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Le private equity européen relance la machine / Détente monétaire et capitaux américains ont ravivé l’activité
Le capital-investissement européen retrouve de l’élan. Le premier trimestre était encore bridé par les effets résiduels des taux élevés, le deuxième freiné par les incertitudes commerciales. Au troisième, la détente monétaire de la BCE et de la Banque d’Angleterre a ravivé l’appétit des investisseurs : la valeur des opérations a bondi de 25,2 % par rapport au trimestre précédent, atteignant son plus haut niveau depuis la mi-2024, indique PitchBook dans son dernier rapport European PE Breakdown. Les inquiétudes liées aux droits de douane, qui avaient pesé sur l’activité au printemps, se sont estompées, redonnant au marché un souffle qu’il n’avait plus connu depuis un an.
"European PE dealmaking accelerated in Q3 2025", résume le rapport. Un rythme qui "devrait se prolonger au quatrième trimestre, plaçant 2025 sur une trajectoire de croissance annuelle proche de 10 %", estiment les analystes du fournisseur de données. "Ce serait l’une des meilleures années pour le private equity européen depuis les chocs de taux, confirmant la capacité de la classe d’actifs à se redresser après deux années de pression monétaire ", ajoute Nalin Patel, directeur de la recherche pour l’EMEA.
Capitaux transatlantiques et mégadeals
Cette reprise s’illustre d’abord par le retour des grandes transactions. Les megadeals représentent désormais 32 % de la valeur totale depuis janvier, un baromètre clair de la confiance retrouvée. L’acquisition de Pension Insurance Corporation (PIC) par Athene, filiale d’Apollo, pour 6,7 milliards d’euros, en est la plus emblématique : elle traduit la convergence entre assurance et asset management, en fournissant à Apollo un flux de capitaux permanents pour financer ses activités de private equity. D’autres opérations marquantes - le rachat de Spectris par KKR pour 5,5 milliards d’euros, ou le carve-out d’Essential Home chez Reckitt Benckiser, acquis majoritairement par Advent pour 4,1 milliards - confirment la vigueur retrouvée du marché britannique.
Les investisseurs américains ont largement contribué à cette inflexion. Leur part dans la valeur totale des deals européens a grimpé à 47,4 % au troisième trimestre. "Les flux de capitaux transatlantiques s’intensifient ", note Nicolas Moura, analyste principal chez PitchBook. "Les sponsors américains cherchent à diversifier leurs portefeuilles en dehors de leur marché domestique, et l’Europe apparaît aujourd’hui comme la principale destination de ce redéploiement. " KKR revendique à lui seul 20 milliards de dollars investis sur le continent depuis le début de l’année, tandis que Blackstone et CD&R ont annoncé de nouveaux engagements massifs au Royaume-Uni. Cette arrivée continue de capitaux d’outre-Atlantique consacre l’Europe comme pilier stratégique du private equity mondial.
Si Londres demeure le centre de gravité incontesté, les pays nordiques confirment leur solidité. La Suède tire à elle seule près de 40 % des opérations de la région, portée par un écosystème technologique et entrepreneurial mature. Dans un environnement où les financements se concentrent sur les actifs les plus visibles, cette constance du middle market nordique traduit une profondeur de marché que peu de régions européennes égalent.
Les exits repartent, mais sous pression des LPs
Côté sorties, la reprise est tout aussi marquée : la valeur des exits a bondi de 80 % sur le trimestre. "Les distributions ont retrouvé un certain rythme, mais les sorties restent davantage dictées par la nécessité que par l’opportunité", souligne Nalin Patel. "Elles reflètent la pression exercée par les LPs pour obtenir du cash avant de s’engager sur de nouveaux fonds, plutôt qu’un environnement de marché pleinement sain." Avec des introductions en Bourse quasi inexistantes - seulement trois au troisième trimestre -, les gérants privilégient désormais les cessions entre fonds (sponsor-to-sponsor) et les véhicules de continuation, comme celui envisagé par PAI Partners pour Froneri, valorisé 15 milliards d’euros. Ces structures, longtemps considérées comme marginales, sont devenues un rouage essentiel du marché européen.
Le segment intermédiaire connaît également un net regain. Les sorties comprises entre 25 et 100 millions d’euros représentent désormais près de 29 % du total, contre 21 % l’an dernier. Plus simples à financer et plus rapides à exécuter, elles permettent aux GPs de préserver un flux régulier de distributions malgré le manque de grandes cessions.
Un cycle de levée qui s’allonge
Le tableau est plus nuancé sur le front du fundraising. Les montants levés fléchissent et les durées de clôture s’allongent - 21,6 mois en moyenne, contre 19,6 en 2024. Les LPs concentrent leurs allocations sur les gérants les plus établis : plus de 40 % des nouveaux fonds proviennent de maisons arrivées à leur quatrième ou sixième véhicule. Mais au sein de cette morosité, le middle market tire son épingle du jeu. Les fonds compris entre 1 et 5 milliards d’euros concentrent près des deux tiers des capitaux levés depuis janvier. "Le middle market apparaît comme le seul segment véritablement porteur ", estime Nicolas Moura. "Les LPs privilégient les stratégies offrant à la fois flexibilité et moindre dépendance aux financements syndiqués, ce qui confère aux fonds de taille intermédiaire un avantage structurel dans le cycle actuel. " Le Royaume-Uni, encore une fois, capte la majeure partie de cette dynamique.
Ainsi, après un premier semestre en demi-teinte, le second affiche un redressement net. Le private equity européen semble avoir retrouvé un cap, soutenu par la détente monétaire, l’afflux de capitaux étrangers et l’adaptabilité du middle market. Si la poursuite de cette dynamique au quatrième trimestre semble acquise, PitchBook entrevoit déjà, pour 2026, une normalisation progressive du cycle à mesure que les baisses de taux se diffuseront dans les marchés de financement et que la confiance des GPs se réinstallera. Les grandes opérations devraient continuer à réapparaître à mesure que les conditions de financement s’assouplissent, tandis que les sorties et la collecte resteront contrastées, "la reprise se poursuivant, mais à un rythme inégal, la liquidité des investisseurs restant contrainte", prévient PitchBook.
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