Sur les marchés / CAC 40
Sur les marchés
CAC 40
Trump, pompier pyromane du commerce mondial et des marchés / Wall Street signe son plus fort rebond depuis 2008, le doute persiste sur la méthode
Le coup de théâtre décidé mercredi soir par le président américain – intervenu en début d’après-midi aux États-Unis – illustre parfaitement ce que beaucoup qualifient de "méthode Trump" : une négociation agressive, popularisée dans son livre The Art of the Deal : créer d’emblée un rapport de force brutal, souvent à coups de menaces ou de décisions spectaculaires – comme l’instauration immédiate de droits de douane –, pour ensuite laisser ouverte la possibilité d’un repli tactique, présenté comme le fruit d’un compromis arraché grâce à sa fermeté initiale.
Le résultat de l’annonce de la pause de 90 jours pour une partie des droits de douane dits "réciproques", sauf pour la Chine, a en tout cas été spectaculaire sur les marchés. Le Dow Jones s’est envolé de 7,8 %, le Nasdaq de 12,15 %, une performance jamais vue depuis 2001, tandis que l’indice large, le S & P 500 a bondi de 9,5 %, signant sa plus forte hausse depuis 2008.
Une embellie impressionnante dont ont profité les investisseurs avertis, ayant suivi l’appel à acheter massivement lancé par Trump trois heures plus tôt sur le réseau social Truth social. Une coïncidence troublante – voire, pour certains, une forme de manipulation de marché –, d’autant que depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a activement affaibli les organes de régulation financière, notamment la SEC. Mais c’est là un autre débat.
Quand la Chine "manque de respect"
Tandis que le VIX, l’indice de la volatilité et de la peur, chutait hier soir à 33 % après son incursion au-dessus des 50 %, d’autres actifs à risque en ont profité, avec le plus fort resserrement des écarts de crédit HY aux États-Unis (-27 points de base à 426 points de base) depuis décembre 2023.
Ce jeudi matin, les Bourses asiatiques ont enregistré leur plus forte hausse depuis plus de deux ans. Le Nikkei japonais a pris 9,1 %, l’indice KOSPI sud-coréen a bondi de 6,6 %, et le S & P/ASX 200 australien a progressé de 4,6 %. Fait notable : les marchés chinois ont eux aussi terminé dans le vert. Le Hang Seng de Hong Kong a gagné 2,1 % et le Shanghai Composite 1,2 %. Une résilience qui mérite d’être souligné alors que la Chine reste exclue du moratoire de 90 jours décrété par Washington sur les droits de douane dits "réciproques", réservé aux pays qui n’ont pas engagé de mesures de représailles. Pékin, qui venait de porter ses droits à 84 % sur certains produits américains, verra au contraire les siens relevés à 125 %, contre 104 % la veille.
Une sanction justifiée par Donald Trump par le "manque de respect" de la Chine : "À un moment donné, et j’espère dans un avenir proche, la Chine comprendra que l’époque où elle arnaquait les États-Unis et d’autres pays n’est plus tenable ni acceptable ", a-t-il déclaré sur Truth Social.
Publicis en vedette
En Europe aussi, la détente s’est traduite par un vif rebond des indices. Vers 14h00, le Stoxx Europe 600 gagnait 4,8 %, tandis que le CAC 40 s’envolait de 5,3 %, à 7 229,5 points. Publicis, très exposé au marché américain, menait la hausse avec un bond de 10 %, suivi de Saint-Gobain (+ 8,4 %) et des valeurs financières, elles aussi bien orientées : + 7,8 % pour BNP Paribas, + 7,7 % pour Société Générale, + 6,5 % pour Axa.
Ailleurs sur le continent, le DAX 40 prenait 5,8 % à Francfort, le FTSE MIB grimpait de 6,6 % à Milan, et le FTSE 100 avançait de 4,4 % à Londres.
Le soulagement des marchés, bien que compréhensible, n’efface pas les nombreuses zones d’ombre entourant la politique commerciale américaine. "Le génie est sorti de la bouteille en ce qui concerne l’imprévisibilité des politiques de Donald Trump", prévient Deutsche Bank.
Le tarif universel minimum déjà en vigueur de 10 % "représente la plus grande augmentation des droits de douane depuis des décennies et l’incertitude commerciale accrue risque de persister, avec une visibilité limitée sur le type d’accords que les États-Unis jugeraient acceptables", poursuit la banque. Et, "plus crucial encore, nous restons sur la trajectoire d’un découplage économique chaotique entre les deux plus grandes économies mondiales, sans signes immédiats de désescalade de la part des États-Unis ou de la Chine", ajoute-t-elle.
Des adjudications très observées
En attendant, les signes d’apaisement se manifestent aussi sur le marché obligataire. Un mouvement des taux a accompagné le rally sur les emprunts d’État américains : le rendement des T-Notes à deux ans cède 1,7 %, à 3,88 %, celui à dix ans recule de 2,2 %, à 4,30 %, et le taux des T-Bonds à trente ans diminue de 1,2 %, à 4,74 %.
Dans ce contexte, l’adjudication à 10 ans opérée mercredi par le Trésor a rassuré, en témoignant d’une demande toujours soutenue pour la dette américaine. Le papier a été adjugé à un rendement de 4,435 %, contre 4,465 % juste avant la vente. L’opération prévue ce jeudi, portant sur 22 milliards de dollars de T-Bonds à 30 ans, sera elle aussi scrutée de près.
Autre rendez-vous clé : la publication des chiffres de l’inflation américaine pour mars, attendus à 12h30 GMT (14h30 à Paris). Une progression modérée pourrait renforcer les anticipations de baisse des taux, et ainsi alléger un peu plus la pression sur les bons du Trésor.
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