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Macro-économie / Taux / Coface / Bruno de Moura Fernandes / croissance

Macro-économie / Taux
Coface / Bruno de Moura Fernandes / croissance

exclusif L’année 2026 vue par… Bruno de Moura Fernandes / Responsable de la recherche macroéconomique chez Coface

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?
Bruno de Moura Fernandes. DR
Bruno de Moura Fernandes. DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

La croissance devrait rester similaire en zone euro juste au-dessus de 1 %, si l’on exclut l’Irlande où les données de PIB sont extraordinairement volatiles. Dans les faits, l’accélération de l’Allemagne (1 % après 0,3 %) devrait compenser le ralentissement – tout relatif – de l’Espagne (2,3 % après 2,9 %). Dans le même temps, la croissance resterait stable et limitée en Italie et en France (0,7 %). L’Espagne continuera d’être portée par l’immigration et les fonds européens. L’économie italienne restera freinée par la faible productivité, malgré un marché du travail dynamique.

Le principal aléa réside effectivement dans la politique budgétaire allemande : si la totalité des fonds annoncés sont effectivement dépensés et absorbés par l’industrie locale, la croissance sera supérieure à 1 %. En revanche, si le décaissement des fonds est plus lent que prévu, et que les dépenses militaires se concentrent sur des biens importés, la croissance sera plus faible, et le rebond de l’industrie ne sera pas pour 2026.

En France, la croissance restera limitée par la faible consommation des ménages (épargne toujours très élevée). L’aléa réside dans le rebond de l’investissement des entreprises : il a surpris à la hausse au troisième trimestre, après avoir été freiné par l’incertitude. Si l’effet favorable des taux d’intérêt compense l’impact négatif de l’incertitude, nous pourrions avoir une croissance plus favorable. En revanche, le secteur de la construction reste en difficulté, et l’industrie est quasiment exclusivement tirée par la reprise dans l’aéronautique. Enfin, la dépense publique restera une variable-clé, car elle a contribué à 0,4 point de PIB en 2024 et en 2025 : si elle venait à être effectivement réduite en 2026, ce serait un vrai frein à la croissance.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

A court terme, l’Union européenne peut prendre des mesures protectionnistes, via des droits de douane ou des quotas, comme elle l’a déjà fait pour les véhicules électriques ou l’acier. Toutefois, l’équation est difficile et cette stratégie a ses limites. D’une part, l’UE s’expose à des mesures de rétorsion de la part de la Chine, comme l’illustrent les droits de douane sur les produits laitiers annoncés fin décembre. D’autre part, comme nous l’avons noté dans l’exemple des États-Unis, les entreprises parviennent à élaborer des stratégies de contournement, en passant par d’autres pays ou en s’installant ailleurs. L’exemple des droits de douane imposés par Donald Trump montre que les droits de douane peuvent être, au mieux, inefficaces et, dans le pire des cas, contre-productives.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

Le boom de l’intelligence artificielle promet des avancées majeures, mais expose aussi les économies à des risques de surchauffe et de déséquilibres. Pour que ce boom ait un impact durable et ne transforme pas en bulle, il devra se traduire par de véritables gains de productivité et la création de nouveaux services à grande échelle, au-delà de la seule croissance des investissements records. Si tel n’est pas le cas, une correction semble inévitable.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 

La mesure la plus immédiate pour accroître le potentiel de croissance en France est le report de l’âge de départ à la retraite, actuellement bien inférieur à nos voisins. Cela permettrait d’augmenter le taux d’emploi des seniors, qui est là aussi logiquement en deçà de la moyenne de l’UE (60 % vs 65 %).

L’autre clé, à moyen terme, est d’augmenter les investissements dans l’éducation, et notamment dans le primaire, où les dépenses par élèves sont nettement inférieures à la moyenne de l’OCDE et à nos principaux voisins.

Enfin, la question du financement de l’innovation est fondamentale pour muscler la productivité et le potentiel de croissance. Bien que des incitations fiscales ou des subventions puissent être décidées au niveau national, c’est en réalité davantage une question européenne : si l’on compare aux États-Unis, les marchés de capitaux sont très limités. À cet égard, l’accélération de l’intégration des marchés de capitaux de l’UE est nécessaire pour accroître l’innovation et le potentiel de croissance de la France et des autres pays européens.

 

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d’intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

Bien que le second scenario ne puisse être écarté, la présence de la BCE et les instruments à sa disposition en cas de signaux majeurs de tension me font davantage croire au premier scenario.

Il faut toutefois garder en tête que, même en écartant un scenario de rupture soudaine des marchés, la charge d’intérêts représentera à elle seule rapidement près de 3 % du PIB. Pour atteindre l’objectif d’un déficit public de 3 % du PIB, il sera ainsi nécessaire d’afficher un solde primaire (dépenses moins recettes, hors charges d’intérêt) à l’équilibre. Or, celui-ci affichait l’an dernier un déficit de 3,6 % du PIB. L’effort nécessaire sera donc substantiel, et d’autant plus qu’un tel ajustement aura des conséquences négatives sur l’activité économique, réduisant de fait les recettes publiques, et obligeant à un effort budgétaire structurel encore plus important. Ce, dans une période où la tendance démographique sera défavorable et qu’il faudra accroître les financements pour la transition énergétique et la défense.

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