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Trump; Mercosur; dollar

Macro-économie / Taux / Argentine / Bruno de Moura Fernandes / Coface / Javier Milei

Macro-économie / Taux
Argentine / Bruno de Moura Fernandes / Coface / Javier Milei

L’Argentine dissipe peu à peu les inquiétudes / Javier Milei tire profit de ses relations avec Donald Trump

Les vacances d’été en Argentine n’empêchent pas Javier Milei de poursuivre sa volonté de réforme de l’économie. Bruno de Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique chez Coface, confie à WanSquare que le président argentin porte l’essentiel de ses efforts sur les négociations visant à réformer le marché du travail. Il dispose d’une plus grande marge de manœuvre depuis que son parti a gagné de nombreux sièges lors des élections législatives et que la Réserve fédérale américaine est venue au soutien de l’Argentine en fin d’année dernière.
Javier Milei a le sourire. Photo by JUAN MABROMATA / AFP
Javier Milei a le sourire. Photo by JUAN MABROMATA / AFP

Chaque chose en son temps. Après avoir accordé une grande importance à l’inflation en vue des élections législatives, voilà que le président argentin Javier Milei peut concentrer ses efforts sur d’autres fronts. Il faut dire que la crédibilité du pays sud-américain est largement renforcée ces derniers mois, le début d’année l’a vu d’une part rembourser 4,3 milliards de dollars aux détenteurs d’obligations souveraines et de l’autre mettre fin au swap de 20 milliards de dollars conclu avec Washington lors du mois d’octobre.

Bruno de Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique chez Coface, explique à WanSquare que "malgré les échéances de 15,6 milliards de dollars auxquelles doit encore faire face le gouvernement en 2026, à partir du moment où les États-Unis se positionnent comme un soutien clair il y a tout de suite beaucoup de moins de doutes pour les marchés". Il explique également qu’une partie de ces sommes concerne des prêts multilatéraux plus aisés à renégocier, étant donné que le FMI s’est montré satisfait récemment des efforts argentins, l’heure est donc plutôt au calme sur ce front-là. Cependant l’économiste avertit qu’il "ne faut pas trop que l’inflation reparte à la hausse cette année".

 

Arbitrer

 

Les investisseurs ont pu être rassurés par les choix faits après les dernières élections, le responsable de la recherche macroéconomique insistant "sur la flexibilisation du peso et de sa bande de fluctuation. Désormais celle-ci est ajustée chaque mois de l’inflation du mois précédent". Ces données sont clairement un point d’attention dans les mois à venir puisque l’économiste de chez Coface constate "qu’en glissement mensuel, elle ne fait que progresser depuis le mois de mai, conduisant les anticipations d’inflation à passer de 15 % en 2026 à 20 à 25 % désormais ". Une inflation dont Buenos Aires aura du mal à se défaire dans l’immédiat.

D’autant qu’elle ne s’accompagne pas d’un bond de la croissance d’une même ampleur, celle-ci est anticipée par les équipes de Coface à 3,4 % cette année. Un léger rebond après avoir chuté à 3 % à un moment, la préoccupation de Bruno de Moura Fernandes est que l’inflation "core" demeure élevée - de l’ordre de 3 % - et est compensée pour l’heure par des baisses notamment sur le front de l’énergie. Les priorités actuelles de Javier Milei sont claires à ses yeux "bien que ce soient les vacances estivales en Argentine, il est particulièrement actif concernant le marché du travail. Il mise sur le fait de négocier avec chaque gouverneur individuellement pour parvenir à ses fins".

 

Échanges

 

Pas de quoi éluder d’autres problématiques telles que les réserves de change, quand bien même elles ont progressé. L’économiste nous confie également que "bien que l’Argentine ait fait son retour sur les marchés obligataires souverains, on voit bien que les autorités tâtonnent encore quelque peu. Elles sont également dans l’attente d’indicateurs pour les récoltes et les exportations de matières premières ". Certains soutiens se sont avérés moins importants que prévu, les quelque 20 milliards de dollars de repo émanant de banques américaines s’étant transformés en un peu plus de 3 milliards provenant de six banques internationales.

Les échanges commerciaux ont également leur rôle à jouer, Javier Milei prenant le contre-pied de Donald Trump sur ce point. Bruno de Moura Fernandes expliquant à WanSquare que " le président argentin n’est pas là dans l’optique d’une politique industrielle. Lorsqu’il estime qu’augmenter la concurrence dans un secteur va faire baisser des prix gonflés artificiellement par le protectionnisme, il n’hésite pas à enlever entièrement les droits de douane. C’est ce qu’il vient de faire avec les smartphones". Sur le plus long terme, l’économiste interprète cette volonté de libéralisation comme celle de stimuler la productivité pour attirer l’investissement privé dans des secteurs qui en manquent cruellement pour l’heure.

 

Attentes


Pas facile pour autant de faire passer la pilule auprès de certains acteurs, le Mercosur fait ainsi grincer les dents du côté de l’industrie locale. Les bienfaits du Mercosur pour Buenos Aires sont loin d’être complètement évident pour l’économiste, celui-ci voyant à court terme "une baisse des prix de certains intrants, cependant je suis plus réservé sur le volet agricole étant donné que l’Argentine exporte déjà ce qu’elle produit et que l’UE a fixé des quotas assez faibles. Il faudra voir de quelle façon la concurrence avec le Brésil va s’opérer que ce soit sur le soja ou bien sur la viande. L’accord pourrait surtout permettre à l’Argentine de diversifier ses débouchés à l’exportation et moins dépendre du marché chinois ".

Dernière source de questionnement, la promulgation d’une nouvelle loi dite "d’innocence fiscale", décryptée par Bruno de Moura Fernandes comme visant à "pérenniser l’incitation à déclarer l’épargne informelle". Il explique à WanSquare qu’une telle mesure vise à passer durablement l’envie aux ménages argentins de mettre leurs économies sous le matelas. Tout particulièrement concernant les 20 milliards de dollars déclarés en octobre 2024, il demeurait le risque qu’ils "repartent dans l’informel à terme : ils étaient légalement bloqués jusqu’au 31 décembre 2025 sur un compte spécial". Un message tout particulièrement destiné aux classes moyennes qu’on retrouve dans le fait qu’on relève le seuil à partir duquel on considère cela de l’évasion fiscale à 65 000 dollars.

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