Fusions, Acquisitions / BPCE / Novo Banco / Nicolas Namias
Fusions, Acquisitions
BPCE / Novo Banco / Nicolas Namias
BPCE met la main sur Novo Banco pour 6,4 milliards d’euros / Un test grandeur nature pour la consolidation bancaire européenne
La rumeur aura rapidement laissé place aux faits. Quelques jours à peine après les premières fuites dans la presse, le groupe BPCE a officialisé vendredi la signature d’un protocole d’accord avec le fonds américain Lone Star Funds pour le rachat de sa participation de 75 % dans Novo Banco, quatrième banque du Portugal. D’un montant en numéraire d’environ 6,4 milliards d’euros pour 100 % du capital - soit un multiple de 9 fois les bénéfices annuels - l’opération constitue la plus importante acquisition transfrontalière bancaire dans la zone euro depuis plus d’une décennie.
Et c’est ce qui en fait un événement. Malgré la volonté affichée de la BCE et des institutions européennes d’encourager la consolidation à l’échelle du continent, la plupart des deals récents sont jusqu’à présent restés confinés aux frontières nationales. En Pologne, Erste Group a annoncé le mois dernier l’acquisition de 49 % de Santander Bank Polska - troisième banque du pays - pour 7 milliards d’euros. En Espagne, BBVA poursuit sa tentative de rachat de Banco Sabadell, passée d’une offre amicale à une OPA hostile valorisant la cible à 11,5 milliards d’euros.
En Italie, le meccano bancaire s’intensifie lui aussi : Banco BPM a pris 9 % de Monte dei Paschi di Siena, tandis qu’UniCredit vise désormais BPM. Mais ces mouvements restent confinés à la botte italienne. L’offensive d’UniCredit sur la Commerzbank allemande, un temps envisagée, s’est quant à elle heurtée à l’opposition des autorités à Berlin.
Une brèche dans le cloisonnement bancaire européen
Dans ce paysage dominé par des logiques domestiques, l’initiative de BPCE pourrait faire figure de test grandeur nature pour la consolidation bancaire à l’échelle européenne. Là où plusieurs tentatives ont échoué sur fond de blocages politiques ou prudentiels, le dossier portugais semble dessiner un précédent possible. "Je crois que c'est une vraie bonne nouvelle à la fois pour l'union bancaire et pour le système bancaire français", a déclaré vendredi à la presse François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.
Comment BPCE a-t-il réussi à s’imposer ? Comme pressenti, le groupe mutualiste français est sorti gagnant de son duel avec CaixaBank, autre prétendant déclaré à la reprise de Novo Banco. En amont de l’annonce officielle, le gouvernement portugais avait publiquement exprimé sa réticence à voir s’accroître l’emprise des banques espagnoles dans un marché déjà jugé très concentré.
Déjà propriétaire de BPI, la cinquième banque du pays, CaixaBank risquait de se rapprocher d’un seuil de concentration jugé problématique dans plusieurs segments. A contrario, BPCE apparaissait comme un nouvel entrant modeste, certes déjà implanté localement, via notamment Natixis Porto (le centre de services partagés du groupe au Portugal) et Banco Primus (spécialisé dans le crédit à la consommation) mais sans poids systémique. Un profil plus acceptable aux yeux des autorités, qui a pu jouer en sa faveur.
Un mouvement au cœur du plan Vision 2030
Au-delà de l’accord capitalistique, cette opération revêt une dimension industrielle forte pour BPCE. Avec 1,7 million de clients particuliers, une part de marché de près de 14 % dans le financement des entreprises et un réseau de 290 agences, Novo Banco constitue une tête de pont stratégique pour le groupe, qui fait du Portugal son deuxième marché domestique retail.
Si la banque mutualiste ne compte pas réaliser de synergies significatives - la banque portugaise étant déjà l’une des plus efficientes d’Europe avec un coefficient d’exploitation sous les 35 % - elle met en avant une logique de complémentarité. En diversifiant son exposition géographique et en augmentant la part des crédits à taux variable dans son bilan, BPCE entend consolider la résilience de ses revenus.
Quelques mois après la création de BPCE Equipment Solutions, conçu pour structurer les activités européennes du groupe dans le financement d’équipements, l’acquisition de Novo Banco marque une nouvelle étape dans l’exécution de la stratégie Vision 2030. À travers ces deux mouvements, BPCE affiche une ambition claire : renforcer sa présence en Europe dans des domaines stratégiques, du financement spécialisé à la banque de détail, sans nuire à sa discipline financière. Le groupe évoque un ratio de fonds propres CET1 de l'ordre supérieur à 15% à l'issue de l'opération.
Une manière aussi de répondre à une critique récurrente visant le groupe : sa faible internationalisation, longtemps perçue comme un handicap face à des concurrents déjà implantés à l’étranger. En intégrant les 4 200 collaborateurs de Novo Banco, BPCE ambitionne d’écrire "un nouveau chapitre de croissance, d’innovation et de performance en Europe ", selon les mots de Nicolas Namias.
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