la qualité d’exécution, la gestion des risques et l’allocation stratégique des ressources vers les priorités à haute valeur ajoutée.

Notre approche repose sur un principe fondamental : l’IA amplifie l’expertise humaine sans la supplanter ; les décisions critiques, la relation client et la supervision éthique demeurent le domaine réservé de nos équipes. C’est cette hybridation maîtrisée, technologie et jugement humain indissociables, qui forge notre avantage concurrentiel durable dans un secteur hautement réglementé.

 

Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?

 

L’instabilité politique en France, avec ses incertitudes potentielles en matière fiscale et sociale, s’inscrit dans le paysage habituel des démocraties matures. Chez TP ICAP Europe, notre engagement en France reste ferme et notre stratégie s’appuie sur une résilience éprouvée, portée par des investissements continus dans les compétences digitales et l’intelligence artificielle pour renforcer notre compétitivité, ainsi qu’une exécution opérationnelle irréprochable conforme aux standards européens comme DORA. Nos plateformes françaises ont déjà prouvé leur solidité face aux évolutions passées, grâce à des fondations robustes et une gestion proactive des risques. Nous ne voyons pas la conjoncture actuelle comme un obstacle majeur à notre développement en France, et maintenons notre vigilance pour adapter nos opérations avec sérénité. 

 

L’électronification du marché du crédit s’accélère avec l’émergence de nouvelles plateformes. Selon vous, le marché arrive-t-il à un point d’inflexion ? Quels obstacles restent à franchir ?

 

L’électronification du marché du crédit en Europe marque effectivement un point d’inflexion stratégique, avec une accélération notable des volumes électroniques portée par les avancées en protocoles RFQ (demande de devis), en trading de portefeuille et en exécution.

Cependant, pour consolider cette transformation et en faire un levier de compétitivité durable, des obstacles structurels demeurent à lever de manière collective : la standardisation approfondie des données pré et post-trade, l’interopérabilité accrue entre plateformes afin de dépasser la fragmentation actuelle, et l’établissement de standards communs impliquant les acteurs clés comme l’ICMA (International Capital Market Association) et les opérateurs de marché. À mon sens, la réussite passe aussi par une hybridation équilibrée où la technologie amplifie la dimension humaine indispensable aux transactions complexes, préservant ainsi la confiance et la nuance de la négociation.

C’est sur cette base (technologie souveraine, coopération sectorielle et expertise humaine) que l’Europe peut ériger des marchés de crédit plus liquides, transparents et résilients.

 

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