Entreprises / Actions / Actualité des sociétés
Entreprises / Actions
Actualité des sociétés
Les épineuses équations d'EDF
EDF va-t-il oui ou non construire les deux réacteurs EPR d’Hinkley Point en Grande-Bretagne? Le sujet est au cœur de toutes les tractations et interrogations depuis plusieurs semaines. Et ce, au plus haut niveau de l’Etat, une réunion interministérielle en présence de François Hollande ayant eu lieu mercredi. Ce vendredi, quelques heures avant la tenue d’un conseil d’administration crucial de la part de l’énergéticien, on apprenait que Greenpeace et le fournisseur d'énergie renouvelable Ecotricity avaient menacé d'engager une procédure judiciaire contre le projet de centrale nucléaire britannique si celui-ci bénéficiait du soutien financier de l'Etat français, projet qu’ils jugent illégal. Greenpeace a effectivement publié les conclusions de trois juristes spécialistes de la concurrence et du droit communautaire européen au cabinet Monckton Chambers, selon lesquels tout financement impliquant la manne publique serait assimilable à une aide d'Etat.
De son côté Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF, semble vouloir jouer l’apaisement vis-à-vis de ses salariés. Il a indiqué, en préambule du conseil d’administration qui se tenait en début d’après-midi qu’il allait consulter le comité central d'entreprise (CCE) sur ce projet controversé, répondant ainsi aux élus des quatre syndicats représentatifs (CGT, CFE-CGC, CFDT, FO) qui avaient voté à l'unanimité une résolution demandant à être "préalablement consultés" sur ce projet de construction de deux réacteurs EPR. Cette consultation aura lieu lors d'une prochaine séance du CCE. En l'absence d’un tel geste, les mêmes élus avaient brandi la possibilité d'une action en justice "pour obtenir la suspension et l'annulation de toute décision qui serait prise en lien avec le projet Hinkley Point". En acceptant une telle réunion, Jean-Bernard Lévy a donc implicitement repoussé la décision finale.
L’étau se resserre donc autour du patron d’EDF, pris en tenaille entre un gouvernement fermement décidé à faire de son fleuron énergétique un acteur européen majeur du nucléaire, et des salariés de plus en plus inquiets de la tournure des événements. Car la mise en œuvre d’un tel projet est susceptible d’affaiblir l’entreprise en butte à de sérieuses difficultés financières au regard de ses engagements (y compris vis-à-vis d’Areva). Une association d’actionnaires salariés a même fait entendre sa voix cette semaine, réclamant une sortie de la Bourse de l’action EDF au motif que l’Etat serait en situation d’abus de majorité.
De quoi complexifier le dossier, qui s’annonce plus qu’épineux même si le coordonnateur de la CFDT, Vincent Rodet, qui avait accepté une réunion avec la direction d’EDF avant le conseil d’administration, a indiqué que "la première impression à chaud est que le projet Hinkley Point en lui-même est mieux bordé que ce que nous percevions jusqu'alors". Reste à savoir, si la construction des réacteurs est confirmée, comment EDF va financer le projet à 16 milliards d'euros et comment l'Etat va mettre la main à la poche.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

