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Bpifrance Le Lab / Rexecode / TPE PME

Des complexités administratives qui rongent le temps des patrons de TPE et PME / Tandis que toutes les incertitudes politiques gèlent un peu plus leurs projets

Les annonces de simplification présentées hier par la Commission européenne ne devraient pas être de refus pour les PME françaises qui en profiteront. Le dernier baromètre de Bpifrance Le Lab et Rexecode détaille en effet les conséquences de la complexité administrative sur les patrons des TPE et PME tricolores, toujours bousculées par le contexte politique français, alors que d’autres menaces s'ajoutent désormais pour celles qui sont internationalisées.
(Photo by ARNAUD TINEL / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by ARNAUD TINEL / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Certaines des PME ayant été interrogées par le dernier baromètre trimestriel de Bpifrance Le Lab et Rexecode doivent être soulagées. Hier, la Commission européenne présentait un ensemble de mesures de simplification administrative, principalement à l’intention des PME, dont certaines portent sur les obligations de reporting de la directive CSRD pour celles qui y sont soumises, ou le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Car ce n’est pas un mystère. Les dirigeants de petites entreprises manquent de temps. Et l’ensemble des charges administratives qui leur incombe n’est pas pour arranger les choses. Les démarches qu’ils ont l’habitude de traiter, comme les déclarations d’impôts ou de cotisations sociales, font partie de leur vie quotidienne. Mais les nouvelles à entrer progressivement en vigueur – à l’instar des réglementations environnementales – ne produisent pas les mêmes lourdeurs. Et sont, avec l’obtention d’une aide publique et d’un crédit d’impôt, les plus pointées du doigt en termes de complexité, rapporte l’étude de la banque publique d’investissement et de l’institut d’études économiques.

Près des trois quarts des patrons de TPE et PME interrogés, à avoir jugé qu’au moins une démarche administrative était assez (ou très) compliquée, le regrettent d’ailleurs : la mobilisation de leur temps est la première des conséquences de la complexité administrative. "Plus l’entreprise est petite et plus l’impact sera important sur le temps du dirigeant. Quand vous avez cinq salariés, dont deux consacrés à la vente et trois à la production, il n’est pas possible d’embaucher quelqu’un pour traiter des démarches administratives et des sujets de réglementation. Dégager du chiffre d’affaires est la priorité et les résultats servent à rembourser les emprunts, à amortir les investissements s’il y en a et à renouveler les outils", rappelle à WanSquare Philippe Mutricy, le directeur de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance. De fait, près de la moitié des PME d’au moins dix salariés témoignent aussi de l’impact de la complexité administrative sur leurs collaborateurs, les conduisant parfois à en recruter. À l’inverse, la proportion retombe sous la barre des 30 % pour les TPE.

 

Par les temps qui courent

 

Résultat : sur les dirigeants s’estimant lésés par les lourdeurs administratives, près de la moitié a recours à des prestations de services extérieurs (une statistique à tempérer du fait de la présence des experts-comptables dans l’ensemble), tandis que 12 % signalent aussi un besoin d’investir dans des équipements ou des logiciels spécifiques. "La charge et la complexité des démarches administratives pèsent d’autant plus que le contexte économique est défavorable", ajoute Philippe Mutricy.

Il faut dire qu’en ce début d’année 2025, les TPE et PME françaises ont aussi nettement révisé les montants qu’elles allaient investir à la baisse. Certes, un entrepreneur sur deux compte toujours se prêter à l’exercice sur les douze mois à venir, ce qui représente un repli relatif de quatre points sur un an. En revanche, les montants qui seront mobilisés poursuivent de leur côté leur recul, pour s’inscrire à un nouveau record plancher (en dehors de 2020). En baisse de 11 points sur un an, le solde d’opinion relatif à la question s’affiche même de 20 points en deçà de sa moyenne historique. "Ce sont surtout les priorités d’investissements qui vont être revues. Par exemple, le renouvellement d’équipements usagés ou obsolètes a repris du terrain : ce sont des dépenses que l’on ne peut pas éviter pour poursuivre l’activité. À l’inverse, d’autres destinations, comme la modernisation des équipements ou l’extension de la capacité de production, ont été révisées à la baisse. Le motif environnemental semble en revanche résister ce trimestre", nous fait observer Sabrina El Kasmi, responsable du pôle macroéconomie et conjoncture de Bpifrance. Les mises aux normes, qui seront l’une des premières destinations d’investissements pour 30 % des dirigeants, restent aussi supérieures au premier trimestre de 2024 et à la moyenne des années 2018 et 2019. Ceci alors que le solde d’opinion des dirigeants de TPE et PME, sur l’évolution récente de leur trésorerie, s’est lui aussi stabilisé à un bas niveau. Les perspectives d’évolution ne sont également pas bien orientées.

 

Une nouvelle qui prend son temps

 

Et l’atmosphère ambiante n’arrange rien. Interrogés sur l’impact du contexte d’incertitudes, en termes de politique économique, sur l’activité de leur entreprise, la quasi-intégralité de leurs dirigeants estiment qu’il l’affectera. Début février, ils étaient même 61 % à pointer que cet impact serait fort. Ce qui correspond à une hausse de 5 points depuis octobre et de 10 points depuis août. Les conséquences de cette incertitude s’amplifient aussi sur les projets d’embauches et d’investissement. Un cocktail amer pour les TPE et PME françaises. D’autant que l’enquête a été menée sur la première quinzaine du mois de février. Difficile, donc, de blâmer la seule absence de budget, puisque le projet de loi de finances a été adopté par le Parlement sur cette période.

"L’effet du vote du budget va mettre du temps à se concrétiser dans l’esprit des chefs d’entreprise. Surtout que la ligne politique, du fait de l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, n’est plus claire", pointe Philippe Mutricy. "On ne peut pas exclure de ces réponses un "effet Trump" qui crée aussi des incertitudes liées à la politique commerciale. Les TPE et PME internationalisées représentent a priori environ un quart des répondantes, cela représente aussi un facteur non négligeable de la hausse des inquiétudes", ajoute Sabrina El Kasmi. À Philippe Mutricy de remettre, toutefois, ce vent de panique en perspective. Certes, ce niveau d’incertitude chez les chefs d’entreprise, en termes d’embauches et de projets d’investissements, n’avait pas été observé depuis 2020. Mais l’année 2021 avait finalement fait état d’une croissance de 7 %. La tendance pourrait donc s’inverser en 2025, alors qu’une relance de la consommation pourrait par exemple créer un climat économique plus apaisé. "Ce qui manque, c’est un choc de confiance. Mais peut-être que les chefs d’entreprise devront apprendre à vivre avec cette incertitude. Nous découvrons le phénomène de coalition, pourtant à l’œuvre dans de nombreux pays européens", remarque-t-il.

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