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L'Oréal / IA

Comment L’Oréal fait figure de modèle de déploiement de l’IA / Focaliser sur un cas d’usage vertical, investir dans les talents et savoir résister aux tendances numériques

Dans un paysage économique où l’IA s’affiche partout mais délivre encore peu en termes de performances financières, L’Oréal s’impose comme l’exception qui transforme réellement la technologie en croissance. Du CES de Las Vegas à ses outils BeautyTech, le groupe prouve que l’IA est un levier stratégique, pensé pour les métiers, déployé à l’échelle, orienté vers la création de valeur et porté au plus haut niveau de l’entreprise. Stéphane Lannuzel, directeur du programme BeautyTech de L’Oréal délivre la recette d’une intégration de l’IA réussie.
Barbara Lavernos, L'Oreal deputy Chief Executive Officer  (Photo by Brendan Smialowski / AFP)
Barbara Lavernos, L'Oreal deputy Chief Executive Officer (Photo by Brendan Smialowski / AFP)

Alors que toute l’économie française et les pouvoirs publics ne parlent plus que d’innovation, d’intelligence artificielle (IA) et de souveraineté numérique, une question se pose : les entreprises font-elles de l’IA pour l’IA ou celle-ci sert-elle vraiment à délivrer du chiffre d’affaires additionnel ? Pour Jean-Baptiste Bouzigue, président et co-fondateur d’Ekimetrics, qui organisait ce jeudi, une matinée consacrée à cette thématique, l’intelligence artificielle est aujourd’hui un sujet de compétitivité des entreprises, utile à la création de valeur et à la différenciation dans un contexte de forte concurrence internationale. "Comment faisons-nous pour passer de la Start-up nation à des leaders mondiaux sur l’applicatif ? Il faut passer à l’échelle", estime-t-il.

 

Donner aux métiers des solutions qui leur servent

 

Or, selon Stéphane Bout, senior partner chez Quantum Black, si 80 % des entreprises ont désormais commencé à déployer l’IA en interne, la même proportion ne voit pas encore d’impacts significatifs de son implémentation. "Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une application horizontale des outils numériques, mis à la disposition de l’ensemble des collaborateurs d’un groupe, ce qui est intéressant pour la productivité mais pas pour générer des revenus additionnels. Très peu de cas d’usage verticaux sont déployés. Moins d’un projet sur dix a passé le stade de pilote ou sinon sur un périmètre restreint. L’on comprend donc cette impression de déploiement massif mais avec un impact limité", constate-t-il. "Il faut donner aux métiers des solutions que leur servent", a soutenu Quentin Michard, directeur général et co-fondateur d’Ekimétrics.

Dans ce contexte, le groupe L’Oréal fait donc figure de modèle dans l’économie française en ayant réussi à faire de l’IA un véritable levier de croissance. Si bien que le groupe dirigé par Nicolas Hieronimus a fait l’ouverture du CES de Las Vegas en 2024 - grand-messe annuelle de la Tech - et a reçu cette année le prix de l’entreprise européenne la plus innovante, avec par exemple des solutions telles que Beauty Genius, application utilisant l’intelligence artificielle pour délivrer des conseils de beauté, réaliser des diagnostics de peau et des produits personnalisés et permettant aussi d’essayer virtuellement les produits recommandés : maquillage ou soins de la peau ou des cheveux. "Après 116 ans d’existence, L’Oréal cherche toujours à rester pertinent. Nous sommes le leader mondial de la beauté aujourd’hui, il nous faudra le rester demain. C’est à cela que nous travaillons. Et dans cette optique, l’un des principaux enjeux de L’Oréal est de comprendre les attentes des consommateurs. Nous avons donc créé un outil avec Ekimetrics capable de récupérer les données et les retours directs des consommateurs pour aider nos équipes sur l’ensemble de nos marchés géographiques", a expliqué Stéphane Lannuzel, directeur du programme BeautyTech du groupe, qui a délivré la recette du succès d’une IA gagnante pour L’Oréal. "L’IA doit en effet répondre à un besoin métier. Lorsque nous avons lancé le programme BeautyTech, nous nous sommes demandé quels grands sujets IA pouvaient répondre aux besoins de L’Oréal. Nous avons compris qu’elle pourrait être intéressante pour optimiser nos capacités marketing - un poste d’investissement de plusieurs milliards d’euros par an, L’Oréal étant le 4e annonceur mondial. Un cas d’usage vertical que nous avons alors déployé sur l’ensemble de nos marchés géographiques", a-t-il indiqué.


IA et créativité humaine

 

Un cas d’usage décidé et porté au plus niveau de la gouvernance de L’Oréal. "Avec une équipe exécutive pluridisciplinaire et pas isolée des autres activités de l’entreprise ", a-t-il précisé. Ainsi, chez L’Oréal, 50 000 collaborateurs par exemple ont été formés à l’IA générative.

Car si l’IA peut faciliter la performance de l’entreprise, l’entreprise mise toujours sur l’humain. "Je crois au couplage entre machine et créativité humaine. La force de L’Oréal, c’est sa créativité. Il faut donc laisser la créativité des équipes s’exprimer et savoir prendre une décision finale pour se mettre en ordre de marche et délivrer la stratégie", a prévenu Stéphane Lannuzel, conseillant également de "ne pas succomber à toutes les modes qui ne sont pas toutes pertinentes. Le métavers par exemple a rapidement montré ses limites", a-t-il souligné.

Et le directeur de la BeautyTech de L’Oréal de délivrer un dernier conseil : savoir dire stop si le produit ou la solution ne réalise pas la valeur escomptée.

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