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Le projet de simplification de Bolloré bute sur l’AMF / Un revers dans la rationalisation du haut de la structure

L’Autorité des marchés financiers a refusé de valider les offres publiques de retrait lancées par le groupe Bolloré sur trois sociétés héritées du groupe Rivaud. Une décision rare, intervenue au terme de plus de sept mois d’instruction, qui marque un arrêt temporaire dans la stratégie de simplification de l’organisation capitalistique du groupe.
Cyrille Bolloré, le président-directeur général du groupe Bolloré - Photo by FRED TANNEAU / AFP
Cyrille Bolloré, le président-directeur général du groupe Bolloré - Photo by FRED TANNEAU / AFP

Il était écrit que le visa de l’Autorité des marchés financiers ne serait pas la simple formalité espérée. Le projet de simplification de la structure du groupe Bolloré, visant à faire disparaître presque toutes les dernières "structures Rivaud", a finalement buté sur un obstacle réglementaire. L’AMF a jugé non conformes les trois offres publiques de retrait visant la Compagnie du Cambodge, Financière Moncey et la Société Industrielle et Financière de l’Artois.

Chez Bolloré, la surprise et la contrariété transparaissent dans le bref communiqué publié en réaction : le groupe dit avoir "découvert l’annonce" faite vendredi d’une décision prise deux jours plus tôt, et prend acte d’ "une telle issue" au terme d’ "une instruction de plus de sept mois".

C’est en septembre 2024 que Bolloré avait dévoilé son intention de lancer trois offres publiques de retrait suivies de retraits obligatoires sur les actions des trois sociétés précitées. Ces offres pouvaient être libellées en numéraire, en actions UMG — Universal Music Group, la major musicale cotée à Amsterdam dont Bolloré détient encore une part indirecte via Vivendi — ou sous forme mixte.

Plusieurs actionnaires minoritaires avaient adressé des courriers de contestation, portant notamment sur les prix proposés. Rien que de très normal jusque-là. Les primes offertes par rapport au cours moyen pondéré sur un mois s’élevaient alors à 27 %, 44 % et 71 % pour la Compagnie du Cambodge, Financière Moncey et la Société Industrielle et Financière de l’Artois.

En revanche, les doutes exprimés sur la transparence de la procédure et l’impartialité de l’expert indépendant désigné par Bolloré ont fini par retenir l’attention de l’AMF. Au point que, fait rare, le cabinet Accuracy, représenté par Henri Philippe — une figure pourtant reconnue de l’évaluation indépendante — avait vu sa désignation remise en cause, l’AMF arguant que les honoraires perçus de la part du groupe Bolloré représentaient plus de 14 % de son chiffre d’affaires sur l’activité d’expertise indépendante depuis 2012.

La décision rendue le 25 octobre 2024, sans précédent récent, avait ainsi contraint Bolloré à revoir son approche. Le groupe a relevé ses offres, avec des hausses de 18,3 % à 110 euros pour la Compagnie du Cambodge, 12,7 % à 133 euros pour Financière Moncey, et 14,3 % à 10 627 euros pour la Société Industrielle et Financière de l’Artois — des montants validés cette fois par un nouvel expert indépendant, le cabinet BM&A.

 

Un refus peu courant

 

À ce stade, la motivation exacte du refus finalement opposé par l’AMF sur ces offres révisées n’a pas encore été rendue publique. Le régulateur a seulement indiqué qu’elle serait communiquée "dans un délai rapide". Mais le ton ferme de sa décision constitue déjà en soi un signal fort — et rare — adressé à l’un des groupes les plus puissants du capitalisme français. Une intervention aussi frontale de l’Autorité dans une OPR orchestrée par Bolloré marque une rupture par rapport à l’usage.

Il faut dire que les sociétés concernées, héritées du groupe Rivaud, racheté en 1996, présentent des caractéristiques singulières : flottant réduit, liquidité très faible, structures de détention complexes. Autant d’éléments qui rendent l’exercice d’évaluation particulièrement délicat, et qui peuvent justifier, aux yeux de l’AMF, une vigilance renforcée.

Derrière ces "structures Rivaud" se cache un enchevêtrement de sociétés et de holdings, jadis au cœur d’un empire financier et industriel actif dans les plantations (hévéas, palmiers, café) en Asie et en Afrique, mais aussi dans l’immobilier et l’industrie. Si Vincent Bolloré a progressivement rationalisé cet héritage, ces entités ont longtemps été indissociables de l’expansion de ce qu’on appelle communément l’empire Bolloré.

Elles ont permis à l’homme d’affaires de bâtir un maillage dense de participations croisées, dont la complexité constitue autant un outil de contrôle qu’un rempart contre les intrusions extérieures. Un système de participations en cascade — les fameuses "poulies bretonnes" — grâce auquel le groupe a pu contrôler des sociétés avec un investissement en capital relativement faible.

Mais Vincent Bolloré s’est aussi attaché, de longue date, à simplifier cette architecture. En 2013, le groupe avait ainsi mené à bien une offre publique suivie d’un retrait obligatoire sur Plantations des Terres Rouges. Plus récemment, il a annoncé la fusion-absorption de la Société des Chemins de Fer et Tramways du Var et du Gard par la Compagnie du Cambodge, et celle de la Compagnie des Tramways de Rouen par Financière Moncey.

En lançant ces nouvelles offres publiques de retrait, suivies de retraits obligatoires, sur la Compagnie du Cambodge, Financière Moncey et la Société Industrielle et Financière de l’Artois, le groupe cherchait à faire disparaître les dernières de ces structures intermédiaires. Objectif : racheter les titres encore détenus par des actionnaires minoritaires pour prendre le contrôle intégral des holdings "mères" (comme Compagnie de l’Odet ou Financière V), qui chapeautent l’ensemble du groupe. Autrement dit, supprimer les strates superflues, éliminer les minoritaires, et concentrer le pouvoir capitalistique au sommet. Une stratégie aujourd’hui contrariée.

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