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Banques / Moody's

De grandes banques françaises rétrogradées après la note souveraine / BNP Paribas et Crédit Agricole perdent leur « cran de soutien »

La dégradation de la note souveraine française par Moody’s à « Aa3 » entraîne de premières répercussions mécaniques. BNP Paribas, Crédit Agricole, et Crédit Mutuel ont vu leurs notes abaissées par l’agence américaine en raison de la réduction du cran de soutien traditionnellement attribué par l’agence aux banques systémiques ou stratégiques.
Photo by Jean-Marc Barrere / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Photo by Jean-Marc Barrere / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

C’était prévisible. La récente dégradation par Moody’s de la note de la France vient d’avoir une première répercussion immédiate sur les banques françaises. L’agence de notation américaine a abaissé mardi les notes des dettes seniors préférées (senior preferred) de BNP Paribas, de Crédit Agricole SA, de la Banque Fédérative du Crédit mutuel (BFCM) et de Crédit Mutuel Arkea, de "Aa3" à "A1".

Cette décision n’est pas le reflet d’une détérioration soudaine de la situation financière de ces établissements, mais découle directement et mécaniquement de la révision à la baisse de la note souveraine de la France.

 

Puissance publique affaiblie

 

Il faut savoir en effet que Moody’s attribue un "cran de soutien" (uplift en anglais) aux entités dont la stabilité financière pourrait bénéficier de l’intervention de l’Etat en cas de crise. Un soutien potentiel particulièrement crucial s’agissant d’institutions financières stratégiques ou systémiques telles que le sont BNP Paribas, Crédit Agricole, et le Crédit Mutuel.

Toutefois, ce cran de soutien de l’Etat ne s’applique que si la note du souverain est plus élevée que celle de l’établissement. Or, en abaissant la note de la France à "Aa3", Moody’s a ramené celle-ci au même niveau que celles des dettes seniors préférées des trois banques, qui ont donc en conséquence perdu leur cran de soutien. Ce faisant, les notes sur les titres de meilleure qualité de ces établissements ont été ramenées à "A1", c’est-à-dire au même niveau que Société Générale et BPCE.

Autrement dit, les banques concernées, qui bénéficiaient auparavant d’un soutien implicite de l’État, voient désormais leurs notes ajustées à la baisse, car l’affaiblissement de la note souveraine de la France réduit la capacité de la puissance publique, dont la solvabilité est désormais jugée plus faible, à soutenir efficacement ces institutions en cas de crise.

Cette capacité de soutien étant désormais affaiblie, elle ne suffit donc plus "pour que les notations bancaires soient conformes à la notation de la dette souveraine", explique Moody’s.

 

Fragmentation politique

 

Un nouvel état de fait auquel les grandes banques susnommées vont devoir d’habituer, l’agence estimant que "les finances publiques de la France seront considérablement affaiblies au cours des prochaines années" sous l’effet de la "fragmentation politique" du pays.

Si la stabilité politique de la France a longtemps été l’un de ses atouts aux yeux des agences de notation, la censure du gouvernement de Michel Barnier est venue illustrer l’avènement d’une situation nouvelle susceptible d’entraver la nécessaire consolidation budgétaire du pays à ses yeux.

Certes, après le rejet du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui était porté par feu le gouvernement Barnier, "nous nous attendions à ce que le gouvernement fasse passer une loi spéciale garantissant la continuité de l’administration publique en 2025", note Moody’s. Mais l’agence estime que ce projet de loi "ne contiendra très probablement pas de mesures significatives de consolidation budgétaire" tandis que "l’incertitude augmente quant à la capacité du prochain gouvernement à réduire le déficit au-delà de l’année prochaine".

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